3 min de temps de lecture 11 déc. 2019

Quelle entreprise pour quelle société ?

Par

Eric Fourel

Country Manager, France

Éric œuvre pour l’intégration de son expertise au cœur de la réalité économique.

3 min de temps de lecture 11 déc. 2019

Une envie de renouer avec une certaine idée progressiste semble avoir saisi soudainement une grande majorité des influenceurs économiques.

Tous célèbrent aujourd’hui la fin du cycle néo-libéral qui avait trouvé son inspiration dans les années 80 auprès de Milton Friedman et de l’école de Chicago. L’avènement d’un capitalisme, devenu responsable par la prise en compte de l’intérêt de l’ensemble des parties prenantes de l’entreprise : salariés, clients, fournisseurs, territoires… mais aussi s’inscrivant désormais dans une démarche de sauvegarde de la planète face au péril climatique, fait florès.

Nul doute que l’explosion du « people power » engendré par l’omniprésence des media sociaux a compté pour beaucoup dans cette prise de conscience des entreprises que la préservation réputationnelle de leur marque passait par un engagement sociétal plus affirmé.

Mais comment expliquer cette volte-face de l’histoire économique et que faut-il vraiment en escompter ?

La voracité capitaliste sur fond de financiarisation d’une économie mondialisée aurait conduit à la paupérisation des classes populaires et moyennes, entrées malgré elles en compétition avec les populations des pays émergents qui aspirent, à leur tour et en masse, à un « mieux être » jusque-là réservé à l’Occident. Cette paupérisation aurait également gagné les Etats, devenus impécunieux par l’endossement des dettes du système financier, en épilogue à la crise de 2008, et aussi par les effets sournois d’une optimisation fiscale agressive. D’où une mise en accusation systémique du capitalisme néolibéral qui a aujourd’hui gagné ses plus ardents défenseurs d’antan. A tel point que le Financial Times et autres fers de lance historiques du « laisser faire, laisser passer » implorent désormais urbi et orbi de « sauver le capitalisme de ses vieux démons ». Ils en appellent tout à la fois à davantage de régulation moralisatrice, davantage de partage de la valeur avec les salariés et autres parties prenantes, et, au surplus, à un engagement ardent des entreprises à régénérer les conditions vitales de l’équilibre écologique de la planète.

Comme souvent en France, la prescription du remède salvateur au cancer dont le capitalisme serait rongé est fournie par le génie du grand ordonnateur. C’est ainsi que la Loi PACTE adoptée en mai 2019 a prévu que la défense de l’intérêt social de la société instauré par l’article 1833 du Code Civil doit désormais prendre en compte l’impact social et environnemental de ses activités. Au-delà de cette obligation nouvelle édictée sans toutefois l’assortir d’une sanction spécifique, la Loi offre l’option aux entreprises revêtant la forme du contrat de société de s’adjoindre statutairement une « raison d’être » ; voire d’adopter le statut de société à mission qui implique en sus de se doter d’un organe social particulier chargé de veiller à la bonne exécution de cette « raison d’être ». Même si dans le monde anglo-saxon des outils juridiques plus ou moins similaires existent, comme la « Benefit Corporation » aux Etats Unis, la responsabilité sociétale et environnementale des entreprises y emprunte pour l’instant davantage la voie de la labellisation volontaire au regard d’objectifs particuliers à atteindre comme au travers du label « B corporation ». Au sein de l’Union Européenne, les avancées attendues en matière de mesure de la performance extra-financière qui pourraient faire suite à la remise du rapport « de Combourg » participeront du même phénomène : faire progresser la cause d’une entreprise plus responsable accompagnant un développement durable.

En somme, le train est aujourd’hui lancé à pleine vitesse partout en Occident même s’il emprunte des voies différentes selon les pays. Nul n’ose dorénavant prétendre que l’entreprise n’est là que pour satisfaire les appétits pécuniaires de ses détenteurs.

Pourtant, les injonctions en partie contradictoires qui convergent instamment vers l’entreprise apparaissent plus difficiles à concilier qu’il n’y parait et les cartes avec l’action philanthropique ou politique s’en trouvent brouillées.

En définitive et pour parodier une apostrophe d’un propos autrement provocateur, on en vient à se poser naturellement une question simple sans toutefois que la réponse puisse être univoque : l’entreprise peut-elle raisonnablement assumer toute la « misère du monde » ?

Nous contacter

Contactez-nous pour en savoir plus.

Ce qu'il faut retenir

Une envie de renouer avec une certaine idée progressiste semble avoir saisi soudainement une grande majorité des influenceurs économiques.

A propos de cet article

Par

Eric Fourel

Country Manager, France

Éric œuvre pour l’intégration de son expertise au cœur de la réalité économique.