10 min de temps de lecture 7 juin 2021
La France dans la course

La France dans la course

Auteurs
Marc Lhermitte

Associé EY Consulting, Responsable du programme Attractivité, France

#FDI | #Europe | #globaleconomics | #creativeindustries | #innovation | #geopolitics | #publicprivate

Eric Fourel

Country Manager, France

Éric œuvre pour l’intégration de son expertise au cœur de la réalité économique.

10 min de temps de lecture 7 juin 2021

Notre Baromètre 2021 de l’Attractivité révèle que la France a conservé son rang de première destination européenne pour les investissements étrangers. Si elle a su rassurer et amortir le choc de la pandémie, elle doit désormais convaincre et inspirer.

En résumé
  • Malgré une baisse de 18 % des projets d’IDE accueillis en 2020, la France a conservé sa première place européenne face au Royaume-Uni et à l’Allemagne
  • Plus de la moitié des dirigeants pourraient relocaliser des activités en France à l’avenir, mais seuls 18 % le prévoient au cours des prochains mois
  • 74 % des investisseurs étrangers estiment que l’attractivité de la France va s’améliorer d’ici 2025

Après la grippe espagnole, la dernière pandémie ayant frappé le monde au XXe siècle, l’Europe a connu un formidable élan de créativité et de prospérité économique. Ce furent les « Années folles » en France, les Roaring Twenties  outre-Atlantique. En France, l’innovation ressuscitait une industrie meurtrie par la Première guerre mondiale et offrait de nouvelles perspectives à l’automobile, à l’aviation ou encore à la construction navale. Paris redevenait une capitale artistique et littéraire, attirant Picasso, Hemingway, Chagall, ou encore Soutine. Elle accueillait également les Jeux Olympiques en 1924.

Un siècle après, au sortir d’une crise sanitaire et économique traumatisante, quel chemin les économies mondiales, européennes et française vont-elles emprunter ? Quelles seront les conséquences de la pandémie sur l’investissement international, un des moteurs indispensables de l’innovation, de l’emploi et de la croissance ? Et dans cette effervescence post-crise, la France peut-elle rester attractive et compléter l’actif formidable que sont les 16 600 entreprises étrangères implantées dans l’Hexagone qui, rappelons-le, représentent 2,3 millions d’emplois, plus de 20 % du chiffre d’affaires de l’économie, plus de 14 % de l’investissement des entreprises et près du tiers des exportations ?

Premier enseignement de notre baromètre 2021, la France a fait mieux que résister en 2020.

Gagnée à la veille de la pandémie, elle a conservé sa place de première destination européenne pour les investissements directs étrangers. La partie ne fut pas facile, la bataille ayant fait rage pendant la crise pour rassurer les investisseurs, consolider les projets et donner de la visibilité à court et moyen terme. Or, force est de constater que l’action conjointe du gouvernement, des territoires et des dirigeants d’entreprise a permis de maintenir ce leadership.

La lutte a été rude car la concurrence européenne est restée vive. Malgré les épisodes parfois invraisemblables de la série économique britannique de ces dernières années et le Brexit, le Royaume-Uni n’a pas été abandonné par les investisseurs étrangers. Première puissance économique et industrielle européenne, l’Allemagne complète le podium.

Cependant, l’équilibre des forces est plus ténu que jamais, car l’exigence des dirigeants internationaux n’a jamais été aussi importante.

Les revendications traditionnelles, comme la stabilité fiscale et réglementaire, reviennent sur le devant de la scène, tandis que d’autres font leur apparition, comme l’attention portée aux problèmes sociaux et la transition vers des modes de production et de consommation plus écologiques.

Dans ce moment charnière, la France a le potentiel pour consolider son attractivité, se réinventer et maintenir un leadership important en tirant parti des profondes transformations à venir, à condition de savoir prévenir d’éventuelles secousses sociales et économiques.

Si la France a su rassurer et amortir le choc de la pandémie, elle doit désormais convaincre et inspirer.

Le temps de l’urgence doit s’effacer devant celui de la reprise, pour permettre d’engager la France dans les grandes trajectoires de croissance, d’innovation et d’échanges internationaux et la positionner sur les secteurs clés du XXIe siècle : le numérique, la transition écologique, la gestion des villes et la connaissance.

L’investissement international peut être un puissant moteur de la relance, pour autant que nous ne fermions pas nos frontières – physiques, technologiques, financières, culturelles ou politiques – en cédant à la tentation du souverainisme, du contrôle excessif et de la surrèglementation.

La relance bénéficiera aux pays qui s’y engageront les premiers, en fonction de l’avancement de la campagne de vaccination, de la puissance et de la rapidité de mise en œuvre des plans de soutien, mais aussi de l’adaptation de leurs cadres de compétitivité et de la transformation industrielle et technologique de leurs économies.

La France doit rassurer les investisseurs en leur donnant davantage de visibilité sur les mesures et perspectives envisagées pour répondre à ces enjeux, mais aussi en témoignant de sa capacité à construire un écosystème fiscal, réglementaire et normatif évolutif et incitatif qui favorise le développement des secteurs d’avenir, tels que la transition écologique.

Laissons maintenant place à la réalité des investissements et des intuitions des dirigeants de ces entreprises internationales. Nous vous souhaitons une excellente lecture de cette nouvelle édition du Baromètre de l’Attractivité de la France.

Eric Fourel
Président d’EY en France

Marc Lhermitte
Associé EY, Responsable du Programme Attractivité

 

Synthèse

1.  Au cours de l'année 2020, la France a conservé sa première place européenne face au Royaume-Uni et à l’Allemagne...

Dans un contexte de forte concurrence, la France a défendu son rang en 2020. Avec 985 projets annoncés, elle conserve sa première place devant le Royaume-Uni (975) et l’Allemagne (930). Alors que la crise sanitaire a provoqué une diminution de 13 % des investissements étrangers en Europe, le nombre de projets annoncés baisse de 18 % en France. Affichant des replis respectifs de 12 % et de 4 % de leur nombre de projets internationaux, le Royaume-Uni et l'Allemagne se distinguent par leur résilience.

 

2. … car elle a défendu sa crédibilité économique et maintenu la confiance au plus fort de la crise

Mises en place pour soutenir les entreprises pendant la crise, les mesures d’urgence, puis le plan de relance, perçu par 44 % des dirigeants comme plus efficace que celui des pays concurrents (vs. 10 % d’avis contraires et 44 % qui le jugent aussi performant), ont conforté la confiance des investisseurs.

43 % des dirigeants internationaux estiment que l’attractivité de la France s’est légèrement améliorée, et 42 % d’entre eux qu’elle s’est stabilisée en 2020.

Plan de relance

44%

des répondants considèrent le plan de relance français plus performant que celui de ses concurrents.

3. La crise sanitaire a bénéficié notamment aux implantations internationales dans la logistique et la santé…

La France a accueilli 89 projets de plateformes logistiques en 2020, portés par l’essor du e-commerce. Les industries de la santé ont logiquement bénéficié de la crise sanitaire (58 projets, soit + 123 %).

Implantations logistiques

89

projets de plateformes logistiques en 2020 en France

4.  … mais fortement affecté certains secteurs industriels, tout en provoquant un attentisme qui freine l’implantation de nouveaux sièges et d’activités de R&D.

Certains secteurs industriels historiques (automobile, aéronautique, équipements industriels) ont été lourdement et directement touchés par la crise. Dans ce contexte morose, la France a su maintenir sa 1re place européenne dans le secteur manufacturier (341 projets, soit – 17 %). Par ailleurs, le recul assez marqué des implantations des centres de R&D ou des sièges sociaux (respectivement - 23 % et – 34 %) s’explique par un attentisme concernant l’implantation de nouvelles activités stratégiques.

Report des projets d’investissement

42%

des répondants ont reporté leurs investissements initialement prévus en 2020

5. Les dirigeants sont encore partagés sur les possibilités de relocalisation 

Plus de la moitié des dirigeants interrogés par EY pourraient envisager de relocaliser des activités en France. Mais ils ne sont que 18 % à prévoir cette option au cours des prochains mois. En attendant, les retours d’usine dans l’Hexagone restent très limités.

Relocalisations

55%

des répondants envisagent de relocaliser une partie de leurs activités vers la France au cours des prochains mois ou des prochaines années

6. ...et l’incertitude économique conduit les investisseurs à adopter une posture prudente

Alors que la crise et ses conséquences perdurent, 44 % des dirigeants internationaux interrogés par EY envisagent d’ajuster à la baisse leurs projets d’investissements en France, tandis que 14 % envisagent de les reporter. La majorité des dirigeants n’anticipe pas de retour à la normale avant 2022, voire même le deuxième semestre 2022 pour un tiers d’entre eux.

Projets d'investissement

44%

des dirigeants internationaux interrogés par EY envisagent d’ajuster à la baisse leurs projets d’investissements en France

7. Pour les années à venir, cependant, la confiance dans l’attractivité de la France est là.

Confiance dans l'attractivité de la France

74%

des investisseurs estiment que l’attractivité de la France va s’améliorer d’ici 2025

Le niveau de confiance dans l'attractivité de la France est supérieur à celui enregistré au niveau européen (62 %).

Selon les dirigeants, la France devra répondre à des priorités de court, moyen et long terme si elle veut conserver son rang en matière d’attractivité.

Priorité 1 : À court terme, rassurer sur la reprise et le cadre de compétitivité

  • Rassurer sur la reprise de l’économie française en 2021 et 2022 pour faciliter leurs investissements, tout en valorisant les priorités et les moyens de France Relance pour les entreprises internationales déjà présentes ou intéressées par l’investissement en France. 82 % des dirigeants estiment être suffisamment informés sur le plan de relance français, son contenu et ses critères d’éligibilité.
  • Préserver le cadre de compétitivité de la France par une vigilance fiscale et réglementaire accrue : 42 % des dirigeants étrangers appellent à poursuivre les efforts menés pour améliorer la compétitivité-coût en Europe. La réforme fiscale impulsée par J. Biden risque de rendre l’IS plus neutre en matière d’attractivité. Elle aura toutefois pour effet d'accentuer l’importance du coût du travail, de l’imposition des personnes physiques, de la fiscalité environnementale et de la stabilité du cadre fiscal.
  • Adapter le récit français aux nouvelles aspirations des investisseurs internationaux, en matière de durabilité, d’inclusion et de compétitivité : 58% des dirigeants estiment que la France peut devenir un leader mondial en matière écologique d’ici cinq ans.

Priorité 2 : À moyen terme, investir dans la modernisation de l’économie, des compétences et de l’action publique

  • Accélérer la dynamique dans le domaine de l’innovation et de l’entrepreneuriat : 62 % des dirigeants considèrent le soutien à l’innovation dans les filières stratégiques comme prioritaire pour soutenir les investissements étrangers. Tout l’enjeu sera de maintenir les atouts français en la matière, notamment le crédit impôt recherche et la forte dynamique des levées de fonds dans la technologie, alors que la France pourrait se heurter à un déficit d’attractivité individuelle pour les chercheurs du fait de rémunérations moins élevées qu'ailleurs.
  • Intensifier les efforts dans la formation et la mobilité des compétences en parallèle de ceux effectués dans la flexibilité et la compétitivité du travail : la maîtrise des compétences digitales et les capacités de transition vers des modes de production plus durables seront clés pour continuer à attirer des entreprises étrangères.
  • Investir dans la modernisation des infrastructures et l’action économique de proximité : cet effort doit se concentrer sur la proximité de l’action publique et sur les territoires, qui sont les premières terres d’industrie, et dont les infrastructures sont essentielles pour attirer les talents qui permettront la montée en gamme de l’industrie française.

Priorité 3 : A long terme, s’adapter aux grandes transformations à l’œuvre dans les entreprises internationales

  • Technologie : les mutations technologiques accélérées par la Covid-19 (digitalisation des marchés, environnements de travail phygitaux, automatisation de la production et des back-offices) font des compétences numériques un facteur critique pour 62 % des investisseurs.
  • Durabilité : dans tous les secteurs, les entreprises sont confrontées à la pression de multiples parties prenantes pour agir de manière plus durable, y compris en ce qui concerne leurs choix de localisation. 90% des entreprises déclarent que la durabilité est importante pour leur stratégie d'investissement. 85% voient l'Europe devenir un leader mondial en matière d'écologie.
  • Géopolitique fiscale : les règles du jeu évoluent, avec une poussée vers l'harmonisation et la transparence en matière de fiscalité. L'impôt sur les sociétés pourrait jouer un rôle moins important, tandis que la fiscalité et la réglementation numériques et environnementales seront mises au premier plan. 
  • METHODOLOGIE

    Les enquêtes auprès des investisseurs

    Une enquête auprès de 200 dirigeants d’entreprises à capitaux étrangers, menée en mars

    La perception et les attentes des décideurs internationaux en matière d’attractivité pour la France ont été recueillies au travers d’une enquête en ligne auprès de 200 décideurs internationaux du 1er au 31 mars 2021. Les dirigeants impliqués dans les décisions d’investissement étrangers ont été interrogés dans 27 pays, en anglais. La structure de l’échantillon est représentative des investissements internationaux, qu’il s’agisse de leur origine géographique (en grande partie issue de l’Union européenne), de leur origine sectorielle, ou de la taille des entreprises.

    Une enquête auprès de 550 dirigeants d’entreprises à capitaux étrangers, menée entre le 22 mars et le 9 avril 2021

    Pour intégrer la perception et les attentes des décideurs internationaux face à la crise de la Covid-19 sur l’ensemble du continent européen, une deuxième enquête, en ligne, a été conduite auprès de 550 dirigeants internationaux du 22 mars au 9 avril 2021. Les dirigeants ont été interrogés dans 27 pays, en anglais. Tout comme la première enquête réalisée, la structure de l’échantillon est représentative des investissements internationaux.

    Le recensement des implantations internationales en France et en Europe

    Depuis 1997, l’EY European Investment Monitor (EIM) recense le nombre de projets d’investisseurs étrangers dans une quarantaine de pays européens, y compris en Russie et en Turquie. Le recensement prend en compte les annonces publiques et fermes d’investissements porteurs de créations d’emplois et les vérifie.

    Ces flux d’implantation et d’extension se situent dans une très grande variété d’activités et de secteurs, mais en excluent certains dont la logique d’implantation relève de facteurs d’attractivité, certes intéressants, mais structurellement différents des implantations industrielles, décisionnelles ou technologiques (tels que les hôtels, les surfaces de ventes ou de restauration). D’autres méthodes peuvent être utilisées pour le recensement de ce type de projets. Ainsi, celle de Business France intègre, en plus des emplois créés, les emplois maintenus par les investisseurs étrangers en France, ainsi que les créations et les sauvegardes d’emplois projetés sur 3 ans ; à l’inverse, l’EY European Investment Monitor se concentre sur les données au démarrage des projets, et ce de la même manière dans tous les pays européens (44 en 2020). Globalement, les tests de qualité et les croisements réalisés auprès des entreprises pour la constitution de la base de données de l’EIM permettent de garantir un niveau d’exhaustivité et de comparabilité unique en Europe.

    Principales sources

    EY (Knowledge, EYQ, FDI Center of Excellence), BPI, Business France, FMI, FT, INSEE, JLL, McKinsey, OCDE, OCO, OFCE, Oxford Economics, Trendeo, UNCTAD.  

Ce qu'il faut retenir

En 2020, la France a plus que résisté. Avec 985 projets, elle conserve sa première place européenne en matière d’investissements étrangers.

Les secteurs industriels historiques (équipements industriels ou constructeurs dans le secteurs des transports) ont été lourdement touchés, tandis que la santé, les énergies renouvelables et la logistique progressent.

Découvrez dans notre baromètre les 3 priorités pour que la France puisse conserver son rang en matière d’attractivité dans les années à venir.

A propos de cet article

Auteurs
Marc Lhermitte

Associé EY Consulting, Responsable du programme Attractivité, France

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Eric Fourel

Country Manager, France

Éric œuvre pour l’intégration de son expertise au cœur de la réalité économique.