19 nov. 2020
    Dans un monde incertain, les investisseurs internationaux  croient-ils toujours en l’Europe ?

    Dans un monde incertain, les investisseurs internationaux croient-ils toujours en l’Europe ?

    !{LinkedContent-author-by} Marc Lhermitte

    Associé, Consulting, Responsable du programme Attractivité, France

    #FDI | #Europe | #globaleconomics | #creativeindustries | #innovation | #geopolitics | #publicprivate

    19 nov. 2020

    Fin octobre 2020, EY a interrogé un panel de dirigeants européens sur leurs projets d’investissements à court et long terme en Europe. 

    Découvrez leur perception du contexte économique actuel dans notre Baromètre EY de l’Attractivité de l’Europe, Edition spéciale - Novembre 2020.

    En résumé
    • Dans une année noire pour l’investissement international, les dirigeants interrogés affichent leur mesure … et leur réalisme
    • Malgré le regain d’optimisme des investisseurs étrangers, l’Europe doit sécuriser et crédibiliser son environnement économique
    • La technologie et le changement climatique restent les facteurs déterminants pour les dirigeants internationaux, mais l’inclusion sociale et les enjeux géopolitiques gagnent du terrain.

    La crise actuelle est inédite dans l’histoire moderne. Désastreuses, ses conséquences économiques et sociales laissent déjà des traces. Et pourtant. En attendant LE vaccin qui rendra la paix à l’Humanité, le monde continue de tourner. Plus vite qu’avant. La nature ayant horreur du vide, s’adapter est une nécessité. Au risque de disparaître.

    C’est également vrai dans le domaine de l’attractivité. Inlassablement, la France doit remettre l’ouvrage sur le métier. En tête, pour la première fois, du classement 2019 établi par EY, la France ne peut s’endormir sur ses lauriers. En jeu, la force d’entraînement des 20 000 entreprises à capitaux étrangers présentes dans l’Hexagone (et les 2 millions d’emplois qui en dépendent…), mais aussi les centaines d’arbitrages d’investissement ou de désinvestissement qui se nouent en ce moment-même.

    Les résultats de l’enquête européenne menée par EY en octobre l’attestent. Allemagne, France et Royaume-Uni sont au coude à coude pour sortir gagnants – ou moins perdants - de cette véritable compétition de la relance.

    Malgré certaines difficultés, industrielles pour l’une, politiques pour l’autre, nos grands voisins restent nos principaux concurrents, compte tenu de leur puissance économique et financière, et de leur capacité à renouveler sans cesse leur destin. Sans parler de concurrents européens plus agiles (Pays-Bas, Irlande) et des dizaines de pays qui « chassent » les rares investissements de 2021 dans les domaines de la santé, de l’énergie, du e-commerce ou de la mobilité.

    Dans ce contexte, la crise a rebattu les cartes de l’attractivité ? Je ne le crois pas. Certes, la même enquête indique que 57% des dirigeants estiment que le plan de relance allemand est jugé légèrement plus favorable que les plans français (43%) et britannique (37%). Il va de soi que la France n’a pas à rougir. Son industrie est revigorée. Ses chercheurs sont désirés. Sa puissance publique est déterminée. Mais elle ne peut baisser la garde. Pour continuer à jouer un rôle dans le monde qui se dessine, pour affronter une concurrence toujours plus aiguisée, elle ne pourra se contenter de « poursuivre » les efforts entrepris. Au regard des problématiques sociales, écologiques et technologiques qui se profilent, il faudra faire encore plus.

    Plus pour la recherche, pour l’enseignement, pour la santé. Il faudra aussi faire plus pour les entreprises et les entrepreneurs, pour leur permettre de rivaliser avec leurs concurrents, dans l’industrie et les services, dans la culture ou l’économie sociale et solidaire. Depuis la loi PACTE et la consécration de l’objet social, les responsabilités des entreprises ne sont pas seulement économiques, on le sait. Leur donner les moyens de grandir est aussi un moyen de servir l’intérêt général et l’attractivité de la France.

     

    Les dirigeants interrogés affichent leur mesure … et leur réalisme

    L’investissement international va subir une forte contraction en 2020

    A fin octobre 2020, six mois après notre premier sondage, 42% des dirigeants internationaux anticipent une réduction de leurs projets et volumes d’investissement 2020 en Europe (contre 66% en avril). Par ailleurs, les projets de reports d’investissement sont plus nombreux aujourd’hui qu’en avril (32% contre 23%). .

    Toutefois, pour apporter une note plus optimiste, un nombre plus important de dirigeants avance une augmentation (10% contre 0%) ou un maintien de leurs projets investissements en 2020.

    En pleine crise sanitaire et économique, les entreprises internationales passent au crible la rentabilité financière et commerciale de leurs projets de développement, de lignes de production, de centres de recherche ou de business services.

    Dans quelle mesure avez-vous modifié vos projets d’investissements 2020 en raison de la crise COVID-19 ?

    Il est encore tôt pour évaluer précisément l’impact de la pandémie sur l’économie de l’Europe en 2020. Toutefois, un fort recul de l’investissement international semble inévitable, après une année record en 2019 (6 419 projets recensés), laissant craindre un effet domino sur les millions d’emplois qui dépendent de ces flux sur le continent.

    L’investissement en France pourrait chuter en 2020 de 35 à 50%, de manière diverse selon les secteurs.

    Marc Lhermitte

    Associé EY Consulting, Responsable du programme Attractivité

     

    Si l’on suit les résultats de cette enquête, combinés aux estimations de la CNUCED et de Trendeo, l’investissement en France pourrait chuter, en 2020 de 35 à 50%, de manière diverse selon les secteurs.

    L’Europe sera-t-elle plus ou moins attractive en matière d’investissement dans un monde post-COVID-19 ?

    Les multinationales sont plus réservées vis-à-vis de la modification rapide et structurelle de leurs supply chains et donc de la relocalisation

    33% des dirigeants internationaux interrogés en octobre n’envisagent pas de changement majeur de leurs supply chains (ils n’étaient que 2% en avril). Sujet phare des premiers mois de la crise, la relocalisation des activités industrielles ne séduit que 24% des dirigeants, contre 37% en avril. 

    Les entreprises sont également moins enclines à envisager une relocalisation à la périphérie de l’UE ou en Afrique du Nord (37% contre 83% en avril).

    Avec le redémarrage rapide de l’Asie, les entreprises internationales envisagent moins favorablement des projets coûteux et risqués de relocalisation en Europe. Sans écarter toute possibilité de « rapatriement » de fonctions critiques dans certains secteurs (santé, agro-alimentaire, énergie, mobilité, …), cette dynamique exigera la mise en place de dispositifs incitatifs et de réduction des risques pour relocaliser massivement des emplois et des capitaux sur le continent.

     

    Malgré le regain d’optimisme des investisseurs étrangers, l’Europe doit sécuriser et crédibiliser son environnement économique


    L’Europe est encore au milieu du gué

    D’après notre enquête d’octobre, près de 3 fois plus des dirigeants étrangers estiment que l’Europe sera une terre d’accueil favorable à l’investissement après la crise (21% contre 8% en avril).
    Malgré un démarrage poussif, la détermination et l’action européennes ont été perçues comme un véritable pilier de stabilité et de crédibilité dans un environnement global complexe.

    Sans surprise, les pays qui ont lancé les plans de relance les plus ambitieux et les plus crédibles sont ceux qui, historiquement, séduisent le plus les investisseurs.
    Marc Lhermitte
    Associé EY Consulting, Responsable du programme Attractivité

    Sans surprise, les pays qui ont lancé les plans de relance les plus ambitieux et les plus crédibles sont ceux qui, historiquement, séduisent le plus les investisseurs. C’est le cas de l’Allemagne, de la France et du Royaume-Uni, ce qui conforte leur attractivité.

    Aucun pays (à commencer par la France) ne sort vainqueur ou perdant de cette 1ère phase de crise, pour le moment, mais la compétition de la relance sera d’abord une compétition pour la reprise.

    Notons que le Royaume-Uni, malgré le Brexit, conserve une position assez forte dans le radar des investisseurs internationaux.

    Certes, chaque pays a la responsabilité de gérer, à son niveau, la lutte contre la pandémie. Mais seule l’action collective, à l’échelle européenne, peut garantir un redémarrage réel de l’attractivité du continent dans les prochains mois.

    Pour convaincre les investisseurs internationaux, priorité aux mesures immédiates de soutien à l’activité

    Pour les investisseurs internationaux, les plans de soutien économique nationaux, très attendus en avril, ne sont plus le facteur primordial dans leurs projets d’implantation (N°1 pour 80% des décideurs en avril, contre N°9 pour 32% en octobre). 

    Au-delà du soutien massif des Etats, les dirigeants interrogés attirent l’attention des décideurs européens sur le besoin d’indispensables mesures de court-terme sur les sujets suivants :

    • La sécurité sanitaire et l’anticipation des crises futures (54%)
    • La dynamique des marchés domestiques (52%)
    • La liquidité des marchés financiers et l’accès au capital (51%)
    • La vitesse de l’adoption numérique par les consommateurs et citoyens (50%)

    La technologie et le changement climatique restent les facteurs déterminants pour les dirigeants internationaux, mais l’inclusion sociale et les enjeux géopolitiques gagnent du terrain

     

    Le sentiment des dirigeants est partagé sur le climat mondial de l’investissement à 3 ans

    Pour les 3 prochaines années, 41% des dirigeants s’attendent à une succession de zones de turbulences en fonctions des éventuels contraintes sanitaires et reconfinements (contre 55% en avril 2020). 

    Mais aujourd’hui, l’heure semble plus à l’optimisme, avec un nombre égal de dirigeants (41% contre 24% en avril) qui estiment qu’un retour à la normale pour les investissements peut s’envisager une fois que les économies européennes auront redémarré.

    En parallèle, légèrement moins de dirigeants estiment que le climat des affaires mondial va vers une forte dégradation dans les 36 prochains mois (17% contre 21%).

    Le climat et la technologie restent les priorités n°1 et 2 des investisseurs internationaux

    Pour préparer l’avenir, les priorités stratégiques des investisseurs n’ont pas varié malgré la crise : la transformation digitale permettant de rester au plus près des clients (63%) et l’engagement dans la lutte contre le changement climatique (60%) restent largement plébiscités. 

    Après avoir constaté les impacts concrets de la crise dans les différents pays européens, les enjeux sociaux sont désormais dans le radar des dirigeants internationaux (pour 61% d’entre eux).

    Malgré la retombée de l’enthousiasme observé en avril (51% en avril contre 82% en octobre), l’adoption de technologies d’automatisation reste une priorité pour les dirigeants internationaux, dans une perspective de réduction des coûts.

    Les dirigeants interrogés affichent une appréhension beaucoup plus élevée quant aux tensions géopolitiques mondiales (21% contre 3% en avril) : la situation politique aux Etats-Unis, les agendas internationaux de la Turquie, de la Russie, de la Chine notamment contribuent à cette inquiétude.

    Dans ce climat complexe, les dirigeants internationaux attendent des gouvernements qu’ils contribuent – davantage encore que par le passé – à la stabilité de l’environnement économique (43% contre 25% en avril). 

    Parmi les tendances suivantes, laquelle, selon vous, devrait s'accélérer le plus au cours des trois prochaines années en conséquence de la crise du COVID-19 ? 

    • Méthodologie

      Cette enquête a pour objectif d’actualiser les résultats du Baromètre EY de l’Attractivité de l’Europe (initialement publié le 28 mai 2020), afin de mieux cerner l’avenir des investissements dans cette région en Europe dans un monde post-Covid. Elle s’appuie sur le même questionnaire qu’en mai auquel ont été ajoutées de nouvelles questions pour tenir compte du contexte très particulier de cette période.

      L’enquête s’est déroulée entre 15 et le 30 octobre 2020 et a permis d’interroger 109 dirigeants (113 en avril), occupant divers postes de management dans des entreprises de tailles et secteurs variés (détail en annexe).

      Elle s’inscrit donc dans le contexte de la seconde vague de COVID-19, au moment où il devenait probable que soient décidés de nouveaux confinements nationaux.

      Les 10 questions suivantes ont été posées aux dirigeants interrogés et structurent ce rapport, parallèlement à l’analyse des experts EY :

      1. Dans quelle mesure avez-vous modifié vos projets d’investissements 2020 en raison de la crise COVID-19 ?
      2. Comment allez-vous modifier votre chaîne logistique et industrielle en réponse au COVID-19 ?
      3. Le monde post-COVID créera-t-il des opportunités de relocalisation dans le pays d’origine de votre entreprise ?
      4. Quel impact probable le COVID-19 aura-t-il sur le climat des affaires au cours des trois prochaines années ?
      5. Laquelle de ces tendances voyez-vous être accélérée le plus par l’épidémie de COVID-19 au cours des trois prochaines années?
      6. Dans les futurs choix de localisation de votre entreprise, quels facteurs peuvent influencer votre décision de choisir un pays ?
      7. De quelle façon allez-vous prendre en compte la soutenabilité dans vos futurs projets d’investissement ?
      8. L’Europe sera-t-elle plus ou moins attractive en matière d’investissement dans un monde post-COVID-19 ?
      9. Quels pays européens ont les plans de relance les plus crédibles et propices aux investissements ?
      10. Quels pays européens seront les plus attractifs pour l’investissement étranger en 2021 ?

    !{ArticleSummary-Heading}

    Un fort recul de l’investissement international en Europe semble inévitable. Les entreprises internationales passent au crible la rentabilité financière et commerciale de leurs projets de développement, de lignes de production, de centres de recherche ou de business services.

    L’investissement en France pourrait chuter, en 2020 de 35 à 50%. Cependant, la détermination et l’action européennes ont été perçues comme un véritable pilier de stabilité et de crédibilité dans un environnement global complexe. Au-delà du soutien massif des Etats, les dirigeants interrogés ont besoin d’indispensables mesures de court-terme.

    !{AboutThisArticle-Heading}

    !{LinkedContent-author-by} Marc Lhermitte

    Associé, Consulting, Responsable du programme Attractivité, France

    #FDI | #Europe | #globaleconomics | #creativeindustries | #innovation | #geopolitics | #publicprivate