7 min de temps de lecture 28 mai 2020
A quel point la France était-elle attractive avant la crise ?

A quel point la France était-elle attractive avant la crise ?

Auteurs

Marc Lhermitte

Associé, Consulting, Responsable du programme Attractivité, France

#FDI | #Europe | #globaleconomics | #creativeindustries | #innovation | #geopolitics | #publicprivate

Eric Fourel

Country Manager, France

Éric œuvre pour l’intégration de son expertise au cœur de la réalité économique.

7 min de temps de lecture 28 mai 2020

On peine à l’imaginer, mais il y eut un monde avant la pandémie.

Un monde au sein duquel la France pouvait se targuer de résultats spectaculaires, mais somme toute assez logiques. En effet, malgré les soubresauts de son économie, les incertitudes liées au Brexit, les tensions commerciales internationales et les mouvements sociaux, la France aura fait mieux que tirer son épingle du jeu dans la compétition européenne entre 2016 et 2019. Les réformes structurelles engagées ces dernières années et que les investisseurs appelaient de leurs vœux ont porté leurs fruits.

Même si ces résultats sont soumis à la révision des projets prévus par les entreprises à capitaux étrangers et à l’efficacité de la relance française – nous y revenons plus loin -, le momentum de la France et sa « part de marché » face à l’Allemagne et au Royaume-Uni sont des points de départ très intéressants pour les années à venir.

Fin 2019, la France prenait la 1ère place européenne pour l’accueil d’investissements internationaux

Entre le 1er janvier et le 31 décembre 2019, la France avait enregistré 1197 annonces d’implantations étrangères, provenant de pays européens et non européens sur son territoire. Pour la première fois, l’Hexagone devançait le Royaume-Uni (1109) projets) et l’Allemagne (971), ses rivaux historiques. Cette performance historique est le prolongement d’un redressement de notre attractivité par une amélioration de notre compétitivité.

Et l’image de la France se stabilisait, le pays retrouvant une relative confiance des dirigeants : notre 1er sondage « Perception », mené en février 2020, le confirmait : 32% des dirigeants estimaient que l’attractivité de la France était en amélioration et 50% la voyaient se stabiliser, malgré les remous sociaux de 2018 et 2019.

L’observation des dynamiques et des parts de marché reste pertinente et indique que la France était le pays européen le plus prometteur à la veille de la crise…

En Europe, le nombre d’investissements directs étrangers a légèrement augmenté en 2019 (+0,9%) pour s’élever à 6 412. Les tensions commerciales mondiales, l'incertitude liée au Brexit (y compris les véritables craintes d'un Brexit sans accord) et une croissance économique modérée ont abouti à une augmentation modeste des investissements sur tout le continent.

L’observation des dynamiques et des parts de marché reste pertinente et indique que la France était le pays européen le plus prometteur à la veille de la crise…

Parmi le Top 10 des pays européens destinataires d’investissements étrangers, seuls l’Espagne (+55%), la France (+17%), le Royaume-Uni (+5%) et les Pays-Bas (+11%) ont enregistré une augmentation des projets d’IDE. En dehors du top 10, on note la progression du Portugal (+114%), qui témoigne de son attractivité croissante.

  • Le point de vue de Valérie Pécresse, Présidente de la Région Île-de-France : « Renouveau industriel et relocalisation des chaines de valeur stratégiques pour l’Île-de-France »



    Valérie Pécresse, Présidente de la
    Région Île-de-France
     

    La crise a souligné la vulnérabilité industrielle de la France, trop dépendante aux fournisseurs étrangers. Elle nous amène à avoir une réflexion sur la reconfiguration de notre outil productif dans la santé ou les biens d’équipement. Nous avons des atouts : le savoir-faire français, nos chercheurs et nos talents.

    La crise accélère des mutations déjà bien identifiées par la région Île-de-France : l’innovation, la numérisation, les enjeux environnementaux et la sécurité (sanitaire, alimentaire et cyber). Nos avantages comparatifs sont internationalement reconnus, la région concentre 20 Mds€ de dépenses de R&D, 162 000 chercheurs et des outils numériques opérationnels qui ont prouvé dans cette crise leur utilité (plateforme Smart Services, dispositifs de télétravail et de télé-enseignement). L’anticipation paie, cela nous a permis d’être réactifs et agiles.

    Cette capacité d’anticipation est moteur de notre attractivité depuis 2016. Avec 415 investissements directs internationaux prévus et la création de près de 10 000 emplois, la région atteint en 2019 un record. Première région au monde pour les investissements en R&D, elle a également confirmé sa position de 1ère région européenne du futur 2020/21. Dans le contexte Brexit, la région est la 1ère destination en Europe de projets venant du Royaume-Uni.

    Avec la crise, certains projets d’investissement pourraient être reportés voire annulés, mais la Région Île-de-France a mis en place un dispositif de soutien massif auprès de toutes les entreprises (fonds de solidarité, prêt Rebond, fonds Résilience, PM’UP Covid) et proposera avant l’été un plan de relance, notamment axé sur la santé et le numérique. L’agence d’attractivité Choose Paris Region accompagnera les entreprises étrangères d’Ile-de-France pour passer ce cap difficile. Réindustrialiser, digitaliser et décarboner, c’est le triptyque régional pour renforcer l’attractivité et résister aux chocs futurs.

Avant la crise, les régions françaises connaissaient une forte progression des investissements internationaux, notamment dans l’industrie

En haut de ce palmarès se trouvent l’Île-de-France, qui conserve la tête du classement français, avec près de 350 projets à elle seule, devant la région Auvergne-Rhône-Alpes et les Hauts-de-France. Le top 3 Français se positionne dans le haut du classement des investissements étrangers en Europe, occupant les 2ème, 9ème et 12ème positions, face au Grand Londres, qui conserve sa 1ère place.

Si ces trois régions occupaient déjà le haut du podium en 2018, de belles progressions sont néanmoins observées en Occitanie, Provence-Alpes-Côte-d’Azur et Bourgogne-Franche-Comté. 

Le classement des investissements dans les sites de production met en évidence le développement des bassins industriels historiques, qui profitent pleinement de l’augmentation forte des implantations et extensions d’usines (+20% entre 2018 et 2019) et de la 1ère place européenne de la France avec 409 projets industriels, devant l’Allemagne (161), la Turquie (138) et le Royaume-Uni (132).

  • Le point de vue de Jean-Luc Moudenc, Maire de Toulouse et Président de France urbaine : « Des territoires soutenables, viables et inclusifs»


    Jean-Luc Moudenc, Maire de Toulouse
    et Président de France urbaine

     

    Quelles sont les conséquences économiques de la pandémie pour les métropoles, grandes agglomérations et grandes villes de France ?

    Elles sont majeures et nous savons que, quelles que soient les projections réalisées, nos territoires devront faire preuve de résilience – comme ils ont su le faire depuis le début de l’épidémie – pour absorber le choc sur le tissu économique et sur l’emploi. C’est en ce sens qu’au-delà du soutien nécessaire aux acteurs économiques, nous appelons à un renforcement de notre capacité d’action en matière d’inclusion, d’insertion et d’emploi.

    Nos collectivités sont également des acteurs économiques de premier plan, qui structurent des écosystèmes économiques et sociaux. Or nos budgets locaux ne sont pas épargnés. Prenons le secteur des transports publics, confronté à une double baisse des recettes d’exploitation et des recettes fiscales. Depuis des années, nous avons construit une nouvelle culture des mobilités. Ce serait un drame de revenir en arrière. D’où la nécessité d’un dialogue étroit avec l’Etat pour nous donner les moyens de faire face.

    Quelles sont les solutions déjà envisagées pour permettre aux grandes villes d’effacer la crise le plus rapidement possible et pour attirer davantage d’investisseurs étrangers ?

    Nous ne pouvons pas « effacer » la crise et continuer comme avant. Son impact est trop profond pour nous exonérer d’une réflexion collective sur le monde que nous voulons demain. C’est pourquoi France urbaine demande une relance écologique et sociale ambitieuse, porteuse de nouvelles perspectives économiques.

    Car un territoire attractif, c’est un territoire vivable, soutenable et inclusif. Cette relance doit être l’occasion de fixer de nouvelles conditionnalités écologiques et sociales pour mobiliser nos écosystèmes économiques en ce sens. Elle doit aussi renforcer et accélérer l’ensemble des actions et des projets que nous portons depuis des années en faveur de la transition écologique.

    Pour cela, nous avons besoin de nouvelles perspectives financières. La compensation des surcoûts liés à l’épidémie est une première étape, mais il nous faut sécuriser nos ressources à plus long terme dans le cadre d’une relation financière mature avec l’Etat, visant l’autonomie fiscale. S’il en était besoin, je crois que la crise a montré que nous étions plus que dignes de cette confiance.

    Selon de nombreuses enquêtes menées en France et à l’étranger, le confinement incite à une vie différente, loin des fureurs de la ville, plus respectueuse de l’environnement, plus responsable. Les grandes villes ont-elles les moyens de répondre à ce besoin croissant ?

    Gardons-nous de raviver une fracture artificielle entre territoires urbains et ruraux. Ce que l’épidémie a d’abord montré, c’est que nos territoires – urbains, périurbains, ruraux – étaient solidaires face à la propagation du virus. En matière de production et de distribution alimentaire, de circuits-courts, d’économie circulaire… nous avons innové ensemble en faisant vivre l’Alliance des territoires.

    Quant à la nécessité de construire un mode de vie plus respectueux de l’environnement, cela fait des années que les territoires urbains assument cette responsabilité, que ce soit en matière de mobilité durable, de rénovation thermique des bâtiments, de lutte contre la précarité énergétique, de renforcement des solidarités, d’inclusion, etc. Le premier objectif de la relance doit donc être de conforter cette dynamique et de l’amplifier. Nous en avons tous plus que jamais besoin.

La crise sanitaire amène à revisiter les plans d’investissement, mais les deux tiers des projets annoncés en 2019 sont déjà réalisés ou en cours de mise en œuvre

Selon l’analyse d’EY, environ 65% des 1200 projets annoncés en 2019 pourraient être maintenus, 25% reportés ou fortement revus et 10% seraient annulés.

Quels seront les impacts économiques globaux de la crise du COVID-19 ? Personne n’a encore la réponse. En revanche, il nous semble essentiel de tenter de cerner les effets de la crise sur les investissements annoncés en France et en Europe en 2019 et qui, par définition, constituaient le flux d’emplois, de dépenses d’investissement, de projets technologiques et d’effets divers sur la sous-traitance et l’économie de centaines de territoires.

Pour comprendre l’impact de la crise sur les IDE annoncés en 2019 et tenter d’anticiper les exercices 2020 et 2021, nous avons interrogé les principales agences nationales et régionales d’attractivité à l’échelle européenne (Business France et ses homologues) et un large panel d’experts et d’industriels.

En France, parmi les projets d’IDE recensés par EY en 2019, 53% ont déjà été mis en place, selon une revue de la situation individuelle des entreprises et de leurs projets. Ils peuvent donc être considérés relativement à l’abri de décisions sur leur réalisation, même si des corrections très importantes (montant réellement investis, emplois créés, rythme de ces investissements) peuvent être apportées selon les perspectives de leurs marchés.

Mais qu’en est-il des projets restants, pour lesquels aucune information n’a été diffusée par les entreprises ? Nos analyses sur la dynamique sectorielle, la criticité des investissements et d’autres facteurs endogènes ou exogènes, indiquent qu’environ 12% d’entre eux devraient être confirmés, dans des secteurs moins touchés par la crise (agro-alimentaire, santé, e-commerce…), mais aussi parce que leur nature (industrie automatisée, regroupement de back-offices par exemple) les rend « utiles » dans la période.

En revanche, 25% des projets d’investissement de 2019 (soit plus de 300) peuvent être considérés à risque : soit parce que nous estimons que les entreprises les reporteront sine die ; soit parce que des ajustements très significatifs doivent être apportés.

Enfin, pour seulement 10% des projets annoncés en 2019, les conditions nécessaires à leur réalisation ne sembleraient plus réunies, conduisant à leur annulation pure et simple.

En matière de révision des plans d’investissement, tout le monde semble logé à la même enseigne

Fort heureusement, la France ne fait pas figure d’exception. La crise sanitaire frappant avec la même ampleur ou presque toutes les économies du Vieux Continent, aucun pays n’échappe à un refroidissement des ardeurs des investisseurs internationaux.

En effet, selon les résultats de notre enquête menée au niveau européen, tous les concurrents de la France devraient constater un écart comparable entre le nombre et la nature des projets annoncés l’année dernière et leurs réalisations concrètes. A l’exception vraisemblablement de certains pays qui affichent les coûts du travail plus faibles en Europe (notamment la Pologne ou le Portugal) et pour certaines activités en forte demande (logistique, call centers…), la plupart des grands concurrents de la France devraient subir une correction à peu près identique de leurs projets. En conséquence, en dépit d’intentions moins ambitieuses que prévues, le classement 2020 de notre Baromètre reste la photographie la plus fidèle de l’Europe d’avant-crise.

Ce qu'il faut retenir

Malgré les soubresauts de son économie, les incertitudes liées au Brexit, les tensions commerciales internationales et les mouvements sociaux, la France aura fait mieux que tirer son épingle du jeu dans la compétition européenne entre 2016 et 2019.

L’observation des dynamiques et des parts de marché reste pertinente et indique que la France était le pays européen le plus prometteur à la veille de la crise…

A propos de cet article

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Marc Lhermitte

Associé, Consulting, Responsable du programme Attractivité, France

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