7 min de temps de lecture 29 mai 2020
Analyse des commandes mensuelles de véhicules pour le marché européen

Analyse des commandes mensuelles de véhicules pour le marché européen

Par

Jean-François Bélorgey

Associé, Audit, Transports, Automobile, France

Expert reconnu du secteur automobile et des transports, auquel il a consacré toute sa carrière.

7 min de temps de lecture 29 mai 2020
Thématiques associées Automobile et transports

Effondrement historique du marché européen des voitures neuves, avec des perspectives de redressement incertaines.

  • En avril, les ventes de voitures neuves ont chuté de 75 % pour l’ensemble de l’UE ;
  • Les écarts sont marqués entre le Sud et le Nord : l’Europe du Sud connaît les reculs les plus importants ;
  • Alors que les parts de marché des motorisations électriques atteignent un niveau record, les nouvelles immatriculations sont en baisse même pour les voitures électriques ;
  • Pour l’ensemble de l’UE, un recul des ventes d’un tiers est attendu en 2020.

Dans l’Union Européenne (UE), le marché des voitures neuves a connu en avril un recul sans précédent de 75 % par rapport au même mois de l’année précédente. À l’échelle de l’Europe, les baisses les plus considérables ont été enregistrées dans les pays les plus durement touchés par la pandémie et ayant pris les mesures de confinement les plus sévères : en Belgique, en France, au Royaume-Uni, en Irlande, en Italie et en Espagne, les immatriculations de véhicules neufs ont été en recul de près de 90 % ou davantage.

Les mesures prises par les États pour faire face à la crise sanitaire ont eu des effets très divers en Europe ; il en va de même pour les replis sur le marché des voitures neuves : les pays scandinaves connaissent une baisse d’environ un tiers pour un recul d’environ deux tiers pour l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse, alors qu’en France, comme dans le reste du Sud de l’Europe, le marché a subi un arrêt presque total.

Dans la plupart des pays européens, les restrictions s’assouplissent actuellement et la vie publique recommence à prendre son cours, encore qu’à un rythme et une intensité variables selon les pays. Ces assouplissements devraient se refléter également dans les immatriculations de véhicules neufs.
Jean-François Bélorgey
Associé, Audit, Transports, Automobile, France

Pour le mois de mai, le marché pourrait reculer d’environ 50 % à l’échelle européenne par rapport au même mois de 2019.

Les craintes conjoncturelles ralentissent les ventes de voitures

Le secteur est confronté à plusieurs défis, indique Jean-François Bélorgey : « La réouverture des garages et des concessions dans de nombreux pays a certes un effet stabilisateur, mais risque malheureusement de ne pas être suffisant pour faire revenir les clients en masse dans les showrooms. En effet, les répercussions de la pandémie du covid-19 se font sentir de plus en plus massivement en termes conjoncturels : les consommateurs sont sans cesse plus nombreux à s’inquiéter pour le maintien de leur travail, voire se trouvent déjà en situation de chômage – l’achat d’un véhicule neuf n’est pas à l’ordre du jour pour eux. Du côté des entreprises aussi, les nouvelles immatriculations vont continuer à connaître un recul important, au vu des réductions de dépenses que nombre d’entre elles sont contraintes de s’imposer devant des baisses importantes de leur chiffre d’affaires et un contexte économique des plus incertains. Même les locations de voitures, qui dans certaines parties de l’Europe constituent un très important segment d’achat de véhicules neufs, vont pratiquement cesser leurs commandes de nouvelles voitures, voire annuler celles qui étaient passées. »

Relance du marché automobile : une impulsion conjoncturelle s’impose

La détérioration massive du climat de consommation a particulièrement affecté le secteur automobile. Le Gouvernement français étudie actuellement un plan de relance du secteur qui intégrera des incitations à la transition écologique. Selon Jean-François Bélorgey, la définition de ces aides doit se faire avec prudence, car les mesures d’incitation à l’achat peuvent avoir des effets de déformations de marché. Elles doivent être prises avec un effet rapide, voire immédiat pour stimuler la relance du marché et éviter de générer des effets d’attente qui iraient à l’opposé de l’effet recherché. Il faudra également veiller à leur calibrage de telle sorte qu’elles ne favorisent pas principalement les productions de véhicules dans les pays à bas coût. Les contraintes européennes en vigueur depuis début 2020 sur les émissions moyennes de CO2 par kilomètre représentent une réelle opportunité pour la compétitivité française car elles poussent à la conversion de marché vers les véhicules électriques qui sont fabriqués dans les terres traditionnelles de production des constructeurs français et européens.

Les parts de marché de l’électrique toujours en progression

En mars, les immatriculations de voitures électriques neuves ont continué à progresser sur de nombreux marchés – toutefois, ce segment se ressent lui aussi de la crise dans une mesure croissante. C’est ainsi que sur les 5 principaux marchés de l’électrique en Europe de l’Ouest – Allemagne, Royaume-Uni, France, Italie et Espagne –, les ventes de véhicules neufs tout-électriques ont baissé en avril de 36 %, et les nouvelles immatriculations d’hybrides plug-in ont reculé de 17 %. Il faut noter que ce recul, somme toute moins important, des hybrides plug-in est dû uniquement à leur développement resté soutenu en Allemagne, où le nombre de nouvelles immatriculations sur ce segment s’est accru de 84 %. Les autres pays y ont enregistré des baisses massives.

Quant aux voitures à essence et diesel, l’évolution des nouvelles immatriculations s’y présente sous un jour bien plus défavorable encore : sur les 5 principaux marchés, les ventes de voitures à essence ont régressé de 86 %, celles des voitures diesel de 84 %. Les parts de marché des voitures électriques neuves ont progressé en conséquence : sur les 5 principaux marchés, la part des véhicules tout-électriques est passée de 1,3 à 5,1 %, celle des hybrides plug-in passant de 0,8 à 4,0 %. Par rapport à ces chiffres spectaculaires, il faut garder à l’esprit que pour tenir les objectifs de la COP 21 de Paris, il faudrait que ces véhicules atteignent une part de 13% de manière continue pendant plusieurs années.

Les motorisations électriques connaissent certes un succès croissant – dû en bonne partie à d’importantes mesures publiques de soutien telles que primes et avantages fiscaux. Mais part de marché, ne signifie pas forcément volumes dans l’absolu. Sur ce segment, comme sur les autres, l’évolution des nouvelles immatriculations est pour l’instant freinée en premier lieu par les interruptions de production et les retards de livraison qui en résultent : pour de nombreux modèles, il reste un certain nombre de commandes à honorer. La question est de savoir si la baisse globale du marché en 2020 aura aussi un effet sur les ventes de véhicules électriques et PHEV. En tous cas, il est intéressant d’observer que la Zoé est le 6ème véhicule le plus vendu en France depuis le début de l’année.

Source des données : ACEA – European Automobile Manufacturers Association

Sur les 5 principaux marchés, les parts des tout-électriques neuves sont passées en avril à 5,1 %, contre 1,3 % pour le même mois l’année précédente – c’est un nouveau record. Les hybrides plug-in ont enregistré des parts de marché de 4 %, contre 0,8 % en avril 2019. Les modèles électriques totalisent ainsi une part de 9,1 % sur les 5 principaux marchés (année précédente : 2,1 %).

Perspective : pour l’ensemble de l’UE, les ventes seront en recul d’au moins un tiers en 2020

Depuis le début de l’année en cours, le marché français des voitures neuves se situe à 48 % au-dessous du niveau de la même période de l’année précédente ; à l’échelle de l’UE, on enregistre un recul de 38% par rapport à la même période.

Dans l’hypothèse où l’on parvient à enrayer la propagation du virus et à éviter la deuxième vague de contaminations que l’on redoute, les ventes pourraient être en recul de l’ordre de 35% des ventes dans l’UE et encore cela suppose l’introduction rapide de mesures de soutien, comme par exemple d’une prime à l’achat ainsi que cela existe ou pourrait être décidé dans certains pays, comme la France. Selon Jean-François Bélorgey, cette baisse historique aura d’énormes conséquences pour l’industrie automobile européenne : « À moyen terme, le secteur sera confronté à des surcapacités importantes car les séquelles de cette crise continueront de se faire sentir sur la conjoncture de l’année prochaine, même si la pandémie devait avoir pris fin. »

Ce qu'il faut retenir

À moyen terme, le secteur sera confronté à des surcapacités importantes car les séquelles de cette crise continueront de se faire sentir sur la conjoncture de l’année prochaine, même si la pandémie devait avoir pris fin.

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Jean-François Bélorgey

Associé, Audit, Transports, Automobile, France

Expert reconnu du secteur automobile et des transports, auquel il a consacré toute sa carrière.