5 min de temps de lecture 21 juil. 2020
Juin 2020 : le marché européen des voitures neuves se rétablit lentement

Analyse mensuelle des constructeurs automobiles sur le marché européen en juin 2020

Par Jean-François Bélorgey

Associé, Audit, Transports, Automobile, France

Expert reconnu du secteur automobile et des transports, auquel il a consacré toute sa carrière.

5 min de temps de lecture 21 juil. 2020

Une reprise européenne tout en nuances selon les pays : le marché européen des voitures neuves se rétablit lentement. Juillet devrait être meilleur. 

La situation sur le marché des voitures dans l’Union européenne (UE) s’est à nouveau légèrement détendue au mois de juin, encore que l’on observe d’importantes différences d’un pays à l’autre. Par rapport au même mois de l’année précédente, les ventes de voitures neuves n’ont reculé au total « que » de 25 %, contre un effondrement de 52 % en mai. Alors qu’en France les immatriculations de véhicules neufs ont progressé de 1,2 % grâce à une prime à la casse entrée en vigueur début juin, elles ont chuté de 56 % dans d’autres pays comme au Portugal. La plupart des grands marchés ont connu une contraction de 20 à 30 %.

Au 8 juillet, selon le CNPA (Conseil National des Professions de l’Automobile), près de 125 000 véhicules ont bénéficié de la prime à la casse sur un quota de 200 000 véhicules. La mise en place de cette prime à laquelle s’ajoute l’aide à l’achat décidée par l’Etat français, vient booster l’achat de véhicules neufs. 

L’exemple français nous montre aujourd’hui que des mesures publiques de soutien ciblé peuvent, à coup sûr, avoir un effet important.

Jean-François Bélorgey,

Associé EY et responsable du secteur de la mobilité

 

En revanche, la réduction du taux de TVA choisie en Allemagne devrait avoir un effet bien moindre sur le marché automobile dans ce pays. Le mois de juin semble en effet montrer que cette mesure a même bridé les ventes de voitures neuves : « En juin, soit avant l’entrée en vigueur de la réduction du taux de TVA, les particuliers ont manifestement hésité à acquérir un nouveau véhicule. Chez les particuliers, les nouvelles immatriculations ont baissé de 38 %, contre 29 % pour celles des entreprises. » Au cours des mois à venir, Jean-François Bélorgey compte toutefois sur une inversion de tendance et une part grandissante des achats de voitures par les particuliers.

Pour le reste de l’année, Jean-François Bélorgey montre un optimisme prudent : « Dans la plupart des pays d’Europe, la vie publique a poursuivi un retour à la normale en juin, accompagnée d’une lente reprise de l’économie. Selon l’ampleur de l’effondrement des ventes pendant les mois de confinement, l’étau bloquant les achats de véhicules neufs de manière plus ou moins importante va désormais se desserrer peu à peu. »

Une éclaircie sur le marché français

Le mois de juin marque une réelle embellie dans le secteur automobile français. Plusieurs facteurs ont favorisé une reprise progressive des ventes. Entre la réouverture des concessions sur un mois complet, la livraison de commandes passées avant la crise et l’entrée en vigueur de diverses aides publiques, le marché automobile français retrouve une belle dynamique.

Cela se constate également chez les constructeurs tricolores. Le groupe Renault tire largement son épingle du jeu et prend la tête du classement du plus grand nombre d’immatriculations, soit 71 611 immatriculations (+6,5% par rapport à juin 2019). Le groupe PSA de son côté souffre toujours un peu en totalisant 62 952 immatriculations, soit une baisse de 9,1% par rapport à juin 2019. 

Bond des motorisations électriques et surtout des hybrides plug-in

Enfin, le soutien public à l’achat de voitures électriques a été renforcé tant en France qu’en Allemagne. Jean-François Bélorgey ne doute pas que ces mesures vont accentuer encore la tendance à la mobilité électrique. « Les remises sur les prix à l’achat de voitures électriques et d’hybrides plug-in sont à présent importantes – mais les délais de livraison le sont tout autant. » En effet, l’offre disponible en véhicules électriques reste limitée : « La demande importante entraîne des difficultés d’approvisionnement – c’est également le cas pour les hybrides plug-in, actuellement très prisés par les acheteurs. »

En France, le nombre de nouvelles immatriculations d’hybrides plug-in a plus que décuplé par rapport au même mois de l’année précédente ; leur nombre a plus que quadruplé en Italie et plus que triplé en Allemagne. En juin, la part de marché des hybrides était la plus élevée en Allemagne, avec pratiquement 5 %, suivie par le Royaume-Uni (3,4 %) et la France (3,2 %).

Sur de nombreux marchés, l’achat d’hybrides plug-in n’a pas seulement été encouragé par des mesures incitatives ; par rapport aux voitures tout-électriques, elles ne posent pas de problèmes d’autonomie et permettent de parcourir plus de distance. Ce sont autant de facteurs qui expliquent la forte demande pour ce genre de véhicules.

Les constructeurs pourraient clairement vendre davantage d’hybrides plug-in, encore faut-il que ces modèles soient disponibles.
Jean-François Bélorgey
Associé, Audit, Transports, Automobile, France

Sur les cinq grands marchés de l’UE, le nombre de nouvelles immatriculations d’hybrides plug-in a crû de 246 % au mois de juin ; pour les voitures tout-électriques cette croissance a été de moitié, avec 120 %. Elle reste toutefois spectaculaire et les clients français semblent particulièrement attirés par cette motorisation, sans doute stimulés par l’ambiance très « verte » du pays en ce moment et par les aides à l’achat.

Les véhicules électriques – hybrides plug-in et véhicules tout-électriques – totalisent ainsi en juin une part de 7,3 % sur les cinq principaux marchés de l’UE. En France et en Allemagne, environ une nouvelle immatriculation sur onze concerne ainsi une voiture à motorisation électrique ; au Royaume-Uni, cette proportion est même d’environ une nouvelle immatriculation sur dix. 

Perspective : En 2020 et pour l’ensemble de l’UE, on s’attend à un recul d’un quart des ventes

Depuis le début de l’année en cours, le marché français des voitures neuves se situe à 38,6 % au-dessous du niveau de la même période de l’année précédente. On enregistre ce même recul sur le périmètre européen.

Dans l’hypothèse où l’on parvient à enrayer avec succès la propagation du virus et à éviter une deuxième grande vague de contamination, Jean-François Bélorgey retient la probabilité d’un repli de 25 % pour l’ensemble de l’EU. Il souligne toutefois : « Toutes les prévisions restent aujourd’hui marquées par une grande incertitude. Un facteur décisif – outre le cours de l’épidémie et l’évolution de la conjoncture – sera le fait que d’autres pays décideront d’un soutien public à l’achat de voitures neuves. »

Jean-François Bélorgey met en garde contre un optimisme excessif quant à la situation du secteur automobile : « En tout état de cause, l’Europe connaît actuellement des surcapacités importantes. Elles grèvent les marges des constructeurs, qui vont probablement devoir procéder à des coupes douloureuses. Il ne faut pas oublier non plus que les séquelles de cette crise continueront à peser sur l’économie européenne l’année prochaine, quand bien même la pandémie aurait pris fin. Un chômage élevé, des faillites et des profits en berne chez les entreprises se feront sentir pendant longtemps encore sur le marché des voitures neuves. La crise est donc loin d’être derrière nous, pour l’automobile tout autant que pour d’autres secteurs. »

Ce qu'il faut retenir

En juin 2020, le marché européen des voitures neuves se rétablit lentement. Les ventes de voitures neuves dans l’UE sont en baisse de 25 %. Les hybrides plug-in font un bond. La prime à la casse pousse le marché automobile français vers le haut. Le mois de juillet devrait être bien meilleur en France qu’en Allemagne.

A propos de cet article

Par Jean-François Bélorgey

Associé, Audit, Transports, Automobile, France

Expert reconnu du secteur automobile et des transports, auquel il a consacré toute sa carrière.