7 min de temps de lecture 9 sept. 2019
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De quelle façon les FinTechs façonnent-elles un nouvel écosystème en Europe ?

Par

Sylvain Canu

Associé, Financial Services, PI, Assurance, France

Sylvain Canu est l’associé en charge de l’activité Digital Enterprise Transformation des services financiers. Il accompagne les institutions financières dans leur transformation digitale.

7 min de temps de lecture 9 sept. 2019

Une vague d’innovation dans les technologies financières (FinTechs) suscite la création d’un tout nouvel écosystème en Europe, cherchant à apporter de nouveaux services aux consommateurs européens.

Les consommateurs européens sont de grands fans de FinTechs et leur enthousiasme inspire de nouvelles approches en matière de prestations de services financiers. En effet, l’utilisation d’applications FinTech a considérablement augmenté ces deux dernières années dans toute l’Europe. L’adoption des FinTechs chez les utilisateurs actifs du numérique a atteint 73 % aux Pays-Bas, 71 % en Irlande et au Royaume-Uni, et 64 % en Allemagne, en Suède et en Suisse, la moyenne mondiale s’établissant à 64 % selon l’EY Global FinTech Adoption Index 2019.

Pour illustrer cette croissance rapide, au Royaume-Uni, par exemple, 14 % des utilisateurs actifs du numérique étaient déjà des adeptes des FinTechs en 2015, première année de l’enquête. Au moment de la deuxième enquête, en 2017, le taux était passé à 42 % et, en 2019, il était de 71 %, soit cinq fois plus en seulement quatre ans. D’autres marchés européens ont également connu une forte croissance depuis 2017, dont la Belgique et le Luxembourg (passant de 13 % à 42 %) et la France (de 27 % à 35 %).

Dans toute la région, l’utilisation s’est également accrue. En 2017, les adeptes des FinTechs se sont largement concentrés sur les applications de paiement. À présent, ils utilisent un large éventail d’applications bancaires, d’assurances, de gestions d’actifs et de finances personnelles.

Les forts taux d’adoption montrent que les consommateurs européens intègrent de plus en plus les FinTechs dans leur vie financière quotidienne. L’enquête a été pensée pour identifier les adeptes engagés. Dans son étude EY Global Fintech Adoption Index 2019, EY a identifié 19 services de FinTechs suffisamment matures pour ressortir dans plusieurs pays, tels que les applications boursières et les conseils d’investissement en ligne. Toute personne ayant utilisé au moins deux « buckets » pour ce type de services, signe de changement de comportement, est considérée comme une adepte de FinTech. Un bucket se compose d’au moins un des 19 services de FinTechs mentionnés dans l’étude, regroupant des propositions similaires, telles que la Bourse et les conseils d’investissement en ligne.

Les FinTechs, acteurs clés de l’économie européenne des API ouvertes

Alors que leur adoption s’est intensifiée dans toute la région, les FinTechs ont gagné en taille, en portée et en sophistication. Elles sont aujourd’hui des concurrentes majeures, dont la portée est souvent paneuropéenne, voire mondiale. Certaines banques numériques européennes ont gagné d’importantes parts de marché sur les marchés européens et mondiaux, attirant ainsi des millions de clients depuis leur lancement il y a quelques années à peine.

Les banques et assureurs européens historiques ne restent pas inactifs face à cette concurrence. Conscients du rôle puissant que les FinTechs peuvent jouer dans l’amélioration de l’expérience client, ils ont accéléré le développement de leurs propres propositions en la matière. Ils ont également formé leurs propres écosystèmes en partenariat avec certaines FinTechs.

La généralisation de la banque ouverte, prescrite par la directive modifiée du Parlement européen et du Conseil concernant les services de paiement, connue sous le nom de « PSD2 », constitue l’un des principaux moteurs de la croissance rapide des FinTechs en Europe. En vertu de cette réglementation, les banques sont tenues d’établir des interfaces de programme d’application (API) ouvertes qui permettent aux clients de partager en toute transparence leurs données avec des fournisseurs tiers, y compris les FinTechs. Avec le consentement du client, les FinTechs et les autres acteurs sous licence peuvent ainsi accéder aux données de compte et effectuer une série d’opérations comme les paiements. Selon notre enquête, 46 % des adeptes des FinTechs ont déclaré être prêts à partager leurs données bancaires avec d’autres organisations en échange de meilleures offres et d’une meilleure qualité de services.

La PSD2 a stimulé l’innovation dans le paysage financier européen, alimentant l’essor d'applications, pouvant combiner des services d’assurance, de gestion d’actifs et d’opérations bancaires sur une seule et même plateforme. Les FinTechs peuvent jouer un rôle important en coulisses dans le fonctionnement de ces applications innovantes, en facilitant l’intégration des API et l’agrégation de données entre les banques et les fournisseurs tiers.

Regroupement des sociétés financières dans des écosystèmes

Alors que les FinTechs continuent d’influencer le secteur financier en Europe, EY s’attend à voir des fournisseurs de toutes tailles se regrouper sous forme d’écosystèmes. Les banques numériques, les agrégateurs et les applications de gestion financière offrent de plus en plus un modèle de marché, dans lequel les clients (consommateurs et PME) peuvent accéder à des fournisseurs tiers de crédit, d’investissement, d’assurance, d’hypothèques, de financement, de retraite et plus encore.

EY voit émerger deux modèles économiques majeurs pour les acteurs des écosystèmes financiers européens :
  1. spécialistes produits : dans ce modèle, une banque, un assureur ou un gestionnaire d’actifs tire parti des données et des analyses, provenant parfois d’autres participants de l’écosystème, pour commercialiser des produits ciblés auprès des consommateurs ; 
  2. fournisseurs interentreprises (B2B) : certaines FinTechs se spécialisent dans l’utilisation de techniques numériques pour développer et lancer de nouveaux produits rapidement, parfois en quelques semaines, mais ne vendent pas les produits directement aux consommateurs. Elles comptent sur d’autres acteurs de l’écosystème, souvent des banques et assureurs historiques, pour commercialiser leurs produits. Cela concerne essentiellement les services d’assurance et bancaires.

Lorsque les entreprises historiques et les FinTechs intègrent ces deux modèles d’entreprise dans un écosystème performant, elles peuvent développer efficacement des produits adaptés aux besoins spécifiques des consommateurs et des PME. Dans un environnement d’API ouvertes, les banques et les assureurs peuvent utiliser des plateformes reliés à ces écosystèmes pour offrir à leurs clients l’accès aux services d’autres fournisseurs en toute transparence. Ils élargissent ainsi leur capacité à servir leurs clients tout en conservant le contrôle principal de la relation client. De plus, les FinTechs qui ont réussi à attirer un nombre important de clients commencent alors à en tirer parti pour attirer également d’autres fournisseurs dans leurs écosystèmes.

Les acteurs des Big Techs veulent tenter leur chance

Cependant, les acteurs financiers historiques et les FinTechs à succès ne sont pas les seuls à vouloir profiter de ces écosystèmes européens en plein essor. Les marchés de vente en ligne, qui ont une grande expérience de la collecte et l’analyse des données clients, sont entrés en scène. Par exemple, les acteurs de la vente en ligne peuvent fournir non seulement une plateforme pour les paiements en ligne, mais également un financement pour les commerçants et les consommateurs, ainsi que des produits d’assurance de base, tels que des garanties pour les appareils électroménagers.

L’enquête démontre que les consommateurs européens sont réceptifs à l’idée de faire appel à des acteurs non financiers pour leurs produits financiers. Par exemple, 47 % des consommateurs irlandais sont disposés à se laisser séduire par des services de type bancaires, emprunts, paiements, assurances et investissements qui seraient proposés par une entreprise de services non financiers associée à une institution financière.

L’écosystème bilatéral est une approche de plus en plus imitée par les sociétés financières en Europe. Dans le commerce de détail, un écosystème bilatéral combine des produits et des services pour les commerçants et les consommateurs. Dans le secteur bancaire, un système bilatéral dessert à la fois les fournisseurs de capitaux et les utilisateurs de capitaux.

Dans un environnement d’API ouverte, d’autres acteurs non financiers tenteront probablement leur chance. À mesure que les industries se transformeront, elles souhaiteront inclure des éléments financiers dans leurs propres écosystèmes. Les constructeurs automobiles, par exemple, savent que leur proposition de valeur ne sera plus du tout la même dans 10 ans en raison du covoiturage, des véhicules électriques et des voitures autonomes. Ces entreprises ont commencé à créer des écosystèmes autour de l’idée largement définie de mobilité. Cela comprend les services de réservation de taxi, le partage de voiture, les scooters électriques et les services de voyage.

Toutes ces activités doivent être payées, financées et assurées. Les banques, les assureurs et les FinTechs pourront fournir certains de ces services en tant qu’acteurs de l’écosystème s’ils disposent des API nécessaires, mais ils n’auront pas le contrôle de l’interface client. En revanche, les constructeurs automobiles et les détaillants l’auront.

Vers une rupture européenne dans le domaine des FinTechs

EY s’attend à ce que les FinTechs continuent de bouleverser et d’influencer le paysage financier européen. Cependant, peu sont susceptibles d’atteindre des tailles comparables aux acteurs financiers historiques. Dans une économie fluide et à API ouvertes, l’acquisition et la fidélisation des clients ne sont pas de minces affaires. Certaines FinTechs tenteront de se développer en créant des partenariats ou en fusionnant, une tendance qui a d’ailleurs déjà commencé. De nombreuses FinTechs qui débutent en tant que challengers dans le B2C deviendront probablement des acteurs du B2B, se repositionnant en tant que prestataires de services pour les plus grands acteurs de l’écosystème.

Ces FinTechs B2B joueront un rôle essentiel dans la transformation numérique en fournissant des services de pointe aux entreprises historiques traditionnellement moins agiles. Rien qu’en Allemagne, il existe déjà plus de 500 accords de partenariat entre des FinTechs et des entreprises historiques, avec des milliers d’autres à travers l’Europe. Et la tendance n’est pas près de s’inverser. Pour que les banques et les assureurs établis continuent à intéresser leurs clients, ils doivent innover rapidement et en permanence. Et pour ce faire, ils auront besoin de FinTechs.

N’hésitez pas à consulter notre vidéo pour en savoir plus avec Christopher Schmitz, EY EMEIA Fintech Leader.

Ce qu'il faut retenir

L’adoption des FinTechs a connu une croissance rapide en Europe, stimulant l’innovation et incitant les challengers et les entreprises historiques à se regrouper dans des écosystèmes. L’avènement de l’open banking, tel que promulgué par l’initiative PSD2 de l’Union européenne, renforce la concurrence pour le contrôle des interfaces client. Alors que seules quelques FinTechs européennes sont susceptibles de devenir des géants de la finance, beaucoup joueront un rôle important en tant que prestataires de services de pointe pour d’autres acteurs de l’écosystème.

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Sylvain Canu

Associé, Financial Services, PI, Assurance, France

Sylvain Canu est l’associé en charge de l’activité Digital Enterprise Transformation des services financiers. Il accompagne les institutions financières dans leur transformation digitale.