7 min de temps de lecture 16 sept. 2019
Réunion de stratégie commerciale d’un conseil d’administration

Les FinTechs, un véritable monde de choix pour les PME

Par Sylvain Canu

Associé, Financial Services, PI, Assurance, France

Sylvain Canu est l’associé en charge de l’activité Digital Enterprise Transformation des services financiers. Il accompagne les institutions financières dans leur transformation digitale.

7 min de temps de lecture 16 sept. 2019

Longtemps mal desservies par les prestataires financiers traditionnels, les PME se voient offrir de nouvelles options à mesure que les offres proposées par les FinTechs s’enrichissent.

L’adoption de services FinTechs par les consommateurs a augmenté, passant de 16 % en 2015, année de publication du premier EY Global FinTech Adoption Index, à 33 % en 2017 et 64 % en 2019. Sur cette période, EY a observé des vagues d’innovation importantes, notamment dans le domaine des nouveaux modes de paiement, de gestion budgétaire et de financement. L’indice mesure désormais 19 propositions clients différentes, contre 10 en 2015.

À mesure que les FinTechs élargissent leur offre, elles arrivent à maturité en tant qu’entreprises, étendent leur portée mondiale et favorisent une nouvelle concurrence. Face à la croissance soutenue des FinTechs, les banques, les assureurs et les autres entreprises financières historiques répliquent avec leurs propres offres en la matière.

Cette année, EY a élargi ses recherches pour examiner comment les PME utilisent les solutions FinTechs. Les sociétés de FinTech proposent désormais une gamme de services innovants aux PME. Ces dernières les utilisent pour répondre à leurs besoins financiers, et notamment pour obtenir de meilleures conditions pour le financement de leurs fonds de roulement, couvrir leur risque de change et gérer les flux de trésorerie.

Nous avons interrogé des décideurs de 1 000 PME dans cinq pays : deux marchés développés (Royaume-Uni et États-Unis) et trois marchés émergents (Chine, Mexique et Afrique du Sud). La Chine arrive en tête, avec un taux d’adoption de 61 %, suivie des États-Unis avec 23 %. Les taux d’adoption pour les trois autres pays s’élèvent à 18 % pour le Royaume-Uni, 16 % pour l’Afrique du Sud et 11 % pour le Mexique.

Dans la mesure où les PME ont des attributs et des exigences fondamentalement différents des consommateurs, nous avons utilisé une base différente pour mesurer leur niveau d’adoption. Pour être considérée comme adepte de ces nouvelles technologies financières, une PME doit avoir utilisé les services fournis par une FinTech dans les quatre catégories suivantes au cours des six derniers mois : banque et paiements, gestion financière, financement et assurance. Le taux d’adoption mondial est de 25 %, ce qui laisse une grande marge de croissance et présente des opportunités, aussi bien pour les FinTechs rivales que pour les entreprises établies, de développer des solutions innovantes à destination de ce marché.

Afin de proposer des services ciblés aux PME, souvent plus agiles, les banques ont longtemps eu du mal à choisir entre accroître les services offerts aux consommateurs ou réduire les solutions souvent plus destinées aux grandes entreprises qu’aux PME. Les petites entreprises ont donc plus de choix que jamais dans la sélection de leurs fournisseurs et produits financiers.

L’open banking pour dynamiser l’adoption des FinTechs

L’une des raisons qui nous pousse à croire en une croissance rapide à venir des FinTechs par les PME est leur disposition à partager les données. 70 % des PME adeptes des nouvelles technologies financières sont disposées à partager de manière sélective et sécurisée leurs données bancaires avec d’autres sociétés de services financiers, si cela peut les aider à accéder à une meilleure offre. En comparaison, seuls 46 % des consommateurs particuliers sont prêts à partager des données dans de telles circonstances.

Cette volonté de partage des données de la part des PME offre aux FinTechs des opportunités importantes pour développer des produits basés sur des API ouvertes. Les API ouvertes sont au cœur du phénomène d’open banking qui s’installe sur les marchés du monde entier.

Au Royaume-Uni, qui a inauguré un régime d’open banking en 2018, 94 % des PME adeptes de FinTechs sont prêtes à partager des données avec d’autres sociétés de services financiers, et 63 % sont disposées à les partager avec des sociétés non financières, si cela leur permet d’avoir accès à de meilleures offres. Ces chiffres indiquent que les gains d’efficacité générés par l’open banking dans le secteur des PME sont importants et que les produits et services alimentés par des API ouvertes apportent une réelle valeur aux petites et moyennes entreprises du Royaume-Uni.

De nombreuses FinTechs britanniques utilisent l’open banking et les données ouvertes pour offrir à leurs clients PME des services personnalisés pour les aider à comprendre, gérer et développer leurs entreprises. Les FinTechs qui fournissent des services de gestion financière peuvent utiliser des données d’open banking pour fournir des éclairages sur les flux de trésorerie et la santé financière d’une PME.

De nombreuses petites et moyennes entreprises sont déjà habituées à partager numériquement des données en téléchargeant, par exemple, leurs informations financières sur la plateforme cloud d’un prestataire de services comptables. Avec la propagation des API ouvertes, les fournisseurs peuvent offrir plus efficacement des services aux PME, comme la protection contre les découverts, la comptabilité, la gestion des dépenses, l’affacturage ou encore la gestion de la supply chain.

Les API ouvertes stimulent le développement de nouveaux outils de gestion financière. Une FinTech peut par exemple fournir à une PME la capacité de couvrir le risque de change de manière dynamique et automatique sur une transaction, et ce directement au point de vente.

Les API ouvertes peuvent permettre aux PME d’obtenir beaucoup plus facilement un crédit, véritable carburant de leur croissance. L’obtention d’un prêt est souvent un processus lent et lourd pour les petites entreprises. Avec l’accès aux données ouvertes, les prêteurs, qu’il s’agisse de banques établies ou de FinTechs rivales, peuvent rapidement prendre des décisions de souscription éclairées, en réduisant, dans certains cas, les délais d’acceptation et de mise à disposition des fonds à seulement quelques minutes. Au Royaume-Uni, plusieurs marchés de produits et propositions autonomes utilisent l’open banking pour dynamiser leurs processus d’intégration et de souscription. Cela permet aux PME d’accéder plus facilement et rapidement aux crédits.

Des fonctionnalités qui comptent plus que leur prix

Contrairement aux consommateurs, qui choisissent souvent une FinTech sur la base de tarifs attractifs, les PME sont plus soucieuses des caractéristiques et fonctionnalités proposées. Lorsqu’on leur a demandé de citer les trois principales raisons pour lesquelles ils choisiraient une FinTech rivale plutôt qu’une institution financière historique, 66 % des dirigeants de PME ont mentionné l’éventail de fonctionnalités et caractéristiques, 55 % un service disponible 24 h/24 et 54 % la facilité d’installation, de configuration et d’utilisation du service. En revanche, 39 % ont évoqué les tarifs parmi les facteurs les plus importants. Les trois principales raisons qui poussent les PME à adopter des solutions FinTech sont les mêmes sur le marché britannique.

La préférence des PME adeptes de FinTechs pour des propositions de qualité a contribué à la montée en puissance des FinTechs « monolignes », c’est-à-dire qui se concentrent sur une seule activité, comme les paiements ou les prêts. Ces entreprises peuvent aider les PME à gérer les domaines qui posent souvent des difficultés d’exécution, comme le financement, la facturation, la paie et la comptabilité, ce qui permet aux dirigeants d’entreprise de consacrer davantage de temps à l’innovation et à leurs activités.

Même si ce dégroupage de services financiers se produit, d’autres fournisseurs tentent de regrouper les services, en créant des super applications, des plateformes et des écosystèmes qui offrent une sélection de produits regroupés. Mais jusqu’à présent, ce phénomène est plus marqué chez le consommateur que parmi les PME.

Elles privilégient les solutions technologiques innovantes pour résoudre des problèmes d’entreprises, comme la mise en place de nouvelles réglementations ou le développement d’un nouveau canal de vente. Elles s’appuient également sur une communauté de conseillers lorsqu’elles prennent une décision commerciale importante, comme l’adoption d’une nouvelle technologie. Au Royaume-Uni, par exemple, lorsque les PME adeptes de FinTechs doivent se décider à utiliser ou non un nouveau service, 53 % consultent leur réseau professionnel, 49 % se renseignent auprès de conseillers professionnels et 31 % écoutent les recommandations de leurs fournisseurs actuels.

Cette dépendance à l’égard des conseillers dévoile des canaux de commercialisation potentiels que les entreprises historiques et les FinTechs peuvent exploiter pour atteindre davantage de PME. Elle offre également de nouveaux modes de prestations de solutions financières innovantes à un marché vaste, diversifié et largement mal desservi.

Ce qu'il faut retenir

Longtemps mal desservies par les prestataires financiers traditionnels, les PME se voient offrir de nouvelles options à mesure que les offres FinTechs se développent. L’adoption des FinTechs par les PME s’élève à 25 % à l’échelle mondiale et 18 % au Royaume-Uni, ce qui laisse une importante marge de croissance. La disposition des PME à partager les données par le biais d’API ouvertes laisse présager une future hausse de l’adoption des FinTechs sur ce marché. Les API ouvertes aident les FinTechs à développer des services adaptés aux besoins financiers spécifiques des PME.

A propos de cet article

Par Sylvain Canu

Associé, Financial Services, PI, Assurance, France

Sylvain Canu est l’associé en charge de l’activité Digital Enterprise Transformation des services financiers. Il accompagne les institutions financières dans leur transformation digitale.