6 min de temps de lecture 1 août 2018
Un scientifique

À quoi ressemblera l’industrie chimique en 2025 et au-delà ?

Avec l’utilisation des nouvelles technologies à des fins inédites, toutes les industries sont en train d’être repensées et transformées. La stratégie que vous adoptez aujourd’hui pourrait bien être un obstacle demain.

La révolution numérique fera fondamentalement évoluer l’industrie chimique vers de nouveaux modèles commerciaux et opérationnels, qui émergeront après la désintégration des industries et la formation d’écosystèmes numériques combinant des produits et services propulsés par la technologie.

Dans le monde des nouveaux écosystèmes, la manière dont vous vous intègrerez et le rôle que vous jouerez dans tel ou tel écosystème auront plus d’importance que le volume de vos actifs. Parmi les autres points essentiels : le dynamisme avec lequel vous pourrez évoluer, réagir et vous adapter en fonction de la logique des nouveaux marchés, et la facilité avec laquelle votre organisation pourra suivre le rythme, voire mener.

Les dernières tendances de l’industrie chimique ont leur importance, notamment les supply chains numériques, les intégrations verticales et horizontales avec tout et tout le monde (notamment avec les objets connectés), les fusions et acquisitions à grande échelle, ou encore la transition vers les produits chimiques spéciaux.

Néanmoins, ces tendances ne représentent que des mises à niveau et des optimisations à court terme destinées au mode de fonctionnement actuel. Elles ne permettront pas de garantir la réussite à long terme d’une entreprise de produits chimiques dans la mesure où elles s’inscrivent dans une logique industrielle actuelle, consistant à rechercher de nouveaux avantages concurrentiels en établissant de nouvelles barrières renforcées à l’entrée du marché, qu’il s’agisse de faibles coûts, de valeurs uniques ou de services.

Nous estimons que 10 écosystèmes combineront des produits et services liés aux diverses industries d’aujourd’hui, parmi lesquelles la santé et la nutrition, l’énergie et les ressources, et bien plus encore. Prenons l’exemple des soins de santé intelligents : les professionnels de santé identifieront un problème sur un patient, et l’industrie chimique pourra lui fournir un programme de nutrition sur mesure en fonction de ses résultats cliniques. Une technologie portable en temps réel pourra y être associée pour contrôler l’apport nutritionnel. Les 10 écosystèmes en question sont les suivants :

  1. Êtres humains intelligents
  2. Maisons intelligentes
  3. Bureaux intelligents et formation intelligente
  4. Commerce de détail, commerce de gros et distribution intelligents
  5. Soins de santé intelligents
  6. Environnements urbains intelligents
  7. Transport intelligent
  8. Véhicules intelligents
  9. Centres d’exploitation et entrepôts intelligents
  10. Espaces de travail intelligents

Repenser l’industrie chimique : le monde des produits chimiques en 2025

À l’avenir, la plupart des acteurs actuels de l’industrie chimique seront des entreprises industrielles polyvalentes de production, au service de multiples écosystèmes tout à fait communs. Ils seront piégés, au même titre que les fournisseurs d’infrastructures télécoms qui assurent l’infrastructure de base du monde hyperconnecté d’aujourd’hui, tandis que d’autres géants technologiques en tireront les plus gros profits.

Au même titre que les entreprises de production deviendront polyvalentes, un grand nombre d’entreprises écosystémiques opèreront au sein d’écosystèmes dédiés. À ces deux catégories d’entreprises viendra s’ajouter une troisième, celle des entreprises « plateformes », qui sont potentiellement décentralisées et qui automatisent la plupart du travail.

Entreprises initiales

Les entreprises initiales comprennent la chaîne de valeur de l’industrie chimique actuelle, ainsi que les intermédiaires. Tout comme le secteur bancaire dans les années 1990, les entreprises de produits chimiques sont encore souvent intégrées tout au long de la chaîne du processus (intégration verticale). Le flux de production force l’intégration au moins jusqu’à la fin de l’étape intermédiaire du processus. Dès que le processus est lancé, il suit son cours et il est alors impossible de l’arrêter ou d’interrompre d’autres interactions.

En outre, c’est l’endroit où la plupart des actifs lourds sont utilisés en production, ce qui en fait un terrain de jeu parfait pour les économies d’échelle. Cependant, c’est également là où le savoir-faire nécessaire à la production est le plus faible, et où il est impossible de différencier des produits ou des services, ce qui explique pourquoi il s’agit actuellement d’une bourse de commerce dirigée par les prix. Au-delà de ce point, l’intégration est généralement motivée par des économies de synergies, une spécialisation plus élevée et des coûts de transaction plus faibles.

Avec la technologie actuelle, ces coûts de transaction peuvent être réduits, en particulier entre les entreprises initiales et les entreprises écosystémiques, en utilisant une transaction de marché plutôt qu’une transaction intra-firme. Nous pouvons désormais communiquer efficacement et régler des stratégie et transactions relatives aux produits de base.

Vous vous demandez peut-être « pourquoi maintenant » ? Comme on le voit si souvent dans d’autres industries, les technologies actuelles ouvrent la voie de nouveaux modes de fonctionnement et d’interaction qui n’étaient pas techniquement et/ou économiquement possibles par le passé.

Entreprises écosystémiques

Les entreprises écosystémiques se chargeront de l’intégration au sein des écosystèmes, en contenant les parties en aval de la chaîne de valeur actuelle jusqu’aux acteurs issus de vastes industries, qui apporteront de la valeur ajoutée à l’écosystème. Outre un nouveau modèle commercial, elles auront besoin de nouvelles méthodes de gestion, reposant davantage sur la gestion de systèmes complexes.

Lorsqu’on évoque un nouveau modèle commercial, on ne fait pas référence à des discussions concernant des solutions plutôt que des produits, et on ne propose pas de services en plus des produits chimiques. Pour pouvoir s’intégrer à un écosystème, il est nécessaire d’exploiter tout le potentiel des divers acteurs au moyen d’une coopération et de l’ingénierie conjointe d’une plateforme commerciale multifaces.

Dans les configurations de ce type, différentes industries se rejoignent. Ainsi, elles récupèrent de la valeur ajoutée et deviennent elles-mêmes des géants technologiques.

Prenons l’exemple de la santé intelligente. Dans un tel écosystème, les hôpitaux, les docteurs, les assurances maladie, les entreprises pharmaceutiques, les entreprises alimentaires et de remise en forme, et les sociétés de produits chimiques nutritionnels sont autant d’acteurs qui pourraient, ensemble, assurer la proposition de valeur suivante : une vie saine. Le secteur des produits chimiques nutritionnels pourrait proposer des compléments alimentaires sur mesure, adaptés à un individu en fonction de ses derniers résultats médicaux et de ses enregistrements connus concernant son activité et son stress (lesquels pourraient être fournis par le patient via un appareil portable).

Aujourd’hui, il est difficile de savoir quels acteurs lanceront un écosystème et comment ces écosystèmes seront équilibrés en termes de capacité. Ce que l’on peut retenir du passé, c’est que les positions monolithiques des géants d’Internet et de la technologie seront peu probables.

Entreprises « plateformes »

Le regroupement des entreprises initiales et des entreprises écosystémiques donne lieu à la constitution d’une troisième catégorie, qui est celle des entreprises « plateformes ». Ces entreprises « plateformes » représentent le ciment qui fixe toutes les parties ensemble. Leur raison d’être est que ce ciment nécessite une certaine indépendance vis-à-vis des entreprises initiales et des entreprises écosystémiques pour devenir un partenaire de confiance.

Le rôle clé d’une entreprise « plateforme » sera de veiller à ce qu’il y ait une proportion raisonnable d’acteurs de chaque côté. Sinon, l’écosystème ne sera pas attrayant pour le consommateur. Les acteurs pourront proposer une multitude de services, comme dans l’exemple de la santé intelligente. Il pourra également s’agir de services complémentaires, tels que le transport ou l’assurance.

Cette nécessité de réunir plusieurs acteurs différents aux antécédents industriels variés explique également la raison pour laquelle une approche d’intégration verticale pour une seule entreprise n’est tout simplement pas envisageable. Un tel conglomérat serait colossal et engendrerait une flambée des coûts liés aux stratégie et transactions ou à la gestion en interne, ce qui se traduirait par une médiocrité des opérations dans tous les domaines.

À ce niveau, nous visualisons principalement les services de base de la supply chain de bout en bout, tels que la planification intégrée, la synchronisation de l’offre et de la demande, et l’optimisation de l’utilisation de la production.

La grande question : qui prend la place de propriétaire de la plateforme ?

Dans les industries existantes, de nombreux acteurs essaient de s’attribuer le rôle de propriétaire de plateforme, parallèlement à leur activité de produits et de services, dans l’espoir d’aligner tout le monde sur leur plateforme. Généralement, c’est très difficile dans la mesure où tous les autres acteurs craignent d’être enfermés et désintermédiés de leur base de clients.

Certaines industries tentent de résoudre ce problème en créant des joint-ventures pour assurer le fonctionnement de la plateforme, ce qui pose toutefois de nombreux problèmes de gouvernance. Avec l’émergence de la technologie des registres distribués, il est possible d’établir une pile de plateforme décentralisée qui fonctionne en autonomie selon des règles définies (par exemple, des contrats intelligents). Sachant que cette pile n’appartient à personne, il n’y a plus de crainte à avoir.

Cette option sera tout à fait envisageable pour la plateforme entre l’entreprise initiale polyvalente et l’entreprise écosystémique, dans la mesure où les contrats commerciaux relatifs à ces produits de base seront très bien définis, ce qui constitue une base pour réussir à établir des plateformes basées sur des contrats intelligents.

Conclusions

Pour les entreprises de produits chimiques actuelles, la conséquence sera que leurs actifs lourds et leurs conglomérats diversifiés concentrés sur des économies d’échelle et de synergies ne leur offriront pas d’avantages concurrentiels, ou s’ils en offrent, ceux-ci n’auront pas de poids sur le plan stratégique, dans le sens où les règles du jeu auront changé.

Ainsi, au lieu d’investir dans davantage d’actifs lourds ou d’acheter plus d’entreprises, envisagez plutôt de diviser votre conglomérat en des composantes opérationnelles efficaces (connectées à la fois verticalement et horizontalement), et déterminez quels rôles s’appliqueront à quelles composantes à l’avenir. Soyez ouvert et entamez une collaboration avec la concurrence au lieu de l’affronter. L’avenir sera centré autour des informations et des connaissances. Dans ce monde, le partage sera essentiel.

Ce qu'il faut retenir

Dans le monde des nouveaux écosystèmes, la manière dont vous vous intègrerez et le rôle que vous jouerez dans tel ou tel écosystème auront plus d’importance que le volume de vos actifs. Différentes parties de votre entreprise auront différents atouts au sein de ce nouvel ordre mondial.