13 min de temps de lecture 3 déc. 2020
Comment intégrer en 3 leviers l’urgence écologique dans la transformation publique

Comment intégrer en 3 leviers l’urgence écologique dans la transformation publique

Auteurs
Guéric Jacquet

Associé EY-Parthenon, Gouvernement et secteur public, France

Au service des dirigeants publics pour construire des transformations d’ampleur à fort impact.

Alexis Gazzo

Associé, Sustainable Performance & Transformation, France

Accompagner la transition énergétique et climatique.

13 min de temps de lecture 3 déc. 2020

La transition énergétique et écologique est un défi majeur pour les Etats. Découvrez les 3 leviers à la disposition des Etats pour relever ce défi.

En résumé
  • Améliorer le fonctionnement interne de l’État pour devenir une administration plus économe et moins polluante
  • Orienter les politiques publiques via un meilleur ciblage et un meilleur suivi de la dépense publique 
  • Réguler le fonctionnement des filières économiques, pour inciter les entreprises à prendre plus rapidement le virage de la TEE

La transition énergétique et écologique (TEE) nécessite un portage politique et managérial dans chaque organisation publique. A l’instar de la transition numérique entamée ces dernières années, la TEE sera le nouveau moteur de la transformation publique. Demain, chaque ministère, chaque opérateur, chaque agence devra initier un agenda de transformation écologique et environnemental qui irriguera l’ensemble de leurs métiers et activités, donnant un nouveau souffle à la dynamique de modernisation du secter public.

Pour l’Etat, la crise de la COVID-19 ne se résume à la seule question sanitaire et à ses conséquences sociales, sociétales et économiques de court terme. Elle impose un autre défi dont les enjeux sont cruciaux pour les générations futures : articuler la reprise rapide de l’activité économique avec l’accélération de la transition écologique et énergétique (TEE).

Présenté le 3 septembre par le Premier ministre Jean Castex, le plan de relance gouvernemental devrait selon nous favoriser la poursuite de la TEE. Tout en permettant d’éviter l’erreur de la sortie de la crise de 2008, qui s’est accompagnée d’une hausse de près de 5% des émissions de CO2 en 2010, il devrait offrir les conditions nécessaires au redémarrage de l’activité économique et à la transformation écologique de notre appareil productif.

Plusieurs conditions sont néanmoins requises : des dérogations sectorielles selon les filières ; une coordination de l’action des Etats à l’échelle européenne pour éviter toute forme de dumping, faire primer la transition énergétique et écologique et pérenniser l’adoption de comportements vertueux par tous les agents économiques (e.g. rénovation énergétique de bâtiments, adoption de circuits courts, utilisation de transports en commun fonctionnant avec de l’énergie décarbonée, recours au télétravail). Cette liste n’est évidemment pas exhaustive. Elle doit être enrichie au cas par cas, pour tenir de toutes les situations particulières.

Trois leviers pour une transformation globable de l’action publique

En outre, il nous semble important de veiller à ce que la relance ne nuise pas à l’attractivité de la France. Rappelons que notre pays s’est hissé au premier rang des pays européens les plus attractifs en matière d’investissements étrangers en 2019 selon le Baromètre EY de l’attractivité. Alors que la crise sanitaire a mis en lumière les enjeux de souveraineté économique et industrielle dans les secteurs de la santé, de l’énergie et de l’agriculture notamment, l’Etat devra donc veiller à ce que sa stratégie de relance séduise toujours plus d’investisseurs étrangers tout en favorisant la relocalisation de la production dans certains secteurs, pour s’assurer de la résilience future de l’économie face à des chocs climatiques exogènes.

En France, cette transition a déjà commencé, avec l’Etat aux manettes. Depuis le Grenelle de l’environnement organisé en 2007, la puissance publique a progressivement pris la mesure des enjeux écologiques. Au regard des récents efforts financiers de l’Etat dans ce domaine, la TEE doit logiquement s’accélérer et permettre – espérons-le - d’atteindre les objectifs fixés lors de la COP21 en 2015. Sur les 100 milliards d’euros injectés par l’Etat via le plan de relance de l’économie, 30 milliards d’euros seront fléchés vers l’écologie.

Ces nouvelles ressources budgétaires permettront à la France d’être plus verte ? La question n’est pas seulement financière. 

Une transformation globale de l’action publique est également nécessaire, sinon impérative. Pour y parvenir, l’Etat dispose de trois leviers :

  1. Améliorer le fonctionnement interne de l’État pour devenir une administration plus économe et moins polluante
  2. Orienter les politiques publiques via un meilleur ciblage et un meilleur suivi de la dépense publique
  3. Réguler le fonctionnement des filières économiques, pour inciter les entreprises à prendre plus rapidement le virage de la TEE
  4. Et maintenant ?

Les solutions étant clairement définies, reste la question de la volonté nécessaire pour faire de la transformation durable une réelle priorité. Pour y parvenir, nos équipes ont identifié plusieurs options.

    1er Levier
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    1er Levier

    Améliorer le fonctionnement interne de l’État pour devenir une administration plus économe et moins polluante

    Pour être crédible dans la promotion et l’accompagnement de la transition écologique et énergétique, l’Etat doit être un acteur exemplaire.

    Pour être crédible dans la promotion et l’accompagnement de la transition écologique et énergétique, l’Etat doit être un acteur exemplaire. Aussi, les services publics doivent repenser leur fonctionnement quotidien, en déployant les meilleures pratiques pour réduire leur consommation énergétique et limiter les effets de leurs activités sur l’environnement.

    En mars 2020, le Conseil de défense écologique a initié un plan « Services Publics Eco-Responsables » composé de 20 mesures, destiné à instiller la TEE du quotidien au sein des services publics et à mobiliser les agents.

    D’autres projets structurants, déployables au sein de tous les services publics, peuvent également être mis en œuvre, comme par exemple une démarche interministérielle de bilan carbone, le renouvellement du parc automobile de l’Etat, la rénovation énergétique des bâtiments de l’Etat, ou encore le développement du Green IT qui constituent des leviers majeurs pour réduire significativement l’émission de GES de l’administration publique.

    Bilan carbone dans les ministères

    Dans le cadre du plan interministériel « Administration exemplaire 2015-2020 », l’ensemble des Ministères ont été invités à déployer des plans actions pour réduire leur impact environnemental.

    Néanmoins, seuls 5 ministères ont réalisé le bilan carbone de leurs administrations, qui sont par ailleurs très divergents en termes de périmètre et de méthode et qui présentent certaines lacunes en données.

    Renouvellement du parc automobile de l’Etat

    L’Etat compte près de 65 000 véhicules individuels et non militaires. A ce jour, les objectifs fixés par la Loi de Transition Energétique pour la Croissance Verte (LTECV) de 2015 ne sont pas respectés : les véhicules à faibles émissions (hybrides et électriques) ne représentaient que 22% des renouvellements effectués en 2018 vs. les 50% imposés par la LTECV.

    Le parc actuel aura émis en 2020 un équivalent de 178kT CO2 de gaz à effet de serre (en incluant l’impact environnemental de sa fabrication ainsi que de son traitement de fin de vie, répartis sur la durée de vie du véhicule). Sans évolution de la politique de renouvellement du parc automobile de l’Etat, ces émissions représenteront 95kT CO2 eq. en 2035 grâce aux évolutions technologiques permettant de rendre les véhicules moins polluants. Un engagement de l’Etat à respecter la LTECV permettrait de réduire de -12% les émissions en 2035 par rapport à un scénario sans inflexion de la politique de renouvellement de la flotte, tandis qu’un scénario ambitieux (accordant 80% des renouvellements à des véhicules faibles émission hybrides ou électriques) permettrait d’atteindre une réduction de -25% en 2035 par rapport au scénario initial.

    Rénovation écologique des bâtiments

    L’Etat occupe aujourd’hui un parc immobilier total de 99 millions de m², dont 25 millions de m² de bureaux et 21 millions de m² réservés à l’enseignement. Une estimation macroscopique de la consommation énergétique de ces 46 millions de m² évalue cette dernière à environ 8 300 GWh, représentant des émissions de GES de 290 kT eq. CO2.

    Une politique ambitieuse de réduction de l’impact environnemental des bâtiments – à l’image de celle déployée par d’autres organismes, comme Poste Immo – permettrait de cibler une réduction de leur consommation énergétique de -30% (-2 500 GWh) d’ici 2025 et de -40% (-115 kT eq. CO2) des émissions de GES d’ici 2030. Ces ambitions pourraient être atteinte grâce à la mise en place de diverses mesures de gestion durable du parc immobilier : approvisionnement renforcé en électricité « verte » et production d’énergie renouvelable (photovoltaïque, géothermie…), valorisation des déchets de chantiers, bonnes pratiques du quotidien et exploitation responsable, etc.

    Green IT dans les secteurs publics

    Le Green IT est l’un des principaux leviers qui permettra à l’Etat de réduire son empreinte environnementale et de répondre ainsi pleinement à l’un des axes de la feuille de route interministérielle annoncée lors du colloque numérique et environnement du 8 octobre 2020.

    Pour mettre en œuvre une politique de Green IT dans les services publics, l’Etat pourrait déployer une stratégie d’achat responsable (en privilégiant le reconditionnement à l’achat neuf par exemple) et lutter contre l’obsolescence programmée, en renforçant, dans ses critères d’achat, ses exigences en matière d’indice de réparabilité des équipements informatiques, de transparence sur la durée de mise à jour des logiciels d’exploitation, de réemploi et d’accroissement du recyclage.

    Par ailleurs, l’Etat pourrait aussi promouvoir la sobriété des usages, notamment l’écoconception des services numériques permettant de réduire l’énergie nécessaire au bon fonctionnement d’une application, et la mise en œuvre de projets d’économies d’énergie tels que le recyclage d’énergie calorifique dans les centres de données (datacenter). La sensibilisation et l’information des agents de l’Etat est aussi de mise pour promouvoir les bons comportements d’achat et d’utilisation du mérique.

    2ème Levier
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    2ème Levier

    Orienter les politiques publiques par un meilleur ciblage et suivi de la dépense publique

    La France, bon élève européen dans la protection de l’environnement.

    La France fait partie des pays européens allouant la plus grande part de ses dépenses publiques à la protection de l’environnement (i.e. environ 1,82%) derrière l’Espagne et la Norvège.

    Ces dépenses doivent être fléchées vers les politiques les plus prioritaires pour accompagner la TEE (rénovation énergétique des bâtiments, soutien aux transports décarbonés, etc.). De ce point de vue, la décision du gouvernement de consacrer 30 milliards d’euros du plan de relance à l’écologie est une excellente nouvelle.

    Cependant, l’Etat ne peut se cantonner à un rôle de guichet de dépenses. Il doit également mettre en place des mesures de suivi complémentaires (fédération et coordination d’acteurs privés, communication auprès des agents économiques, etc.) pour assurer l’efficacité et l’efficience des dépenses engagées.

    A cet égard, la politique de rénovation des copropriétés est un exemple probant parmi les plus de 1 000 projets prêts à être déployés à court terme en Europe pour une relance verte et résiliente.

    Une politique de rénovation des copropriétés plus musclée

    Jusqu’à présent, cette politique était soutenue par des mesures d’incitation financière (CITE / Ma Prime Rénov’, prêts éco PTZ, TVA à taux réduit, certificats d’économie d’énergie, chèque énergie, aides ANAH) et des contraintes règlementaires. Les dernières mesures prises dans le cadre du plan de relance économique vont également en ce sens : extension du nombre de propriétaires pouvant bénéficier de Ma Prime Rénov’, possibilité pour les locataires de « passoires thermiques » de se retourner contre leur propriétaire. Pourtant, les rythmes d’octroi de prestations financières et de rénovations sont régulièrement inférieurs aux attentes du gouvernement et près de 20% du parc résidentiel – soit 7 millions de logements - est encore aujourd’hui composé de « passoires thermiques ».

    La raison principale du retard dans la rénovation du parc de logements en France n’est ni le manque de diversité des moyens mis en œuvre, ni l’insuffisance des montants mobilisés par l’Etat, mais bien la mauvaise coordination des nombreux acteurs qui y prennent part (législateur, architectes, entreprises de travaux, organismes d’information, organismes d’aides, etc.), entraînant la mise en place d’un parcours usager long et très complexe à appréhender pour les propriétaires de logements.

    Dans ce contexte, la simplification du parcours usager est un levier essentiel de la montée en puissance de la rénovation énergétique. Dans ce cadre, l’Etat doit s’atteler à concevoir une stratégie incitant les ménages à entreprendre des travaux de rénovation globale de leur logement tout en assurant un parcours usager simple et efficace.

    • Sources

      Logements à forte consommation énergétique, dont le diagnostic de performance énergétique est F ou G

      Communiqué Ma Prime Rénov’ : évolutions juillet 2020, Agence Nationale de l’Habitait, 13.07.2020

      Dépenses budgétaires : 1,6 Md€ (Jaune budgétaire ”Financement de la transition écologique : les instruments économiques, fiscaux et budgétaires au service de l’environnement et du climat” annexé au projet de loi de finances pour 2020) ; dépenses fiscales : 2,4 Md€ (Jaune budgétaire ”Rapport évaluant l'efficacité des dépenses fiscales en faveur du développement et de l'amélioration de l'offre de logements” annexé au projet de loi de finances pour 2020)

    3ème Levier
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    3ème Levier

    Réguler le fonctionnement des filières économiques, pour inciter les entreprises à prendre plus rapidement le virage de la TEE

    Chapter standfirst/teaser* (100 characters & spaces max without photo; 140 characters & spaces max with photo) Le niveau actuel d’endettement des Etats pourrait limiter le recours à la dépense publique pour accélérer la transition énergétique et écologique.

    Aggravé par la crise sanitaire et ses conséquences économiques, le niveau actuel d’endettement des Etats pourrait limiter le recours à la dépense publique pour accélérer la TEE. Néanmoins, d’autres leviers existent et peuvent être plus pertinents que la dépense publique pour accompagner la transformation des filières industrielles vers des modes de production bas carbone. De ce point de vue, agir sur toute une filière permet de mobiliser l’appareil de production vers des solutions moins énergivores et moins polluantes.

    Les actifs de l’Etat au service de la TEE des entreprises publiques

    Dans une ambition similaire, l’Etat pourrait renforcer et/ou réaffirmer les engagements des entreprises au sein desquelles sa participation lui permet de peser. A ce jour, seules certaines entreprises du portefeuille – comme Air France ou EDF– ont pris des engagements « verts » explicites.

    Il convient également de s’interroger sur la définition d’un « actif stratégique » pour l’Etat au regard de son portefeuille de participations. Ainsi, un « verdissement » de ce dernier pourrait être envisagé, afin de mieux prendre en comptes les enjeux de la TEE, à l’image des principaux investisseurs privés qui ont commencé à repenser leur portefeuille pour intégrer au mieux ces nouveaux enjeux : JP Morgan a souscris à plus de 10 Md$ d’obligations vertes, la Société Générale s’est engagée à lever 120 Md€ en faveur de la TEE sur 2019-23, etc.)

    Les finances au service du verdissement de l’économie

    Pour répondre à l’urgence de la transition écologie et énergétique, il existe trois grands défis à relever en matière de finance verte.

    D’abord, l’Etat doit faire vivre la stratégie climat ambitieuse qu’il a adoptée pour accompagner la transition écologique des acteurs économiques, mieux orienter l’investissement vers la transition bas-carbone et faire de l’exigence verte un point incontournable des négociations commerciales, comme de ses instruments de financement à l’export. C’est ce que fait la DG Trésor au travers de ses instruments financiers pour soutenir les exportations innovantes et permettre ainsi la valorisation et la réduction de l’impact des déchets sur l’environnement.

    Ensuite, il est essentiel pour l’Etat de mobiliser encore davantage la finance au service du verdissement de l’économie, à travers l’épargne des Français ou ses propres obligations assimilables du Trésor (OAT). C’est ainsi qu’elle pourra conforter l'avance de la place financière parisienne en matière de finance verte. N’oublions pas que la France a été le premier Etat au monde à émettre une obligation verte pour une taille de référence, avec le lancement en 2017 de la première OAT verte d’un montant de 7 Md€ pour une maturité de 22 ans. Une démarche pionnière qui a entraîné le lancement d’émissions souveraines vertes dans plusieurs pays du monde. Au-delà du produit de dette qu’est l’OAT verte, l’Etat français doit tenir l’engagement d’évaluer l’impact environnemental de ses politiques publiques dont le financement est adossé à l’OAT verte.

    Enfin, il est primordial de renforcer la transparence de la finance verte, et donc la qualité de la donnée extra-financière. C’est ce que rappelle le dernier rapport parlementaire sur le sujet « Choisir une finance verte au service de l’Accord de Paris » qui propose de créer une base de données gratuite en open data pour garantir la transparence et l’accès public de l’information environnementale et sociale.

    Les dispositifs d’incitation fiscale permettent de soutenir la TEE de manière durable

    La fiscalité constitue le dernier outil majeur à la disposition de l’Etat pour orienter les comportements des agents économiques vers la TEE. Cependant, en France, la part de la fiscalité verte dans le produit total des impôts et cotisations est inférieure à la moyenne des pays de l’UE (5,1% en France vs. 6,1% dans l’UE). Seules quelques taxes (e.g. TICFE, taxe générale sur les activités polluantes), pesant pour environ 32 Md€ de recettes fiscales, sont considérées comme vertes en France. Il apparaît pourtant qu’environ 60% des recettes fiscales en France (soit près de 240 Md€) sont « verdissables », c’est-à-dire que leur assiette peut être constituée par un produit ou service détériorant l’environnement. Par exemple, la TVA et l’impôt sur la fortune immobilière sont « verdissables » puisque le taux de prélèvement peut être proportionné à l’empreinte environnementale des produits et services consommés, dans le cas de la TVA, ou des bâtiments détenus, dans le cas de l’IFI. De même, plusieurs « niches » fiscales sur la TICPE grèvent son rendement budgétaire et avantagent des comportements nuisibles à l’environnement (ex. fiscalité du gazole, exonérations ou taux réduits pour certaines professions). Ainsi, en verdissant la fiscalité, l’administration pourrait contraindre les entreprises et les ménages à adopter des comportements en phase avec la TEE de manière durable. Pour ce faire, l’Etat devrait cibler les taxes à verdir en priorité, définir les critères permettant de verdissement des taxes (émissions de CO2 dans le processus de production des biens et services, empreinte environnementale des bâtiments), fiabiliser les modes de calcul de ces critères et communiquer sur la mise en œuvre de ces dispositifs incitatifs, pour s’assurer de leur prise en compte par les agents économiques.

    Il est néanmoins important de retenir que le mouvement des « Gilets Jaunes » a rappelé qu’une telle entreprise ne pouvait se faire sans, d’une part, intégrer une logique de justice fiscale, afin de limiter l’impact sur le prix des biens de première nécessité, et d’autre part, associer étroitement les citoyens sur la priorisation et les critères de ces évolutions fiscales. Enfin, l’Etat devra porter une attention particulière à ce que ces nouvelles mesures n’entravent pas la compétitivité de nos entreprises et industries à l’international.

    Répartition des recettes fiscales françaises entre taxes vertes, non vertes et « verdissables », en Md€, en %, 2021

    Conclusion
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    Conclusion

    Et maintenant ? Passer de la volonté à la transformation durable

    Les idées permettant d’accélérer la transition écologique sont aujourd’hui nombreuses et irriguent les politiques publiques.

    Chaque gouvernement va avoir à cœur de transposer les propositions et les attentes des citoyens dans des projets concrets. Mais le rythme de la transition exige le même portage politique et managérial dans chaque organisation que fut celui de la transition numérique il y a quelques années. Changer en même temps les règles et les usages, les modèles économiques et les priorités, nécessite d’initier un agenda de transformation écologique et environnemental dans chaque ministère, opérateur de l’Etat et in fine dans chaque service déconcentré et chaque collectivité locale. Cet agenda s’articule en 3 moments :

    1. Une étape d’évaluation et de mobilisation, permettant de partager un audit sans concession et de faire remonter constats et attentes des collaborateurs ;
    2. Une étape de construction d’une stratégie ambitieuse et rationnelle, s’employant à définir une vision globale et un plan de transformation concret et opérationnel ;
    3. Une phase de mise en œuvre et d’embarquement des managers, des équipes et des usagers visant à ancrer la transition dans les faits, les actes et les mentalités pour avoir l’impact attendu.
    • Sources

      Plusieurs établissements et entreprises publics ont commencé à se doter de stratégies de développement durable.

      Le Groupe La Poste a ainsi mis en place un programme de mesure, de réduction et de compensation carbone sur l’ensemble de sa chaîne de valeur et d’émissions de CO2 : les bâtiments gérés par Poste Immo (filiale immobilière du Groupe) sont approvisionnés à 100% en énergie renouvelable, la flotte de transports comprend 37 000 véhicules électriques, et, alors que le Groupe génère près de 800 millions de tonnes de déchets, La Poste a lancé en 2018, avec Suez, une offre de recyclage, de collecte et de tri des déchets de bureau (Recygo).

      En 2020, EDF a posé les premières d’une stratégie de développement durable tout au long de sa chaîne de valeur. Le groupe s’est engagé à atteindre l’objectif de neutralité carbone en 2050 et à baisser ses émissions directes de 50 % en 2030. Des objectifs intermédiaires en 2023 et 2035 sont en cours de fixation. Pour disposer d’outils de mesure adéquats, EDF s’est engagé dans l’obtention de la certification SBTi, qui met à disposition des organisations une méthodologie d’évaluation et de suivi des réductions des émissions de gaz à effet de serre en lien avec les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat.

      Si la mise en œuvre du dispositif service public éco-responsable permet en effet d’engager une dynamique positive dans la transformation du fonctionnement interne des ministères, les leviers de transformation sont nombreux à la fois auprès des secrétariats généraux et des directions métiers.

      Eléments d’une stratégie de développement durable

      Projet de Loi de Finances 2021 : le premier budget vert de la France (green budgeting)

      Pour la première fois de son histoire, la France se dote d’un budget vert. En accord avec la taxonomie européenne, l’ensemble des recettes et des dépenses budgétaires et fiscales ont ainsi été notées selon leur niveau de contribution à la réalisation de l’un ou plusieurs axes fixés par l’exécutif : lutte contre le changement climatique ; adaptation au changement climatique et prévention des risques naturels ; gestion de la ressource en eau ; économie circulaire, déchets et prévention des risques technologiques ; lutte contre les pollutions ; biodiversité et protection des espaces naturels, agricoles et sylvicoles.

      Les dépenses de l’Etat ont été ainsi catégorisées selon leur niveau d’impact sur l’environnement : favorables, défavorables, mixtes (à la fois favorables au moins sur l'un des axes mais défavorables au moins sur un autre) et neutres. Les dépenses budgétaires et fiscales "vertes", correspondant au moins à l’un de ces six axes, représentent 38,1 Md€ sur un total de 574,2 Md€ (l'objectif des dépenses totales de l'Etat - ODETE - étant à 488,4 Md€). Une augmentation de +29% par rapport à la loi de finances initiales de 2020 lorsque calculée sur la base de cette nouvelle méthode. Cette augmentation s'explique par la mise en œuvre du plan de relance, la montée en puissance des fonds en faveur de l'aide publique au développement et la hausse des crédits en faveur des énergies renouvelables. 

    Ainsi, la réalisation de l’ambition écologique française doit également s’appuyer sur l’engagement de tous les acteurs publics, dont les niveaux d’avancement sont très hétérogènes. L’expérience d’EY-Parthenon en ce domaine nous permet d’identifier 8 facteurs clés de succès pour la réussite de ces plans de transformation :

    1. L’évaluation précise de l’empreinte écologique d’un ministère, d’un établissement public, d'un opérateur ou d'une entreprise dont l'Etat est actionnaire afin de partager des chiffres et des thèmes qui ne sont pas habituels aujourd’hui dans les comités de direction publics pour favoriser une meilleure priorisation de l'intervention publique en faveur d'un Etat stratège et économe
    2. L’embarquement des agents dans le dispositif pour en faire un levier durable de la transformation
    3. La combinaison de tous les leviers règlementaires, budgétaires et fiscaux pour ne pas se contenter de mesures liées à l’écologie du quotidien
    4. La réalisation de mesures permettant le développement de l’activité par l’élargissement ou la diversification du cœur de métier de la structure publique, pour que l’écologie soit un facteur de développement économique
    5. La capitalisation des projets sur l’innovation technologique pour mobiliser les écosystèmes de R&D et les start-ups de la cleantech autour d’une ambition de transformation
    6. Le pilotage et le suivi du plan de transformation durable avec le même portage politique et managérial qu’un plan de transformation à composante économique ou digital, en renforçant les moyens de coordination interministérielle et en mettant les résultats en perspective avec les engagements de l'Etat pour accélérer la mise en œuvre de la TEE
    7. La création d’un dialogue annuel sur la question environnementale à tous les échelons de l’organisation (dans les IRP – instances représentatives du personnel – les comités de direction ou avec les tutelles pour les établissements publics)
    8. L’association des échelons déconcentrés via la déclinaison de plans locaux des services et leur association aux contrats de transition écologique pour que la transition durable ne soit pas un phénomène parisien mais une réalité française demain

    Ce qu'il faut retenir

    Alors que nous vivons une crise économique et sanitaire de grande ampleur, les prémices d’une autre crise, probablement beaucoup plus durable et profonde se manifestent déjà comme un rappel à l’ordre : épisodes de sécheresse ou au contraire de fortes précipitations, acidification des océans, fonte du permafrost, etc.

    La crise écologique liée à l’impact de l’activité humaine sur l’environnement devient un sujet central du débat public.

    A propos de cet article

    Auteurs
    Guéric Jacquet

    Associé EY-Parthenon, Gouvernement et secteur public, France

    Au service des dirigeants publics pour construire des transformations d’ampleur à fort impact.

    Alexis Gazzo

    Associé, Sustainable Performance & Transformation, France

    Accompagner la transition énergétique et climatique.