11 min de temps de lecture 12 févr. 2021
Financement des Healthtech en 2020 : la santé ne connaît pas la crise

Financement des HealthTechs en 2020 : la santé ne connaît pas la crise

Par Cédric Garcia

Associé, IPO Leader, France

Cédric est associé au sein du département Financial & Accounting Advisory Services. Il est en charge des offres IPO et Capital Market.

11 min de temps de lecture 12 févr. 2021

En 2020, le financement des HealthTech n’a pas connu la crise grâce à de nombreux apports publics et privés. Cédric Garcia, Associé EY et IPO leader, fait le point sur le financement de la HealthTech en France et à l’international.

En résumé
  • En 2020, la santé a été placée au premier plan des priorités de financement à travers le monde
  • Les HealthTech européennes ont surperformé malgré la crise sanitaire
  • En France, les HealtTech ont bénéficié d’un soutien de fonds spécialisés et de l’implication de Bpifrance

En raison des fortes attentes placées en elles pour trouver des solutions à la pandémie de COVID-19, l’année 2020 fut exceptionnellement stimulante pour les entreprises de la HealthTech. Cibles privilégiées des investisseurs, la majorité d’entre elles ont échappé à la crise de liquidités. Profitant de la bonne dynamique locale du capital investissement et des introductions en bourse, les entreprises américaines ont tiré leur épingle du jeu, réussissant à lever 30 milliards de dollars pour financer leur développement.

Bien qu’elles n’aient levé « que » 8 milliards d’euros l’année dernière, les entreprises européennes du secteur ont également réalisé une excellente performance, tirées par deux blue chips allemandes : BioNTech et Curevac.

Parmi elles, les HealthTech françaises continuent de souffrir de la comparaison avec leurs concurrentes britanniques, plus séduisantes aux yeux des investisseurs. La raison ? Leurs difficultés de financement, notamment via le capital-risque et les marchés boursiers. Résultat, les plus prometteuses de nos pépites préfèrent se tourner vers les places américaines pour continuer à se développer. En dépit de ces obstacles, les niveaux de financement de nos HealthTech observés en 2020 restent proches de ceux de 2019 témoignant ainsi de leur résilience et de leur capacité à attirer les investisseurs internationaux.  Les HealthTech françaises ont également été massivement soutenues par les pouvoirs publics, notamment via les PGE.

Dans ce contexte, compte tenu du caractère stratégique du secteur de la santé, de la confiance que les investisseurs placent dans les HealthTech – au-delà des considérations et des perspectives de marché -, permettre aux entreprises françaises et européennes d’atteindre l’envergure nécessaire pour devenir des leaders mondiaux constitue un enjeu prioritaire.

En y répondant, les investisseurs serviraient également l’intérêt général. Comment ? En favorisant un rééquilibrage des forces en présence dans le secteur de la HealthTech et en créant l’indispensable émulation qui permettra de résoudre les crises d’aujourd’hui et de demain.

Au sommaire de notre étude : 

    2020 : la santé au premier plan
    (Chapter breaker)
    1

    Partie 1

    2020 : la santé au premier plan

    Une année marquée par la mise en ordre de marche des sociétés de biotechnologie pour identifier un vaccin ou un traitement.

    Dans un secteur où le facteur temps est une bataille de chaque instant, où la période de recherche et de développement est contrainte par la nécessité d’obtenir des résultats, et où le calendrier de financement est un facteur clef de succès, la crise sanitaire et ses contraintes ont mis à mal de nombreuses sociétés. Le temps s’est arrêté l’espace de quelques semaines, alors que le monde entier s’adaptait aux règles de confinement, et se tournait vers le secteur de la santé, à la recherche de solutions. Contraste saisissant avec l’accélération qu’ont connu les acteurs impliqués dans la lutte contre la COVID-19. Les sociétés de biotechnologie se sont mises en ordre de marche pour identifier un vaccin ou un traitement, les sociétés de diagnostic ont produit des tests adaptés afin de répondre à la demande. Les gouvernements et les autorités de santé sont venus en renfort, les financements publics et privés ont afflué. 

    Un afflux de financement en 2020 malgré un contexte de crise économique

    Contrairement aux crises économiques précédentes, il n’y a pas eu de crise des liquidités dans ce secteur, et ce sont toutes les sociétés de la Healthtech qui ont pu en bénéficier.

    Sans surprise, les sociétés lancées dans la course au vaccin ont réalisé des levées de fonds record. Ainsi, Moderna a levé près de 1,9 Mds$ en 2020, lors de deux opérations de refinancement sur les marchés financiers, alors qu’en Europe, BioNTech, a levé 877 m$ (dont 651 m$ en capitaux).

    Néanmoins, l’afflux de financements n’a pas uniquement bénéficié à ces sociétés. Dès la fin du premier semestre des levées de fonds significatives ont eu lieu dans d’autres aires thérapeutiques.

    Contrairement aux crises économiques précédentes, il n’y a pas eu de crise des liquidités dans ce secteur, et ce sont toutes les sociétés de la Healthtech qui ont pu en bénéficier.

    Cédric Garcia

    Associé, IPO Leader

     

    La levée de fonds la plus significative en capital-risque réalisée en 2020 aux Etats-Unis n’a pas financé un vaccin contre la COVID-19, mais une technologie innovante visant à modifier et réparer les gènes endommagés. Ainsi, SanaBiotechnology, société basée à Seattle, a annoncé en juin avoir levé plus de 700 m$ pour financer sa plateforme de développement de thérapies géniques.

    Les marchés financiers ont soutenu les entreprises innovantes

    De même, l’année a été très active en matière d’introductions en bourse de sociétés de biotechnologie, aux Etats-Unis notamment avec une augmentation de plus de 80% en montants levés (9,2 Mds€ levés vs. 5,0 Mds€ en 2019). A noter les levées record en juin et juillet de Legend Biotech (430 m€) et Relay Therapeutics (400 m€), deux sociétés spécialisées en oncologie. Les marchés financiers n’auront jamais autant soutenu ces sociétés innovantes. En Europe, les sociétés cotées sur Euronext ont également été actives sur les marchés financiers. Elles ont levé 2,4 Mds€ pour financer leur développement, dont 2 Mds€ levés par 73 sociétés de Healthtech en financements secondaires, avec notamment les deals de ArgenX (829 m€) dans l’immunologie et ceux de Sensorion (30 m€) et de Gensight (25 m€) démontrant l’attractivité croissante des sociétés lancées dans la thérapie génique. A ces montants s’ajoutent les 363 m€ levés lors de 6 introductions en 2020 (2 et Nyxoah en Belgique et 4 en Norvège). 

    L’essor de la Chine a soutenu le secteur des dispositifs médicaux

    Le secteur des dispositifs médicaux a également attiré l’attention des marchés, preuve de la confiance renouvelée des investisseurs. La valorisation boursière des sociétés cotées a notamment fait un bond de 50% entre janvier 2019   et août 2020, supérieur à celui observé sur les index composites généralistes. Sur les seules sociétés de e-santé, le rebond atteint les 65%*. 

    Le secteur des dispositifs médicaux a notamment été soutenu par l’essor de la Chine. Si les sociétés chinoises dominaient le marché de l’entrée de gamme des dispositifs médicaux, le marché haut de gamme restait contrôlé par les sociétés étrangères, et principalement américaines. Le gouvernement chinois a mis en place de nouvelles directives pour accélérer la délivrance des autorisations de mise sur le marché et le développement de la digitalisation des soins de santé. Des champions chinois ont ainsi pu émerger dans des technologies de pointe telles que la génomique, le digital et l’intelligence artificielle. Cette dynamique se reflète dans les opérations de financement, avec par exemple la clôture d’une série B de 1 Mds $ par la société chinoise MGI Tech, qui produit des équipements de séquençage du génome.

    La crise sanitaire a accéléré la digitalisation des soins

    Dans le domaine de la e-santé, la crise a accéléré la digitalisation des soins avec le développement de plateformes de téléconsultation et des outils de suivi des patients. Le confinement a levé certains freins pratiques et psychologiques, et a changé en profondeur le comportement des praticiens, des patients, des modes de communication de l’information de santé. Les apports de l’intelligence artificielle dans l’identification de traitements, l’identification des cas et le diagnostic du virus ont aussi été salués.  

    Europe : la surperformance dans la crise
    (Chapter breaker)
    2

    Partie 2

    Europe : la surperformance dans la crise

    Le secteur des Healthtechs est resté dynamique malgré la crise.

    En 2020, plus de 14 Mds€ de capitaux ont été levés en Europe dont 10,3 Mds€ dans les sept pays européens les plus dynamiques sur le marché (Royaume-Uni, France, Allemagne, Suisse, Belgique, Suède, Pays-Bas). 

    Levées de capitaux en Europe

    14 Mds€

    en 2020, dont, 10,3Mds€ dans les 7 pays européens les plus dynamiques

    Malgré la crise sanitaire et économique, le secteur est resté dynamique et la crise de liquidités a été évitée. Cette croissance a été soutenue par l’apport de nouveaux fonds privés et publics. Elle a bénéficié aux sociétés impliquées dans la lutte contre la pandémie, mais aussi à d’autres sociétés innovantes du secteur.

    Les sociétés de Healthtech européennes ont pu profiter en 2020 d’une structuration des apports en financements à l’échelle européenne et cela via deux leviers, privés et publics.

    • Premièrement, le secteur de la santé a attiré de nouvelles ressources, qui ont été collectées avec succès par des fonds de dimension européenne. Ainsi, Life Sciences Partners, fonds néerlandais, a levé près de 600 m$ en mars 2020, ce qui lui a permis d’investir entre autres dans DNAScript, Amolyt Pharma, et Imcheck, démontrant à la fois sa capacité à investir au-delà des Pays-Bas et l’attractivité des société françaises. A l’inverse, Jeito Capital, fonds domicilié en France, a levé 200 m€ et a choisi comme premier investissement une société néerlandaise, Néogène Therapeutics.

    • Ensuite, l’Union Européenne a mobilisé des fonds dans le cadre du programme Horizon 2020 pour la recherche et l’innovation, et mis en place le fonds du Conseil Européen de l’Innovation, qui, à fin 2020, a déjà investi 178 m€ en fonds propres dans des sociétés innovantes, dont un premier investissement de 15 m€ dans la société française CorWave lors d’un tour de table à 35 m€.

    La structuration des fonds spécialisés et les montants significatifs levés en 2020 sont autant d’indicateurs de confiance des investisseurs et de croissance pour l’avenir en Europe.

    Le Royaume-Uni, leader de la Healthtech en Europe

    Si les sources de financement affluent et permettent des investissements au-delà des frontières nationales, la situation reste néanmoins très contrastée dans les pays observés. Le Royaume-Uni conserve sa place de leader, tant en nombre d’opérations réalisées qu’en montants. Le pays bénéficie d’un réseau dynamique de sociétés soutenues par des partenariats avec les universités, de fonds d’investissements reconnus tels que Wellington Partners, d’un environnement anglo-saxon qui facilite l’arrivée d’investisseurs américains et à terme l’introduction en bourse aux Etats-Unis puis la levée de fonds significatifs sur ce marché.

    La France, 2ème pays européen en termes de montants levés et d’opérations financières

    La France est le deuxième pays européen en termes de montants levés et de nombre d’opérations financières réalisées sur 2020, ainsi qu’en cumulé de 2017 à 2019. Les sociétés françaises peuvent s’appuyer sur un capital-risque très dynamique, et en augmentation depuis 4 ans. Les sociétés françaises sont reconnues pour leur caractère innovant et bénéficient à l’instar de leurs voisines britanniques d’organismes de recherche reconnus. Les financements reculent en revanche sur les introductions en bourse.

    Des pratiques de levées de fonds hétérogènes en Europe

    Au sein de l’Europe, on peut regrouper les pays en deux catégories.

    • Ainsi, en Suisse, en Allemagne et en Belgique, on constate des levées de fonds significatives mais en nombre réduit.
    • A contrario, au Royaume Uni et France, le nombre de sociétés du secteur parvenant à se financer est plus important mais sur des montants unitairement plus faibles.

     Ainsi, parmi les dix levés de fonds les plus significatives réalisées en 2020 par le top 7 des pays européens, tout type de financement confondu, on retrouve trois sociétés allemandes, CureVac, Evotec et BioNtech. Elles ont levé à elles seules 1,2 Mds € soit plus de 60% du montant total des fonds levés en 2020 par des sociétés allemandes (2,0 Mds€).

    De la même façon, le financement des sociétés suisses a été marqué par le refinancement de CRISPR Therapeutics AG et l’introduction en bourse d’ADC Therapeutics pour respectivement 560 m€ et 216 m€, soit près de 40% des financements perçus par les sociétés helvétiques.

    Ces levées de fonds significatives reposent principalement sur le soutien d’un laboratoire pharmaceutique national, qui joue le rôle de sponsor, ou d’investisseurs américains qui accompagnent ces sociétés jusqu’à leur introduction en bourse.

    Enfin, la Suède et les Pays-Bas se caractérisent par un maillage dynamique de sociétés de petites tailles et d’acteurs locaux du financement. Les montants levés sont ainsi moins significatifs mais proportionnellement plus nombreux, puisqu’on dénombre plus d’une vingtaine d’opérations dans chaque pays.  

    Le financement de la HealthTech en France
    (Chapter breaker)
    3

    Partie 3

    Le financement de la HealthTech en France

    Un secteur résilient en 2020.

    Après une forte croissance en 2019, le financement des sociétés de Healthtech françaises a été résilient en 2020, avec tout de même une situation contrastée entre les sociétés directement impliquées dans la lutte contre la COVID-19, qui ont vu leur valorisation et leur capacité à lever des capitaux et de la dette augmenter, et les autres sociétés dont les activités lancées début 2020 (études cliniques, levées de fonds) ont été brusquement ralenties. 

    Les levées de fonds en France marquent le pas en 2020

    Dans un secteur où les levées de fonds peuvent être critiques pour la poursuite des activités de recherche et la survie de la société, il a fallu rapidement identifier des relais de financement.

    Les opérations de financement en capital-risque et de refinancement initiées en 2019 et clôturées sur le premier trimestre 2020 ont représenté 355 m€ pour une cinquantaine de société, et un ticket moyen de 7 m€. 

    Opérations de financement et refinancement en capital-risque

    355m€

    sur le 1er trimestre 2020

    Les trimestres suivants sont marqués par la baisse du nombre d’opérations (moins d’une quarantaine au second trimestre puis une trentaine par trimestre ensuite), en partie à cause des périodes de confinement.

    Néanmoins, sur le second semestre, la réalisation des introductions en bourse d’Inventiva et de Nanobiotix, et l’augmentation du montant moyen levé lors des opérations de capital-risque et de refinancement sur les marchés boursiers semblaient sonner la reprise de l’activité de financement de la Healthtech française. Le ticket moyen atteint ainsi 9 m€ sur la fin de l’année, ce qui reste cependant bien inférieur aux 12 m€ observés en 2019, en l’absence d’opérations très significatives.

    En parallèle du financement en capitaux, des relais ont été trouvés via le recours à l’endettement (émission de prêts obligataires, obtention de prêts bancaire, aides de Bpifrance, prêts garantis par l’état).

    Le capital-risque, principale source de financement de la HealthTech en France

    Le capital-risque, première source de financement de la Healthtech en France, a encore été très porteur pour le secteur en 2020, grâce au soutien d’un réseau dynamique de fonds spécialisés et l’implication de Bpifrance.

    Ce modèle de financement n’a cependant pas permis de lever des montants significatifs (la levée la plus importante en 2020 a été réalisée par Withings pour plus de 50 m€). 

    Le capital-risque, première source de financement de la Healthtech en France, a encore été très porteur pour le secteur en 2020.
    Cédric Garcia
    Associé, IPO Leader, France

    Les difficultés rencontrées pour s’introduire en bourse sont donc de véritables freins pour le développement de certaines sociétés, particulièrement dans le domaine des biotechnologies, où des montants conséquents sont nécessaires pour financer des études cliniques de grande ampleur ou la préparation d’une mise sur le marché.

    Deux sociétés françaises, Inventiva et Nanobiotix, préalablement cotées sur Euronext, ont réussi leur introduction en bourse aux Etats-Unis, levant chacune 90 m€ en juillet et décembre 2020. Elles rejoignent notamment Genfit et Innate Pharma, sociétés déjà cotées sur Euronext, qui s’étaient introduites en bourse aux Etats-Unis en 2019.

    Dans un contexte pourtant incertain, marqué par la pandémie de la COVID-19 et les élections américaines, elles ont confirmé l’attrait des investisseurs américains pour le secteur de la santé, et les sociétés françaises.

    Ce qu'il faut retenir

    En 2020, il n’y a pas eu de crise des liquidités dans le secteur des HealthTech. Les gouvernements et les autorités de santé sont venus en renfort, les financements publics et privés ont afflué. L’année a été très active en matière d’introduction en bourse de sociétés de biotechnologie. La situation européenne reste très contrastée au sein des pays observés que ce soit en nombre d’opérations et leur montant. Les HealthTech françaises ont fait preuve de résilience grâce notamment à un capital-risque porteur et au dynamisme de fonds spécialisés. Le secteur est en pleine santé ! 

    A propos de cet article

    Par Cédric Garcia

    Associé, IPO Leader, France

    Cédric est associé au sein du département Financial & Accounting Advisory Services. Il est en charge des offres IPO et Capital Market.