3 min de temps de lecture 10 juin 2020

Relance économique : quelle place pour la finance durable ?

Par

Eric Duvaud

Associé, Sustainable Performance & Transformation Leader, France

Accompagner les entreprises vers des modèles plus durables.

3 min de temps de lecture 10 juin 2020

La fragilité de notre modèle, révélée par la crise du COVID-19, interroge sur les conditions de la relance. La relance sera-t-elle verte ?

A l’heure où l’activité économique se remet en marche, la fragilité de notre modèle, révélée par la crise du COVID-19, interroge sur les conditions de la relance. De nombreux acteurs publics et privés proposent d’orienter les investissements vers les activités durables et la transition énergétique. Cette stratégie est notamment portée par la Commission Européenne au sein du Green Deal, son plan d’action pour financer une croissance durable. Il vise à établir un cadre réglementaire incitant les gestionnaires d’actif à investir dans les activités vertes. Voici le détail des mesures les plus abouties et dont le calendrier d’application par les entreprises est proche :  

  • Règlement Disclosure et Taxonomie : Pour favoriser le développement de l’investissement durable, le règlement Disclosure de décembre 2019 imposera aux gestionnaires d’actifs de communiquer leurs diligences d’investissement et de préciser de quelle manière et dans quelle mesure leurs produits financiers soutiennent des activités économiques durables. Les activités et investissements durables seront définis par la « Taxonomie », système européen de classification des activités vertes qui répondent aux critères de durabilité. Les gestionnaires d’actif publieront ainsi la part verte de leurs portefeuilles d’investissement. Par ricochet, les entreprises européennes devront également mesurer comment leurs activités répondent à ces mêmes critères de durabilité pour bénéficier de ces investissements. Ce projet sera appliqué progressivement entre janvier 2021 et 2023.
  • Révision de la directive sur le reporting extra-financier : Ces incitations pour les acteurs financiers, fondées sur des obligations de transparence, reposeront sur la fiabilité des informations fournies par les entreprises. C’est la raison pour laquelle la Commission européenne devrait profiter de la révision de la Directive sur le reporting extra-financier prévue pour janvier 2021 pour standardiser les informations demandées, harmoniser les pratiques de vérification et in fine renforcer la comparabilité des performances extra-financières. Le calcul de la part verte du chiffre d’affaires et des investissements devrait être introduit dans le standard. Les entreprises seront aussi attendues sur des scénarios développés dans une véritable logique de gestion des risques, par exemple, dans le cadre de stratégies climat alignées avec une trajectoire 2°C, en accord avec les recommandations de la TCFD*.  Ces exigences devraient permettre de fournir à toutes les parties prenantes des informations comparables et pertinentes sur leurs activités, pour favoriser l’investissement durable.

L’évolution du directeur financier : Il devra communiquer aux investisseurs et analystes la performance globale de l’entreprise à savoir ses résultats pour les actionnaires mais aussi sa création de valeur pour la société dans son ensemble et défendre la durabilité du modèle d’affaires de l’entreprise ; il devra maitriser les données extra-financières pour piloter la performance et exploiter les leviers d’amélioration comme l’efficacité énergétique et matière ou la réduction des coûts sociaux cachés du turnover ou de l’absentéisme. Enfin, là où les projections financières sont peu communiquées, les Déclarations de Performance Extra-Financières contiennent déjà plusieurs objectifs extra-financiers à 3, 5 ou 10 ans. La projection dans un horizon temporel long facilitera la confiance des investisseurs, et aidera l’entreprise à construire la résilience de son modèle d’affaires.

Si l’Etat français parvient à imposer des conditionnalités environnementales et sociales à son soutien aux entreprises comme cela a été le cas pour Air France par exemple, la relance post COVID-19 pourrait profiter aux entreprises les plus durables. Le cadre juridique défini par le Green Deal européen en sera probablement l’instrument. Les directions financières devront pleinement intégrer ces enjeux extra-financiers à leur stratégie d’entreprise.

Ce qu'il faut retenir

La crise économique entrainée par le COVID-19 se superpose à l’urgence climatique. La relance sera-t-elle verte ? Eléments d’informations sur la stratégie de finance durable portée par la Commission Européenne.

A propos de cet article

Par

Eric Duvaud

Associé, Sustainable Performance & Transformation Leader, France

Accompagner les entreprises vers des modèles plus durables.