AGEFI Luxembourg, June 2018

Private Equity : quel est son impact réel sur nos économies ?

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Tantôt symbole de cupidité et de dérives capitalistes, tantôt considéré comme la voie vertueuse idyllique à suivre pour favoriser la croissance et l’efficacité, le modèle du Private Equity (« PE ») tend à exacerber toutes les passions et à alimenter tous les débats. Qu’en est-il vraiment ? Quel est l’impact réel de ce modèle sur notre économie et mérite-il la réputation de broyeur social qu’on cherche parfois à lui prêter ? Un certain nombre de recherches académiques ces dernières années se basant sur l’étude de nombreuses sociétés acquises pas des fonds de PE cherchent à donner un éclairage objectif tordant le cou aux idées reçues.

Le sujet mérite d’être posé car force est de constater que l’industrie du PE continue à peser de plus en plus significativement sur les économies. On estime aujourd’hui à peu près à 15000 le nombre de sociétés dans le monde détenues par des fonds de PE, et ce dans tous les segments de l’industrie allant de la start-up à un stade précoce de développement au grand groupe international. On estimait à fin 2017 que la valeur nette des sociétés détenues par des fonds de PE excédait USD 1,8 trillions et que ces mêmes fonds disposent de 1 USD trillion supplémentaire de capital à déployer. On estime également que ces sociétés représentent près de 20 millions d’emplois dans le monde et jouent un rôle fondamental, notamment dans les économies des pays développés. Rien qu’aux Etats-Unis, celles-ci pèsent pour près de 5 % de l’ensemble du PIB*. Le secteur du PE n’en finit pas d’attirer toujours plus d’investisseurs depuis le Family office au fond de pension privé, mais les plus grands pourvoyeurs de capitaux restent les fonds de pension public qui comptent pour près d’un tiers de l’industrie, ce qui pose également des questions d’ordre systémique. De nombreuses études académiques ont démontré que la performance des actifs du PE était structurellement supérieure à celle d’actifs équivalents côtés sur des marchés publics traditionnels. Pour autant, d’un point de vue macro-économique, on peut se poser la question de l’effet bénéfique de ces performances à long-terme sur la société. Ces performances ne traduisent-elles pas une redistribution des richesses sans réelle création de valeur accélérant un peu plus le creusement des inégalités avec un impact sociétal néfaste ?

Le premier constat des études réalisées tendent à montrer que globalement, l’entrée d’un fond de PE dans une société se traduit par un gain de productivité significatif dans les 2 à 3 ans améliorant la compétitivité et contribuant ainsi à accélérer la croissance et à créer une réelle valeur ajoutée. Ce résultat repose principalement sur trois leviers : l’apport de compétence managériale de haut niveau, la réallocation des ressources des unités les moins productives vers les unités les plus productives et l’optimisation des processus opérationnels.

Le deuxième constat, c’est que contrairement aux idées reçues, le PE n’est pas la machine à broyer et à précariser les emplois contrairement à l’image dont elle est affublée. S’il est vrai que l’entrée d’un PE dans une société catalyse souvent la destruction des emplois dans les unités les moins productives, celle-ci est la plupart du temps combinée  à une création d’emplois à plus forte valeur ajoutée dans les unités les plus productives à forte croissance à un rythme plus soutenu. Ainsi en moyenne, dans les unités les moins productives, on estime à 3 % la perte d’emplois dans les deux premières années, cet impact se réduit à 1 % si on compte les créations d’emplois par ailleurs. En matière de rémunération, on observe en moyenne une baisse de 2,4 % des salaires qui est compensée au bout de 2 ou 3 ans au fur et à mesure des nouvelles créations de poste.

Le procès régulièrement fait au Private Equity consiste à dire que ce modèle fonctionne bien en période de prospérité et que la performance est boostée par l’utilisation d’un effet de levier considérable et du recours à un endettement parfois excessif et déraisonnable. La surperformance du PE serait artificielle et résulterait simplement du fait que les sociétés prennent un plus grand risque financier et bénéficient d’un marché de la dette ultra-favorable faisant peser un risque systémique sur les marchés financiers. On a relativement peu de recul sur la question et il serait naïf de penser que la tentation d’effectuer de tels montages éthiquement questionnables n’existe pas. Toutefois force est de constater que cette classe d’actif a beaucoup mieux résisté à la crise financière de 2008 que les circuits traditionnels, et a démontré sa solidité en continuant à lever des capitaux massivement, et ce même en période de tension extrême. Le PE a joué un rôle d’amortisseur du choc systémique.

Une analyse rigoureuse des données tendent à démontrer que, globalement, le PE a un effet bénéfique sur les sociétés provoquant une amélioration de la productivité et des opérations et permettant de générer une réelle création de valeur avec un impact social positif à moyen-terme en ce qui concerne la croissance et l’emploi. Avec la prise en considération de plus en plus pressante des critères en matière d’impact social et d’environnement ainsi que de gouvernance, poussés pas des investisseurs institutionnels et une opinion publique de plus en plus sensibles à ces sujets, on peut penser que l’industrie du PE continuera à jouer sa part dans sa contribution sociétale à nos économies.

* « Understanding PE’s impact on the economy », EY Survey March 2018