AGEFI Luxembourg, February 2017

Private Equity : Quelles sont les grandes tendances du marché pour 2017 ?

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Après s’être focalisés ces trois dernières années à dégraisser leur portefeuille à un rythme effréné et avoir réalisé des remontées massives de capitaux à leurs investisseurs, les acteurs du Private Equity sont restés très actifs en 2016 en matière de levées de fonds avec environ 530 milliards de dollars de nouveaux engagements récoltés par près de 800 nouveaux fonds d’investissement*.

Par conséquent, le niveau de capitaux disponibles à investir, dénommé plus communément « Dry Powder », n’a jamais été aussi élevé, dépassant même les niveaux records de 2007 d’avant la crise. Rien que pour les fonds de type « Buy-out » on estime à fin 2016 ce montant à près de 525 milliards de dollars, plus de 1.5 trillions de dollars si on ajoute les autres catégories  de fonds alternatifs de type « Mezzanine », « Growth » ou « Real Estate »*.  

Ce succès est impressionnant et confirme l’appétit des investisseurs à s’exposer d’avantage à cette classe d’actifs pour trouver des relais de croissance. Il met également  le secteur face à un défi majeur ces prochaines années, celui d’être capable de déployer dans un délai relativement court un tel niveau de capital dans des actifs suffisamment attractifs pour tenir le niveau de performance attendu.

Après une année record en 2015 en matière de M&A, l’année 2016 a montré un net repli de l’activité de Fusions & Acquisitions de près de 15% en 2016. Même si les valorisations ont connu une tendance baissière ces derniers trimestres, le niveau reste globalement très élevé par rapport à ce qu’on a connu dans le passé, poussant les fonds de Private Equity en dehors de leur zone de confort. Ceci se traduit de manière assez évidente dans la baisse du nombre de grosses transactions supérieures à 3 milliards de dollars réalisées par des acteurs du Private Equity qui a régressé de 6%  face à une compétition de plus en plus féroce des gros groupes industriels sur les cibles potentielles. Ceux-ci sont portés à la fois par des conditions de financement très favorables et par un niveau de cash disponible important qui les poussent à avoir un comportement opportuniste en concurrence directe avec les fonds d’investissement.

Ces quatre dernières années, le secteur du Private Equity a été marqué d’une part, par une accélération des exits notamment pour rajeunir un portefeuille d’actifs souvent vieillissant dont une bonne partie avait été acquis avant la crise, et ainsi répondre à la pression des investisseurs de matérialiser et remonter les plus-values, et d’autre part par une croissance importante avec notamment des investisseurs institutionnels avides de vouloir allouer une partie plus importante de leurs avoirs à cette nouvelle classe d’actifs.  Par ailleurs, on observe que le Private Equity attire désormais de nouveaux investisseurs poussés par un environnement de taux d’intérêt bas et des rendements des titres cotés de moins en moins attractifs. Parmi ceux-ci, les « Family office », jusque-là relativement peu présents dans le secteurapparaissent de plus en plus. Selon un rapport d’iCapital, 50 % des Family office ont désormais une exposition au Private Equity et la majorité prévoit d’augmenter leur allocation à cette classe d’actifs dans les deux ans. De la même façon, les fonds de pension, les grands groupes d’assurance et les investisseurs institutionnels des pays émergents tendent à augmenter de manière significative leur exposition au Private Equity. A plus long-terme, les sociétés de gestion commencent également à regarder les grands groupes industriels ou les individus détenteurs de grosses fortunes comme des bailleurs de fonds potentiels.

Région par région, on s’aperçoit que la zone nord-américaine, bien qu’en léger déclin de 5% en 2016, reste le marché de référence avec 306,3 milliards de dollars de capitaux tandis que l’Europe augmente de 28% à 159 milliards de dollars*. Les marchés émergents quant à eux enregistrent un net repli de respectivement 25% pour l’Asie et 22% pour l’Amérique Latine. Le « dry powder » disponible n’est qu’une partie de l’équation car on voit également monter en puissance ce qu’on appelle le « shadow capital », c’est-à-dire les investissements opérés en dehors des circuits traditionnels par les investisseurs sous forme de co-investissements, voire d’investissements directs. Estimés à 63 milliards de dollars en 2015, ce système parallèle a plafonné à plus de 170 milliards de dollars en 2016*.

Compte tenu de cet environnement, les fonds de Private Equity sont amenés à redéfinir leur modèle pour élargir leurs champs d’intervention n’hésitant plus désormais à se diriger massivement vers des actifs de dettes ou des actifs à plus long terme avec un rendement moins élevé mais des cash-flows plus stables et plus réguliers.

Avec des valorisations qui restent inlassablement élevées et un environnement de marché extrêmement favorable, le secteur du Private Equity se trouve dans la situation paradoxale et inhabituelle d’avoir plus de capitaux qu’elle n’a la capacité d’investir. Il est probable que l’environnement change à plus ou moins longue échéance et que les valorisations reviennent à des niveaux plus raisonnables mais, dans l’intervalle, les gestionnaires doivent savoir être patients et opportunistes pour dénicher les pépites auxquelles ils pourront apporter une véritable valeur ajoutée. 

 

* EY survey: 2017 Global PE Watch