AGEFI, April 2017

Critères non-financiers : une influence sur le choix des investisseurs ?

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Depuis quelques années, on observe globalement un appétit croissant de la part des investisseurs pour les informations non-financières et les rapports environnementaux, sociaux et de gouvernance (« ESG »). Peut-on en déduire pour autant que les critères ESG influencent ultimement le choix des investisseurs ?

 

En Février 2016, le Président Directeur Général  d’un des plus importants gestionnaires d’actifs au monde, a secoué les milieux économiques en  exhortant les plus grandes compagnies internationales à introduire plus de critères ESG dans leur reporting. Celui-ci a insisté sur le fait que les sociétés devaient maintenant se focaliser davantage sur la création de valeur à long-terme, insistant sur l’appétit des investisseurs pour plus de transparence, notamment sur les questions environnementales, sociales et de gouvernance parce qu’elles ont un impact financier « réel et quantifiable ».

 

Cette déclaration illustre bien l’évolution des mentalités qui est en train de s’opérer depuis déjà quelques années. Là où certains ne voyaient au mieux qu’un gadget marketing  il y a encore quelque temps, les investisseurs accordent désormais de plus en plus d’importance aux informations non-financières et n’hésitent plus à intégrer largement les critères ESG dans leur stratégie et leur système de gestion des risques prenant peu à peu conscience de l’impact réel direct de ces problématiques sur la valorisation de leurs actifs.  

 

Les dernières études d’EY* sur le sujet ont révélé que les informations non-financières jouent un rôle déterminant fréquemment ou occasionnellement dans leur décision d‘investissement pour près de  68 % des investisseurs sondés.  L’étude révèle également que les investisseurs tendent à avoir une meilleure compréhension de l’implication des informations ESG sur leur gestion des risques.  Le bénéfice principal que voient les investisseurs dans l’analyse des informations ESG, c’est la possibilité de pouvoir éviter certains risques majeurs et de pouvoir les mesurer. A la question de savoir si certaines informations ESG pourraient amener les investisseurs à reconsidérer une décision d’investissement,  39 % d’entre eux affirmaient en 2016 qu’un historique de pauvre gouvernance serait rédhibitoire (ils étaient 27 % en 2015 et 30 % en 2013) et 32 % écarteraient immédiatement un projet avec un risque lié aux droits de l’homme (19 % en 2015 et 22 % en 2013). 76 % des sondés indiquaient par ailleurs qu’un historique de pauvre performance environnementale, qu’un risque de raréfaction des ressources ou qu’un risque climatique devrait être impacté sur la valorisation de l’actif et pèserait sur leur décision d‘investissement et leur stratégie de diversification. 

 

Une autre étude menée par l’université d’Oxford et Arabesque Asset Management a révélé que 88 % des sociétés affichant des pratiques ESG solides avait des performances opérationnelles supérieures à la moyenne et qu’il y avait une corrélation positive directe entre leurs pratiques vertueuses et le rendement de leurs actions. Enfin, un précédent rapport de la Deutsche Bank en 2012 tendait également à démontrer une corrélation positive entre les critères ESG et le retour sur investissement.

 

Depuis le début des reporting sur les données non financières au début des années 90, les exigences des investisseurs ont évolué. Des simples informations sur la santé et sur la sécurité au travail à ses débuts, les investisseurs souhaitent désormais avoir des informations plus vastes comme l’évaluation des risques sur les attentes en matière d’évolution sociale, l’évolution démographique, la raréfaction de l’eau et des autres ressources, les changements climatiques ou encore les rémunérations du management dans les périodes post crise. Certains incluent même aujourd’hui le risque de cyber sécurité dans les critères ESG.

Pour autant, si les investisseurs intègrent de plus en plus les données ESG dans leur gestion des risques et leurs décisions d‘investissement, ceux-ci se plaignent également de la piètre qualité des reporting produits par les sociétés. S’ils plébiscitent le fait que la meilleure source d’information doit être les comptes annuels, ils sont 60 % à estimer que les compagnies ne reportent  pas correctement ou pas pleinement les risques ESG susceptibles d’affecter leur business. Ils estiment également que trop de sociétés communiquent uniquement sur les critères positifs et pas assez sur les risques. Par ailleurs, les investisseurs disent attendre plus de données quantitatives ainsi que d’indications sur la stratégie mise en place par le management pour gérer ce type de risques.

 

Lorsqu’on interroge les entreprises sur ce qui les motive à reporter sur des informations ESG, 74 % d’entre elles rapportent en premier lieu le fait d’améliorer leur image auprès des consommateurs, 62 % évoquent les exigences réglementaires et seulement 32 % mentionnent le fait de satisfaire les investisseurs.

 

Avec la COP 21 et les récents scandales, notamment le « diesel gate », l’exigence en matière de transparence sur les sujets ESG vont sans aucun doute continuer à se renforcer. Que ce soit pour des raisons d’image ou de bonne gestion, les investisseurs tendent de plus en plus à intégrer ces facteurs dans leur gestion de risque. Aussi il sera de moins en moins possible de faire l’impasse sur ces sujets. Pour continuer à garder leur crédibilité, les grands acteurs du Private Equity ne pourront faire durablement l’économie d’intégrer dans leur stratégie et de communiquer sur les données non-financières.


* EY survey 2017 : « Is your non-financial performance revealing the true value of your business to investors ?”