AGEFI Luxembourg, June 2017

Investir dans l’infrastructure : l’émergence de nouvelles méthodes alternatives

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L’infrastructure étant une classe d’actif encore relativement nouvelle, le marché continue de se développer à grande vitesse. Les investisseurs institutionnels, qui, pour certains, ont désormais bâti une solide expérience à travers leurs investissements dans des fonds spécialisés non listés, recherchent également des solutions alternatives pour augmenter leur exposition et bénéficier pleinement de ce que cette classe d’actifs peut apporter à leur portefeuille.

Cet appétit pour ces nouvelles structures alternatives est favorisé par plusieurs facteurs. D’une part, la levée de capitaux est devenu très compétitive dans un environnement de  plus en plus dominé pas quelques très gros acteurs. Ces structures alternatives peuvent permettre de répondre aux attentes des investisseurs à la recherche d’une meilleure maîtrise de leur processus d’investissement et d’une structure de coût mieux adaptée et plus personnalisée. D’autre part, la propension des projets d’infrastructure à générer un retour stable sur investissement sur le long-terme et le niveau très important des récentes distributions, représentent paradoxalement un défi pour les investisseurs qui se retrouvent avec un montant de capital très élevé à déployer dans un lapse de temps relativement court. Avec certains investisseurs limités dans leurs options compte tenu de la taille des projets, les méthodes alternatives constituent une autre porte d’accès pour mettre le capital en ordre de bataille.

Bien que beaucoup moins fréquents que dans d’autres classes d’actifs comme le Private Equity ou le Real Estate par exemple, les structures de co-investissements ou de comptes séparés sont progressivement en train de s’installer dans le paysage et de s’imposer comme une voie d’accès aux investissements dans l’infrastructure de plus en plus prisée. Ceci est particulièrement vrai pour les plus grosses institutions qui cherchent à capitaliser sur leur expérience gagnée dans cette classe d’actifs et qui recherchent le même type de structures pour compléter leur portefeuille.

Il y a toutefois un certain nombre d’obstacles à surmonter tant pour les investisseurs que pour les gestionnaires pour faire de ce modèle un succès comparable à celui du Private Equity. L’augmentation des coûts tant humains que financiers requis pour les due diligence et la surveillance des actifs, ainsi que la pression du temps peuvent avoir un impact considérable sur la relation entre l’investisseur et le gestionnaire, et jouer largement sur le succès d’un co-investissement. De la même façon, les comptes séparés nécessitent, pour être viables, à la fois pour l’investisseur et le gestionnaire des engagements de capitaux suffisamment élevés, ce qui les rend difficiles d’accès pour les petites institutions.

De tous les types d’investisseurs, les fonds souverains et les grandes compagnies d’assurance sont les plus enclins à utiliser des structures de co-investissements. Celles-ci disposent généralement de montants élevés de capitaux à investir et d’équipes d’investissement conséquentes rendant les structures de co-investissement particulièrement attractives. Les gros investisseurs utilisent plus volontiers des structures de co-investissement pour accroître leur exposition dans cette classe d’actif s’appuyant sur leurs relations établies avec les gestionnaires de fonds pour négociés des structures de coûts personnalisés pour leurs co-investissements. 66% des investisseurs de plus de 10 milliards de dollars américains sous gestion privilégient cette route contre 41 % pour les investisseurs de moins de 1 milliard de dollars américains d’actifs sous gestion*.

L’appétit pour l’utilisation de comptes séparés peut varier beaucoup d’un type d’investisseur à l’autre. 83 % des fonds souverains utilisent des comptes séparés pour étendre leur exposition à l’infrastructure, soit de très loin la plus grande proportion par catégorie d’investisseurs*. L’énorme quantité de capitaux dont ils disposent et leur tolérance à des actifs non liquides avec des horizons à long-terme rendent ce type de structure particulièrement propice et adaptée pour ces institutions. Par ailleurs, les fonds souverains ont souvent des mandats spécifiques qui les contraignent à soutenir les investissements dans des infrastructures domestiques clés. L’utilisation de comptes séparés permet au gestionnaire de structurer des véhicules personnalisés, permettant de répondre aux besoins très spécifiques des fonds souverains. Les autres investisseurs tels que les family office avec des actifs sous gestion beaucoup plus modestes sont moins enclins à utiliser ce type de stratégie. La probabilité de l’utilisation d‘un compte séparé est directement lié à la taille de l’investisseur. 58 % des investisseurs de plus de 10 milliards de dollars américains d’actifs sous gestion envisagent d’investir via un compte séparé pour seulement 21 % des investisseurs de moins de 1 milliard de dollars américains d’actifs sous gestion*.

Poussés par la nécessité de déployer un gros stock de capital rapidement et par la volonté d’avoir une meilleure maîtrise de leur stratégie d’investissement, les investisseurs institutionnels montrent un appétit de plus en plus marqué pour des structures alternatives de co-investissement ou de comptes séparés particulièrement adaptées aux grosses cylindrées qui souhaitent investir dans l’infrastructure. La capacité des gestionnaires de fonds à proposer à l’avenir des produits sur mesure sera sans aucun doute un facteur de différenciation primordial pour avoir accès aux larges investisseurs.  

* preqin