Agefi Luxembourg, July 2017

Le marché africain est-il toujours un bon « deal » ?

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Après une année 2015 très encourageante, 2016 a marqué un véritable coup d’arrêt à la croissance africaine avec le taux de croissance le plus faible de ces vingt dernières années. Cette contre-performance a en grande partie été favorisée par des facteurs exogènes, notamment la baisse du prix du pétrole qui a poussé deux des trois plus grosses économies de la zone sub-saharienne en récession, à savoir le Nigéria et l’Angola. L’Afrique du Sud, traditionnelle locomotive et baromètre de l’environnement économique africain, n’a quant à elle connu qu’une croissance marginale d’à peine 0.3 %*.

Arrive-t-on à la fin d’un cycle, et est-il prudent aujourd’hui de se détourner du marché africain ? Ces mauvaises performances ne doivent pas pour autant masquer la dynamique positive qui s‘est opérée depuis une décennie et méritent d’être nuancées. Il serait une erreur de s’arrêter à ce constat sans avoir un regard un peu plus prospectif au risque de passer à côté de formidables opportunités d’investissement.

Bien que les grosses économies africaines soient encore largement dépendantes du secteur des matières premières, le premier semestre 2017 semble marquer le retour d’une croissance beaucoup plus soutenue grâce à une amorce de remontée des prix des matières premières et agricoles, mais également de la mise en place dans plusieurs pays de réformes structurelles d’envergure pour favoriser l’investissement et l’entreprenariat.

La Côte d’Ivoire, le pays de la zone ouest africaine qui connaît la croissance la plus rapide en est un parfait exemple, même si celle-ci reste encore très dépendante du prix du cacao et de la capacité du gouvernement à gérer ses conflits internes. Le Ghana est un autre exemple très prometteur avec l’élection d’une nouvelle administration qui met en œuvre une gestion des finances publiques beaucoup plus rigoureuse. L’Afrique de l’Est reste la zone la plus dynamique tirée par quatre économies en plein expansion que sont le Kenya, l’Ethiopie, la Tanzanie et l’Ouganda qui affichent des taux de croissance de plus de 6 % et qui continuent de s’accélérer. Pour l’essentiel de la zone sub-saharienne, l’inflation a atteint un pic et commence à décliner permettant ainsi aux banques centrales de pouvoir desserrer leurs taux d’intérêts directeurs. Pour peu que ceux-ci restent stables, les ménages devraient disposer d’un plus grand pouvoir d’achat et soutenir d’autant plus la croissance en 2017.

Reste que les risques systémiques doivent continuer à être surveillés ; les pays avec un grand déficit fiscal et commercial restent sujet à un risque important de dévaluation de leur monnaie d’autant plus lorsque leur niveau de dette a augmenté très rapidement ou était déjà à un niveau élevé. L’exemple le plus frappant est celui du Mozambique, même si ses perspectives de croissance à long terme ne sont pas impactées pour autant. Les fluctuations des prix des matières premières et agricoles restent malgré tout un élément déterminant de l’équation économique. Le prix du baril de pétrole est redescendu aux alentours de 50 dollars américains après avoir plafonné à 55 dollars américains lors des deux premiers mois de l’année. L’évolution des prix va en grosse partie dépendre de la capacité des pays de l’OPEP à se mettre d’accord sur des quotas de production.  Le ralentissement de la Chine a également un impact critique sur la stimulation des exportations et les prix des matières premières et agricoles. Toutefois, les perspectives de croissance à long-terme restent robustes avec un taux de croissance moyen attendu de plus de 5 % pour les dix prochaines années. L’Afrique garde le cap pour atteindre son objectif de devenir un bloc économique de 3 trillions de dollars américains, mais devra poursuivre ses efforts de réformes et de diversification pour pouvoir mieux absorber les chocs et être moins dépendant des facteurs extérieurs sur lesquels elle n’a que peu de maîtrise.

En termes d’investissements, les capitaux étrangers ont, malgré une année 2016 difficile, augmenté de 31,9 % avec des projets moyens de 139 millions de dollars américains principalement dans l’immobilier, le transport et la logistique ce qui fait de l’Afrique la deuxième zone mondiale la plus en croissance en matière d’attractivité de capitaux*. L’Afrique semble être entrée dans un véritable tournant de son développement et les turbulences apparaissent de plus en plus comme des effets conjoncturels à court terme plutôt qu’une tendance structurelle de fond.

Il est important de noter qu’en 2016, les investissements dans le secteur minier et les ressources naturelles ne représentaient que 6,2 % et que les économies sont largement tirés par une classe moyenne de consommateur en forte croissance et l’émergence de nouveaux secteurs notamment les Télécommunications (44,7 % des investissements), les produits de grande consommation (20%) et les services financiers*. Par ailleurs, la transformation digitale est en train de considérablement changer le paysage économique de certains pays d’Afrique et semble faire émerger une nouvelle classe d’entrepreneurs entrés de pleins pieds dans l’ère de l’économie numérique.

L’Afrique aujourd’hui affiche une polarité qui semble s’accentuer entre certaines zones en plein boom qui cherchent à consolider les piliers de leur économie et à structurer un environnement favorable, et certaines régions engluées dans des conflits et dans le marasme économique. Sur le moyen et long-terme, la dynamique du continent africain reste globalement très positive et celui-ci possède de nombreux atouts (Démographie, ancrage dans les nouvelles technologies et la mondialisation…) qui font que ce bloc va peser de plus en plus sur l’échiquier mondial dans la décennie à venir et devenir de plus en plus incontournable pour les investisseurs en recherche de rendements attractifs.


* EY’ Attractiveness Program Africa – Connectivity Redefined