AGEFI Luxembourg, Decembre 2017

L’« Impact investing » : Plus qu’une tendance, une nouvelle façon d’investir…

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Réaliser un rendement attractif tout en pesant positivement sur la société, voilà la promesse de l’« Impact investing », une tendance montante de l’investissement en capital privé qui consiste à générer un retour financier comparable à celui du marché tout en cherchant à avoir simultanément un impact social mesurable.

 

Pendant des décennies, l’« Impact investing » a été essentiellement l’apanage des ONGs, d’entités publiques ou quasi-publiques et de fonds privés de petite ou moyenne taille spécialisés, dont la réputation consistait plus à tenir de la philanthropie et de fournir des taux de rendement très en dessous du marché. Toutefois, cette image est en train de complètement changer avec une prise de conscience de plus en plus pressante des enjeux sociaux et environnementaux. Avec l’arrivée d’une nouvelle génération d’investisseurs, un volume de plus en plus important de capitaux est drainé vers des investissements qui ont la double vocation de servir à la fois les intérêts financiers et sociaux.    

 

Certains gros gestionnaires de fonds commencent désormais à envahir l’espace avec l’appui de certains gros LPs qui souhaitent s’exposer davantage à cette classe d’actifs. Cette nouvelle génération d’investisseur bouscule les mentalités et ne voit plus nécessairement les contraintes sociales et environnementales comme un frein au rendement financier mais plus comme un moyen de bonne gouvernance qui permet d’avoir des rendements comparables, voire meilleurs que d’autres actifs traditionnels.

 

Dans le microcosme du Private Equity, on note un intérêt croissant pour toutes les problématiques environnementales, sociales et de bonne gouvernance (« ESG ») et un souci grandissant d’investir dans des compagnies qui favorisent le développement durable et qui ont des pratiques de gouvernance saines. Beaucoup de fonds qui ne se considèrent pas comme « impact », appliquent déjà, dans les faits, un certain nombre de critères ESG dans leur processus de décision. L’« Impact investing » cherche à aller un degré plus loin dans ce processus et dans ce changement de mentalité. Il ne se contente pas d’écarter simplement les investissements indésirables mais se fixe comme objectif d’avoir à travers ces investissements un impact à la fois économique et social mesurable pour peser positivement sur l’intérêt général.

 

Au début de l’« Impact investing », ces deux considérations n’étaient pas toujours également mises en balance, et les acteurs du secteur étaient souvent peu crédibles, pâtissant d’une réputation d’utopistes incapables de faire un deal profitable en donnant trop de poids à la dimension  sociale au détriment de l’IRR. Toutefois, cette nouvelle vague d’investisseurs cherchent à renverser cette image en s’efforçant d’appliquer les mêmes recettes que dans le Private Equity traditionnel et la même rigueur commerciale et financière que pour n’importe quel type de transaction.

 

Pour les gestionnaires dépositaires d’un mandat d’investissement en « Impact », identifier des deals représente un défi supplémentaire par rapport au Private Equity classique, car en plus des contraintes financières habituelles, ils doivent s’assurer que ceux-ci auront un impact social positif, ce qui peut être perçu comme une restriction trop drastique pour générer un champ d’opportunités économiquement soutenable.

 

Pourtant les investisseurs « Impact » ont réussi à transformer cette contrainte en un véritable avantage compétitif. Cette dimension sociale leur ouvre des opportunités jusqu’alors sous-exploitées. Elle peut même s’avérer être un véritable argument de poids lors des négociations. En effet, bon nombre de sociétés familiales ou d‘entrepreneurs entretiennent un lien affectif et émotionnel avec leur société et sont soucieux de l’impact social et de la vision à long-terme que leur successeur entend donner à leur affaire. Ils vont avoir tendance à se laisser plus facilement séduire par ces investisseurs d’un nouveau genre, quitte à faire un effort sur le prix de cession.

 

La montée en puissance de cette classe d’actifs, commence à attirer de gros LPs qui poussent à la professionnalisation de ce segment de marché. Si on en croit l’étude récente de Global impact investing Network, 18 % des fonds déjà actifs dans ce secteur souhaitent étendre leur exposition et 65% des fonds non-actifs considèrent sérieusement d’investir dans l’« Impact »

 

C’est maintenant que le vrai défi du secteur commence ; la notion d’« Impact investing » peut vouloir dire des choses très différentes d’une personne à l’autre et avec l’afflux de capitaux de plus en plus massifs, le risque de perte d’identité et de dilution est réel et beaucoup craignent que ce nouvel engouement rende le terrain de jeu rapidement trop étroit. Pour les LPs, les considérations politiques peuvent avoir une grande importance, et la notion de « dimension sociale » recherchée peut être très différente d’une institution à l’autre.

 

Pour continuer à grandir en crédibilité et se consolider, définir précisément ce qu’on entend par un « impact social positif » et définir un système de mesure fiable et reconnu par tous sera absolument crucial et sera un défi de taille. Aujourd’hui il existe un certain nombre de référentiels développés par l’industrie (The Global Impact Investing Network IRIS metrics, the Global Impact Investing Rating System, the Social Return on Investment, the Impact Management Project…) mais qui sont loin de faire consensus. Il y a aujourd’hui un besoin urgent de standardisation pour imposer un référentiel commun qui puisse permettre une vraie comparaison des performances sociales d’un fond à l’autre.