AGEFI Luxembourg, January 2018

L’industrie des Fonds-de-Fonds : un segment à part en pleine recomposition

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L’industrie des Fonds-de-Fonds (« FdF ») est un segment du Private Equity (« PE ») qui a dû faire face à un certain nombre de défis au cours de cette dernière décennie. Alors que le PE dans son ensemble a connu une croissance solide et soutenue depuis la crise financière de 2008, le segment des FdF est le seul à avoir marqué le pas et à connaître une trajectoire plus incertaine. A son apogée en 2007, ce segment avait levé 55 milliards de dollars répartis sur 160 nouveaux fonds*.  A titre de comparaison, en 2016, pourtant la meilleure année enregistrée depuis la crise de 2008, l’industrie peine à séduire et n’a réussi qu’à collecter 26 milliards de dollars à travers la création de 84 nouveaux fonds*, et l’année 2017 s’annonce être un millésime encore décevant. Si en 2007, les FdF représentaient 18 % du total des nouveaux fonds de PE pour 15 % du total des capitaux levés par le secteur*, cette proportion est passée respectivement à 10% et 7 % en 2016 (9 % et 4 % respectivement attendus en 2017)*. Autre chiffre marquant, si le volume d’actifs sous gestion des FdF a progressé de 43 % depuis 2008, c’est deux fois moins que le reste du secteur, qui, sur la même période a progressé de 81 %*.

    

Cette évolution s’explique en grande partie par un plus grand degré de sophistication des investisseurs qui ont désormais accès plus facilement à des méthodes alternatives pour s’exposer directement à la classe d’actifs du PE et tendent à reconsidérer le ratio coûts / bénéfices offert par le modèle des FdF.

 

Traditionnellement, les FdF ont joué un rôle crucial envers les LPs en leur offrant une gamme de portefeuilles de fonds de PE et en permettant notamment à des investisseurs de petite taille qui n’ont pas nécessairement les moyens d’investir de gros montants sur des supports multiples de pouvoir malgré tout bénéficier du principe de diversification. Par ailleurs, les investisseurs profitent de l’expertise du gestionnaire du FdF dans le choix des gestionnaires de fonds de PE en pariant sur le fait que le bénéfice engendré va excéder le surcroît de coûts induit par les frais de gestion à chaque étage.

 

Au fur et à mesure que l’industrie du PE s’est développée, les investisseurs ont acquis une meilleure connaissance du secteur et sont de plus en plus concernés par les frais de gestion élevés propre au modèle de FdF, d’autant que, pour un certain nombre d’entre eux, ils ont désormais leurs propres équipes et les compétences en interne pour sélectionner eux-mêmes leurs fonds. Dans ce contexte, il devient de plus en plus difficile pour les gestionnaires de FdF de valoriser les avantages de ce « business model » d’autant plus que ce segment n’a pas offert des performances sensiblement supérieures aux autres segments du PE en général sur ces dix dernières années.  

 

Face à ce défi, l’industrie de FdF a proposé plusieurs réponses pour s’adapter à cet environnement et essayer de réinventer ce modèle pour y apporter plus de valeur ajoutée. Ceci s’est d’abord traduit par une accélération de la consolidation du secteur à travers plusieurs grosses acquisitions, notamment en 2016 et 2017, et l’émergence de très gros acteurs sur le marché. L’objectif est bien entendu de réaliser des économies d’échelle, mais également de gagner des expertises supplémentaires et être en mesure d’offrir une gamme de services plus étendue et diversifiée à laquelle les investisseurs n’ont pas forcément accès. En parallèle, les gestionnaires de FdF ont cherché à repenser le modèle de rémunération pour répondre aux réserves des investisseurs sur la facturation de frais de gestion à plusieurs étages de la chaîne, et on observe que la moyenne des frais de gestion a considérablement diminué sur les derniers fonds lancés en 2016 et 2017 (autour de 0,66% à 0,75 % contre 1% à 2% il y a encore peu de temps).

 

Par ailleurs, les gestionnaires de FdF ont essayé également d’apporter une réponse qualitative à leur offre de services en explorant de nouveaux marchés de niche pour être en mesure d’apporter plus de valeur ajoutée à leurs clients sur des secteurs bien spécifiques. Avec l’absence d’expérience de beaucoup d’investisseurs dans la capacité à évaluer de jeunes gestionnaires de fonds en phase d’expansion, les gestionnaires de FdF ont une belle carte à jouer pour mettre en avant leur expertise et leur réseau dans ce domaine pour se différencier sur le marché. Par ailleurs, les gestionnaires de FdF tendent à proposer à leurs clients des alternatives pour se construire des portefeuilles spécifiques en proposant la possibilité d’utiliser des véhicules de co-investissements ou des comptes séparés offrant ainsi des solutions plus ciblées et plus flexibles.

 

Malgré une croissance plus « molle » que le reste du PE, les FdF restent une solution très pertinente et intéressante pour les petits investisseurs. Les gestionnaires tentent de rester à la pointe de l’industrie en proposant des solutions innovantes pour continuer à délivrer de la valeur ajoutée à leurs investisseurs et séduire à nouveau. La capacité de survie des acteurs dépendra de leur aptitude à s’adapter à ce nouvel environnement, et il est clair que seuls les gros gestionnaires les plus innovants continueront à être courtisés.    
 

* Preqin