AGEFI Luxembourg, February 2018

L’Europe conserve la confiance des investisseurs… en dépit de quelques incertitudes

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2016 et 2017 ont été des années marquées par des tournants politiques majeurs alimentant un climat d’incertitude pesant sur l’ensemble de l’économie mondiale. L’élection de Donald Trump en 2016 a jeté le doute sur les intentions américaines en matière de politique économique, sur fond de tentation de repli protectionniste, tandis que la Chine a montré une volonté de rééquilibrer massivement ses investissements pour se focaliser sur son marché domestique. Par ailleurs, les tourments dans lesquels sont plongés le Brésil, auxquels s’ajoutent les conflits et les divisions au Moyen-Orient qui s’installent plus que jamais dans la durée, et les tensions ravivées entre les deux Corées, n’ont pas vraiment contribué à apaiser ce sentiment général.

 

L’Europe, pour sa part, n’a pas vraiment été épargnée par cette vague d’incertitude. Elle a vu ses fondations trembler et remises en cause en profondeur. L’onde de choc du vote britannique en 2016 et les périlleuses négociations du Brexit ont ouvert la voie à une période de trouble sur les marchés financiers. Plus généralement, elles ont révélé une fracture profonde au sein de l’Europe, qui voit son modèle social et économique profondément remis en cause par les populations et fragilisé par une percée populiste et nationaliste dans plusieurs pays.    

 

Faut-il pour autant craindre pour l’Europe une perte de confiance des investisseurs et une fuite des capitaux vers des cieux plus cléments ? Tout n’est pas négatif pour autant. Malgré les coups de buttoirs nationalistes, la digue n’a pas cédé. Le raz-de-marée craint en France et aux Pays-Bas n’a finalement pas eu lieu et l’Allemagne a réitéré son souhait de s’investir dans l’Europe et de reconsolider l’Axe franco-allemand. Mieux, après des années de disette, la croissance dans la zone Europe, même si elle reste encore timide, semble durablement de retour (1,6 % en 2016, 1,7 % en 2017).  Cette croissance devrait frôler, voire dépasser les 2 % en 2018. Certains pays de l’Est, Pays Baltes compris - comme la Pologne ou la République Tchèque par exemple - tirent même plutôt bien leur épingle du jeu avec une croissance proche de celle de la Chine et une Europe de l’Est qui tend petit à petit à devenir le nouvel atelier de l’Europe poussé par une main d’œuvre à la fois qualifiée et bon marché et par une intégration remarquable des nouvelles technologies digitales.  

 

La réalité des chiffres montre que, malgré tous les doutes sur la solidité du bloc européen, les investisseurs lui ont plus que jamais conservé leur confiance et tendent à penser que, en fin de compte, la « Vieille Dame » que constitue l’Europe, ne résiste et ne fonctionne pas si mal que ça. Pour la plupart des investisseurs, l’Europe reste la destination numéro un devant les Etats-Unis et l’Asie. Avec 5845 nouveaux projets financés en 2016*, l’Europe a attiré un niveau record de capitaux étrangers, tirés, il est vrai, par trois champions que sont 1) le Royaume-Uni qui reste encore la destination préférée malgré les incertitudes liées au Brexit, 2) l’Allemagne qui conteste de plus en plus la place de numéro un au Royaume-Uni et 3) la France qui affiche la plus belle progression avec 30 % d’augmentation* reflétant le très bon accueil par les investisseurs des réformes annoncées par Emmanuel Macron. Les pays méditerranéens, l’Espagne et le Portugal notamment, ont retrouvé de belles couleurs, et leur très bonne performance économique se traduit par un net regain d’attractivité. Enfin, il est à noter que les pays de l’Est sont désormais clairement sur les radars des investisseurs et des maisons de Private Equity et ont attiré près de 50 % de ces capitaux*.

 

Globalement, les investisseurs reconnaissent les efforts des réformes macro-économiques qui ont été entreprises dans plusieurs pays et valorisent la présence d’une main d’œuvre qualifiée, d’infrastructures de qualité, un savoir-faire indéniable en matière de recherche et d’innovations techniques, avec notamment un environnement très dynamique pour les start-ups et la transformation digitale. Avec un foyer de consommation de près de 500 millions d’habitants au pouvoir d’achat élevé, les pays européens demeurent, malgré tout, dans l’inconscient collectif des investisseurs un marqueur et un gage de stabilité socio-économique et une valeur refuge notamment en période d’incertitude.

 

L’Europe a beaucoup d’atouts à mettre en avant, mais devra faire face à un défi majeur pour éviter que la confiance des investisseurs ne vacille dans les années à venir : être capable d’aboutir à un compromis intelligent avec le Royaume-Uni à l’issue du Brexit, être capable de recréer de la cohésion sociale et de remettre en cause profondément son modèle pour être en mesure de susciter à nouveau l’enthousiasme et l’adhésion des populations au projet européen.