AGEFI Luxembourg, February 2018

Quand innovation rime avec mutations dans le monde de l’audit

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La révolution digitale transforme également le métier de réviseur d’entreprises. Qui dit évolutions technologiques, dit pour les entreprises volumes de données grandissants à traiter. Le réviseur d’entreprises, dans le cadre de son contrôle de l’information financière, peut aussi tirer parti de ce grand volume de données.

La vitesse de propagation de l’information et sa facilité d’accès imposent de nouveaux modes d’interaction avec les parties prenantes, fournisseurs et clients, mais aussi actionnaires, investisseurs et citoyens. Les entreprises sont donc confrontées à la nécessité de repenser leurs produits, leurs services, leurs modèles économiques et la façon dont elles servent leurs clients. Les technologies digitales utilisées de ce fait s’accompagnent de nouveaux usages, de l’émergence de nouveaux canaux de distribution ainsi que de la création de modèles opérationnels toujours plus efficaces et moins coûteux. Leur impact sur l’organisation est considérable, puisque ces technologies bouleversent la culture des entreprises à travers les innovations ouvertes, le développement agile, la digitalisation des fonctions de support et la production d’un volume exponentiel de données.

Les auditeurs externes de ces entreprises n’échappent donc pas à la rupture du modèle d’affaires à laquelle font face de nombreux secteurs dans la foulée des percées technologiques. Ces percées s’articulent principalement autour de la  « blockchain »,  de l’intelligence artificielle, de l’automatisation via la robotisation et de l’analyse détaillée des processus (« process mining »).

L’audit d’aujourd’hui est donc très différent de celui d’hier. De profonds bouleversements et évolutions technologiques conduisent à devoir innover et repenser la façon d’utiliser les données et les outils analytiques, et ce notamment dans l’exécution des audits externes actuels et futurs.

 

De l’échantillonnage au process mining

Auparavant, les techniques d’audit étaient d’avantage basées sur le traitement d’échantillons sélectionnés via des méthodes statistiques. La présentation des résultats de travaux d’audit au management se faisait par conséquent de façon statique sans possibilités de simulations.

De nos jours, les auditeurs ont accès à des plateformes digitales pour stocker les travaux d’audit ainsi qu’à de puissants outils analytiques et d’algorithmes permettant de tirer parti des progrès des technologies de collecte des données. Le traitement de ces données est effectué par des experts ou « data scientists » qui font désormais partie intégrante des équipes d’audit.  Ainsi, afin de mieux évaluer les risques, il est désormais possible, lors d’un audit, d’analyser l’ensemble des données pour mieux comprendre les processus opérationnels et les activités d’une entreprise.

Grâce à cette analyse plus approfondie des données, on peut améliorer la couverture des procédures d’audit, mais aussi la qualité de l’audit et donc obtenir plus d’éléments probants. Il est également aisé d’examiner une population entière d’opérations pour trouver celles qui présentent des caractéristiques de risque plus élevé. Cela permet d’identifier par exemple toutes les opérations dont les produits sont comptabilisés avant la date de livraison ou un volume inhabituel d’opérations à la fin d’une période.

Par ailleurs, l’audit de demain sera résolument tourné vers une analyse encore plus approfondie des quantités exponentielles de données temporelles et événementielles disponibles dans les systèmes d’informations des entreprises, quant à eux de plus en plus performants. Encore très souvent analysées en silos, ces données représentent de vastes quantités d’informations très peu exploitées. L’intégration du process mining ou analyse détaillée des processus dans les techniques d’audit vise donc à sortir de ces silos de façon à appréhender les processus des entreprises dans leur intégralité compte tenu de la massification et de la digitalisation grandissante des données.

Cette approche innovatrice permettra donc une identification encore plus précise de sources d’optimisation aussi bien pour le management que pour les auditeurs.  Ainsi, il sera possible d’aboutir à l’analyse et à l’audit de processus composés d’un grand nombre d’opérations afin d’en identifier clairement les risques, dysfonctionnements et possibles leviers d’amélioration. Les contrôles de cohérence et de vraisemblance seront également beaucoup plus précis que par le passé.

 

Blockchain et intelligence artificielle : quelles opportunités pour l’audit externe ?

L’innovation digitale et les nouvelles technologies numériques dites « disruptives » (mobiles et réseaux intelligents, Big data, internet des objets et intelligence artificielle, blockchain, etc.), ont révolutionné les paradigmes en place et remis en cause les modèles économiques traditionnels des entreprises. Les auditeurs externes de ces entreprises sont donc également confrontés à la nécessité d’innover avec la plus grande agilité pour s’adapter au big bang numérique de l’ère actuelle.

Dans ce contexte, l’intégration à part entière de la technologie blockchain qui permet entre autres la transmission d'informations de façon transparente et sécurisée sans organe central de contrôle est incontournable. Il en est de même pour l’intelligence artificielle qui permet à une machine la réalisation de tâches normalement effectuées par l’Humain. Par exemple, l’utilisation de ces deux technologies a permis, dans le cadre des audits externes, la mise en place d’un processus de demande de confirmations de balances à des tiers (clients, fournisseurs, avocats, banques) entièrement digitalisé. La technologie blockchain permet d’une part dans ce cadre la collecte de réponses électroniques sécurisées et l’intelligence artificielle d’autre part, le traitement de ces réponses sur la plateforme  digitale de demande et de traitement de confirmations.

Le champ des possibilités demeure vaste en ce qui concerne l’intégration de ces deux technologies en vue d’optimiser la conduite des audits externes. Ces technologies ouvrent en effet des perspectives intéressantes en matière de robotisation et donc d’efficience et d’efficacité du processus d’audit. Le traitement par l’intelligence artificielle de tâches d’audit répétitives, à faible valeur ajoutée aussi bien pour l’auditeur que pour le management et ne requérant pas ou très peu de sens critique telles que les réconciliations, constitue une opportunité réelle et déjà exploitée pour le métier d’auditeur externe.

En automatisant grâce à l’intelligence artificielle, les tâches évoquées précédemment, l’auditeur externe rend le métier plus attractif pour les talents de la nouvelle génération dont les attentes sont fortement impactées par ce big bang numérique. En outre, le réviseur d’entreprises est plus à même de se consacrer d’avantage à des activités à forte valeur ajoutée - telles que l’analyse prédictive par exemple -mais aussi de mieux évaluer les jugements et les estimations faites par la direction de la société dans le cadre de la clôture des comptes.

Cette approche basée sur l’analyse approfondie de données actuelles ou plus anciennes permet d’identifier des risques futurs, dans le but de mieux les adresser en amont dans une approche d’audit.  L’auditeur externe devra cependant conserver son  indépendance en partageant avec le management les résultats de son analyse approfondie de données de même que ses recherches prédictives.

 

Des opportunités mais aussi des risques

La révision des rôles entre l’homme et la machine dans le contexte de l’intégration de l’intelligence artificielle dans le processus d’audit externe n’est pas sans risques.  En effet, dans une profession où une démarche critique est cruciale, l’utilisation poussée des chaînes d’algorithmes doit être abordée avec méthode et en toute conscience des règles et principes régissant la profession.

Bien que l’intelligence artificielle cognitive puisse être à même de déduire, évaluer et formuler des hypothèses, le réviseur d’entreprises conserve la pleine responsabilité de la certification des états financiers au travers de sa signature. A ce titre, une maîtrise des procédures d’audit élaborées et effectuées au travers des algorithmes demeure primordiale. La décision finale appartiendra toujours à l’Humain quand bien même appuyée par des technologies d’un niveau de profondeur, de vitesse et d’exactitude sans cesse grandissants.