AGEFI Luxembourg, March 2018

L’infrastructure : Encore une très grosse année en perspective pour 2018…

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L’année 2017 a été une nouvelle année marquée par une croissance soutenue  de la classe d’actifs des infrastructures atteignant même un nouveau record de $ 418 milliards d’actifs sous gestion. Avec la lancée de 69 nouveaux fonds concentrant $ 65 milliards de capitaux, 2017 aura encore été une année à grand succès en matière de levée de fonds*.

Même si le nombre de fonds investissant dans cette classe d’actifs reste stable au niveau global, on s’aperçoit que le marché se concentre davantage autour d’un petit nombre de gestionnaires d’actifs spécialisés. En 2017, 42 % des capitaux levés ont été collectés par les cinq plus gros fonds d’investissement (45 % en 2016) avec notamment le plus gros fond jamais lancé dans le secteur clôturé à $ 15.8 milliards qui a rassemblé à lui seul 24 % du total des fonds récoltés en 2017*. 

De manière générale, cette classe d’actif continue à susciter un engouement favorable de la part des investisseurs. Selon la dernière étude Preqin sur le sujet, 93 % des investisseurs se disent satisfaits de leurs investissements dans l’infrastructure soit 53 % du total des investisseurs ayant un a-priori positif pour cette classe d’actifs (44 % en 2016). 90 % des investisseurs interrogés prévoient d’au moins maintenir leur exposition.

Les importantes redistributions opérées dans le secteur ces deux dernières années  font que les investisseurs ont d’importantes sommes à réinvestir et il est plus que probable qu’une bonne partie augmente son allocation à cette classe d’actifs.  Selon la dernière étude Preqin, 39 % des investisseurs interrogés envisagent d’augmenter leur exposition aux Infrastructures et il est vraisemblable que 2018 pulvérise le record de 2017 en matière de levée de fonds.

La compétition pour attirer du capital promet d’être féroce en 2018 dans le secteur alternatif, et les gestionnaires d’actifs vont devoir se montrer inventifs pour se différencier. La possibilité de Co-investissements et le caractère intensif en capital de l’infrastructure a indiscutablement une belle carte à jouer dans un contexte où les investisseurs ont besoin de déployer des masses de capitaux importantes pour atteindre leurs objectifs.

Le secteur des énergies renouvelables et des énergies conventionnelles est sans aucun doute celui qui risque d’attirer la majeure partie des capitaux en 2018 et qui présente le plus grand nombre d’opportunités en dépit d’une compétition acharnée pour les actifs arrivés à maturité et générant des cash-flows stables. Toutefois, des stratégies plus opportunistes avec une forte composante de développement et de création de valeur seront également favorisées par certaines institutions misant sur une forte hausse des prix.

Cette très bonne forme du secteur ne doit pas pourtant masquer un certain nombre de défis et d’inquiétudes auxquels cette classe d’actifs va devoir faire face en 2018. Alors que les capitaux affluent, identifier des opportunités d’investissement suffisamment attractives commence à devenir problématique. La compétition autour des actifs risque de s’accompagner d’une flambée des valorisations. Avec un niveau record de « Dry Powder » de $ 150 milliards*, il y a une très forte pression de la part des investisseurs pour déployer rapidement du capital. Dans un tel environnement, il devient difficile pour les gestionnaires d’actif de générer de la valeur sauf à augmenter son niveau de risque et s’aventurer sur des marchés émergents à forte croissance tels que l’Afrique, l’Asie, l’Inde ou l’Amérique Latine.

A l’inverse, l’année 2018 s’annonce être particulièrement opportune pour les exits. Dans la lignée de 2017, les fonds vont profiter de ce contexte de valorisations élevées pour réaliser leurs anciens actifs et rajeunir leur portefeuille. Sur les cinq dernières années, 16 % des exits en valeur ont été réalisées dans le secteur des énergies renouvelables, 36 % dans les secteur des énergies conventionnelles et 6 % dans le domaine des transports. 2018 devrait renforcer cette tendance avec une montée en puissance continue des projets d’énergie renouvelable.

En terme de financement, si les banques restent les principales sources de levier financier et devraient encore en 2018 fournir la vaste majorité de la dette du secteur ; on s’aperçoit que le marché de la dette infrastructure est en train de s’accélérer et que les investisseurs institutionnels jouent un rôle de plus en plus important comme source alternative de dettes via des fonds de dettes spécialisés. Cette tendance devrait perdurer en 2018 et s’intensifier dans les années à venir.    

Plus que jamais, l’infrastructure est une classe d’actifs qui a le vent en poupe portée par un contexte économique et politique particulièrement favorable et séduisant de plus en plus d’investisseurs à la recherche de nouveaux débouchés pour leurs capitaux avec un profil de risque raisonnable. Victime de leurs succès, les gestionnaires d’actifs vont devoir faire preuve d’innovation pour continuer à alimenter le marché.

 * preqin