Entreprises magazine, April 2018

Tourbillon digital dans l’audit

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Le big data est incontournable pour les cabinets d’audit. L’auditeur d’aujourd’hui est connecté et digital !

« Chez EY, nous nous sommes préparés depuis plusieurs années à la transformation des modes de travail liée à la révolution digitale. Aujourd’hui, nos collaborateurs bénéficient d’une suite d’outils et de solutions digitales : une plateforme digitale pour documenter et stocker nos travaux, des outils analytiques permettant une analyse systématique des données, des outils d’automatisation (bots), et de plus en plus d’intelligence artificielle » confie Olivier Lemaire, Luxembourg Assurance Leader chez EY.

 

Une expérience client augmentée

Ces outils analytiques transforment en profondeur l’expérience client à plusieurs niveaux.

Tout d’abord, quand bien même le volume d’informations à traiter augmente et les opérations sont plus complexes, la restitution des travaux d’audit est simplifiée, visuelle et spontanée. Ces nouveaux outils permettent en effet des simulations en direct et un échange immédiat avec eux – il est bien loin le temps des présentations statiques en Powerpoint. Il est par exemple possible d’isoler directement dans une population l’ensemble des transactions qui présentent un profil inhabituel et sont susceptibles de constituer des exceptions au flux régulier tel que prévu par le manuel de procédure. Les clients réagissent davantage à ce mode de présentation. Ces travaux permettent de re-capter l’attention des directeurs financiers sur les analyses de leur environnement de contrôle interne.

Ensuite, une société auditée peut mettre en évidence la pertinence accrue des travaux de vérification. Les outils analytiques permettent de mieux repérer les anomalies, les risques et de développer un plan de travail spécifique et ciblé. Par exemple, s’agissant du processus « Order to cash » qui alimente typiquement les montants les plus significatifs des états financiers d’une société commerciale, les outils d’analyse permettent de corréler le montant du chiffre d’affaires, des créances commerciales et des avoirs en banque ; cette corrélation permet d’isoler les fuites entre ces trois agrégats et de focaliser l’attention de l’auditeur sur ces fuites. Il en ressort généralement une compréhension plus fine des types de transactions réalisées (tant par les auditeurs que par la direction elle-même dans certains cas) et des recommandations sur l’organisation du contrôle interne.

Enfin, ces sociétés auditées apprécient les gains d’efficacité qui découlent de la mise en œuvre de ces nouvelles technologies. Deux initiatives concrètes illustrent parfaitement ces gains d’efficacité :

  • L’échange par le biais d’un portail sécurisé (au lieu de systèmes de messageries qui étaient parfois incompatibles, présentaient des limitent de capacité pour les fichiers échangés). Ce portail est un outil d’échange de données qui structure l’échange d’informations et inclut une fonctionnalité de gestion de projet qui permet de suivre en temps réel l’état d’avancement des travaux.
  • Les demandes de confirmation de solde sont gérées via une plateforme dédiée ; il n’y a plus d’impression-papier à faire, d’échange postal et ceci dégage du temps pour les équipes comptables et finance ; ce temps peut ainsi être réalloué à des tâches à plus haute valeur ajoutée.

 

Une capacité renforcée à répondre aux attentes de la communauté financière et des régulateurs

Le numérique met à disposition des outils d’analyse puissants. Ces outils permettent d’atteindre un niveau de transparence et de confort accru dans les données générées par les clients. Ainsi, auparavant les professionnels de l’audit travaillaient sur des échantillons et répondaient à la question « What can go wrong » ; aujourd’hui, avec la mise en œuvre des technologies d’intelligence artificielle, de process mining, d’automatisation, de « Natural Language Processing » ils tendent à répondre à la question « What went wrong ».

« Nous sommes d’avis que l’implémentation de ces techniques d’analyse de données dans nos méthodes de travail constitue la meilleure réponse aux exigences des régulateurs. Ces dernières années, ceux-ci ont en effet challengé les auditeurs quant au caractère suffisant des échantillons de vérification et insisté sur leur attente de nous voir appliquer de manière aigue le principe de « scepticisme professionnel ». Ces techniques permettent de rencontrer ces deux attentes puisque nous passons de l’échantillonnage à une analyse complète d’une population d’une part, et nous libérons d’autre part du temps pour nous concentrer sur les transactions inhabituelles, complexes et delà présentant un risque d’erreur élevé » ajoute Stéphane Cousin, Directeur en charge de l’Audit Innovation chez EY Luxembourg.

 

Le nouveau paradigme de la fonction RH

L’auditeur de demain sera-t’il une informaticien ou un ingénieur ? Ni l’un ni l’autre, l’auditeur de demain devra jongler avec ses connaissances comptables, sa compréhension du business de ses clients et les technologies.

Le parcours proposé aux jeunes recrues va évoluer car les tâches qui leur étaient historiquement dévolues vont progressivement être réalisées par des robots (extraction-compilation-formatage de données, rapprochement de données). Cette évolution les exposera plus rapidement à comprendre en profondeur les risques et l’organisation de la production de l’information financière, pour concevoir les procédures pertinentes. En ce qui concerne les collaborateurs expérimentés, la robotisation progressive des tâches devrait leur permettre de se libérer du temps pour se concentrer sur l’analyse de zones de risque élevé.

« Nous sentons que nos collaborateurs tant juniors qu’expérimentés ont pris conscience du fait que ce tourbillon digital apporte un vent de fraicheur sur la façon de travailler au quotidien et leur offre la possibilité de mieux se réaliser dans leur travail. La stimulation est également renforcée par l’inclusion dans nos équipes de data analysts, de développeurs, de profils de type « tech ». Ces collaborateurs ont une appétence pour les nouvelles technologies et un profil plus créatif leur permettant de réfléchir hors du cadre.» ajoute Stéphane Cousin.

Le défi de la fonction RH d’un cabinet d’audit est de réussir la greffe entre ces profils « tech » et les auditeurs financiers traditionnels.

 

Et demain ?

« Le défi pour la profession de l’audit sera de suivre le rythme des développements numériques et de continuer à les intégrer dans les méthodes de travail. Dans un contexte de défiance croissante de la société civile par rapport au monde des affaires, d’interrogation des jeunes recrues quant à la profession d’auditeur et de contraintes réglementaires de plus en plus fortes, nous sommes convaincus que l’utilisation des nouvelles technologies a un rôle clé à jouer» conclut Olivier Lemaire.