AGEFI, July 2018

Le Private Equity : Vecteur des bonnes pratiques de gouvernance en Afrique

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Avec le boom économique du continent africain depuis près de 10 ans, ce marché est devenu un terrain de jeu incontournable pour les acteurs du Private Equity (« PE »). Ignorée il y a encore quelques années, l’Afrique est désormais de plus en plus dans le viseur de très gros acteurs du secteur, qui y voient une terre d’opportunités importantes avec des retours sur capitaux potentiellement extrêmement attractifs. Pour autant, l’Afrique reste encore trop souvent victime d’une image où la corruption et les conflits d’intérêts dissuadent bon nombre d’investisseurs de franchir le pas. Les sociétés de PE qui ont su s’imposer avec succès en Afrique sont celles qui ont réussi à mettre en place une gestion des risques robuste et adaptée en usant de leur influence sur leurs sociétés en portefeuille pour imposer des bonnes pratiques.

Petit à petit, on s’aperçoit que le PE prend une part de plus en plus importante dans le paysage africain et pèse de plus en plus lourd dans l’économie de certains pays. Cette influence grandissante a un impact positif sur l’ensemble de l’écosystème africain en diffusant dans les entreprises des pratiques de bonne gouvernance. Comme mentionné dans les principes de bonnes gouvernances publiées par l’OCDE, la principale responsabilité du façonnement d’un environnement légal et règlementaire sain en Afrique repose d’abord sur le secteur privé avant de reposer sur les institutions et les gouvernements. L’amélioration des pratiques de gouvernance est donc un enjeu majeur pour que l’Afrique crée un climat de confiance de nature à attirer les investisseurs et réaliser pleinement son potentiel.

En ce sens, les sociétés de gestion des fonds de PE contribuent pleinement à enclencher ce processus vertueux. Bon nombre de décisions d’investissement sont conduites par des critères ESG (« Environment, Social & Governance ») du fait de la présence importante des grandes institutions de développement internationale dans le financement des projets. Comme le montre la dernière étude de l’AVCA* (« African Venture Capital Association »), on s’aperçoit que dès lors qu’une société est prise en main par un fond de PE, les pratiques de gouvernance ont tendance à s’améliorer significativement. Cette étude révèle que 100% des sociétés de PE considèrent la mise en place de standards internationaux de gouvernance comme primordiale pour le succès de leurs investissements. 85 % d’entre eux  considère que la mise en place de bonnes pratiques de gouvernance a significativement contribué à la création de valeur de leurs sociétés en portefeuille. Dans 97 % des cas, les fonds de PE ont un membre actif dans le conseil d’administration avec une implication dans la stratégie et les opérations de la société, considérant cet élément comme essentiel pour garantir les intérêts de leurs actionnaires.

Dans la mesure où le paysage économique africain est encore largement dominé par des sociétés à caractère familial, il est recommandé de veiller à la claire séparation des tâches entre le Président du conseil d’administration et le Directeur Général. Pour bon nombre de sociétés en Afrique, le secteur du PE est le principal pourvoyeur de capitaux jouant un grand rôle pour insuffler une plus grande transparence. De la même façon, les fonds de PE imposent la plupart du temps que le Directeur Financier participe au conseil d’administration et qu’il y ait un membre du conseil responsable de la surveillance et du suivi de la mise en place des principes ESG au sein de la firme. Les fonds de PE exigent également de plus en plus d’avoir un siège actif dans d’autres comités clés notamment le comité de rémunération et le comité d’audit.

L’étude révèle également qu’avant l’entrée d’un fond de PE dans le capital, 95 % des sociétés ont un niveau de reporting insuffisant. La fréquence et la qualité de celui-ci s’améliore de manière significative dès lors qu’un fond de PE entre dans le capital. De la même façon, on s’aperçoit que les actions correctives sont beaucoup plus fréquentes et suivies.

En matière d’audit, seule un tiers des sociétés détenues par des fonds de PE sont dotées d’un organe d’audit interne mais la quasi-totalité est au moins auditée par un auditeur externe. Pour 81 % d’entre elles, elles appliquent une limitation très stricte en matière de prestation de services non–audit et une rotation imposée tous les 5 ans avec des règles calquées sur les règles américaines afin de maintenir l’indépendance de l’auditeur. On observe toutefois des disparités secteur par secteur avec, par exemple, une présence fréquente d’audit interne dans la Finance ou les Télécoms, là où elle est quasi absente dans l’immobilier ou les sociétés d’information et de technologie.

En matière de gestion des risques, l’apport des sociétés de PE est également considérable puisque, dans 53 % des cas, les sociétés n’avaient aucune méthode d’évaluation des risques avant l’entrée d’un fond de PE dans leur capital. Les fonds de PE sont en général fortement impliqués dans le système de gestion des risques y compris lorsqu’ils possèdent une part minoritaire. De la même façon en matière de compliance et de KYC, le contrôle est fortement renforcé dès qu’une société de PE entre dans le capital et, dans 82 % des cas, elles mettent en place un mécanisme au niveau du conseil d’administration pour prévenir les conflits d’intérêt.

Les sociétés de PE ont compris que la mise en place des principes ESG dans leurs investissements en Afrique était une condition préalable indispensable à la création de valeur. Leur apport en la matière crée un cercle vertueux favorisant l’émergence des bonnes pratiques de gouvernance et d’un écosystème africain plus favorable aux investissements.