AGEFI Luxembourg, Septembre 2018

Attractivité des investissements : la France à nouveau dans la course…

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Après s’être laissée distancer par ses deux principaux « concurrents » que sont l’Allemagne et le Royaume-Uni pendant près d’une décennie, l’attractivité de la France en matière d’investissements étrangers a opéré un spectaculaire redressement depuis 2017 pour recoller avec le peloton de tête européen.

Avec 1019 projets annoncés par des investisseurs étrangers en 2017, (779 seulement en 2016), la France talonne désormais l’Allemagne (1124 projets en 2017 pour 1063 en 2016) et le Royaume-Uni (1205 projets en 2017 pour 1138 en 2016)* qui sont tous deux en perte de vitesse. Plus important, la dynamique française a retrouvé des couleurs après une dizaine d’années très atones avec une progression de 31 % en 2017 (contre 6 % pour l’Allemagne et 6 % pour les Royaume-Uni)* et cette tendance semble se confirmer pour 2018.

Il y a plusieurs explications à cette vigueur française actuelle. Une partie est sans aucun doute imputable à l’amélioration de la conjoncture, mais pas seulement. Certes, la croissance est manifestement de retour en Europe, même s’il convient encore d’être prudent ; la consommation, les carnets de commande des industriels, les investissements dans les infrastructures sont autant de facteurs encourageant le retour des investissements en Europe ainsi que dans l’hexagone, mais l’image de la France s’est également fortement améliorée aux yeux des investisseurs et le climat de confiance s’est réellement inversé.

Désormais huit investisseurs sur dix ont une image positive de la France*, et ce malgré les mouvements sociaux de l’été, et la considèrent plus attractive, car plus compétitive. Les réformes structurelles mises en place par le pouvoir exécutif avec un projet économique résolument tourné vers l’Europe et vers l’international ont été particulièrement bien accueillies par les investisseurs qui plus est dans une période d’incertitudes et de tentations de replis nationalistes et protectionnistes. Pour la première fois depuis bien longtemps, les investisseurs étrangers placent Paris devant Londres pour y implanter leur tête de pont européenne. Malgré l’« effet Brexit », le Royaume-Uni conserve certes la première marche du Podium, mais force est de constater que son influence est en train de considérablement régresser. La perspective de la perte du passeport financier européen, a précipité un certain nombre d’annonces médiatisées de transferts de services au profit des autres métropoles européennes notamment Paris, Francfort, Amsterdam, Dublin, mais également le Luxembourg qui a attiré bon nombre de compagnies d’assurance et d’AIFM et se positionne plus que jamais comme un hub majeur pour la domiciliation et la structuration des fonds de Private Equity. Mais la réorganisation du Brexit dépasse largement le simple cadre des services financiers et s’étend également à bon nombre de secteurs industriels fortement dépendants de l’exportation en Europe, tels que l’automobile ou la grande consommation ou de la régulation européenne tels que la Pharmacie, la Chimie ou l’Aéronautique. Il convient toutefois de tempérer le ralentissement de la croissance britannique, car malgré l’incertitude liée au Brexit, la digue n’a pas cédé et le Royaume-Uni a pour le moment réussi à contenir la vague et à ne pas sombrer. Elle reste malgré tout encore une destination privilégiée pour les investissements étrangers et reste encore le leader européen des services financiers. En outre, le Royaume-Uni garde une très nette longueur d’avance sur ses principaux concurrents dans le domaine des services informatiques.

Il convient également de prendre le recul nécessaire et de considérer avec prudence le renouveau français. Certes, la dynamique est là et la France revient indubitablement dans la course, mais cette progression fulgurante en 2017 ne fait que rattraper le retard des dix dernières années pendant lesquels ses voisins notamment le Royaume-Uni et l’Allemagne ont attiré plusieurs centaines de sièges sociaux et de centres de Recherche & Développement (« R&D ») de grands groupes internationaux. Ils ont vu également exploser les investissements des pays émergents notamment chinois et indiens, là où la France est encore très timide. Les investisseurs encouragent d’ailleurs la France a ne pas relâcher ses efforts pour mener à bien les importantes réformes structurelles notamment rendre la fiscalité plus compétitive, simplifier le mille-feuille administratif et baisser le coût du travail. La confiance entière des investisseurs, le retour des sièges, des talents et des start-ups ne pourra se poursuivre que si les mesures pro-business continuent à s’orchestrer.

 La France peut compter sur un vivier de talents important et une excellence en matière d’innovation et de R&D connue et reconnue à travers le monde. Le savoir-faire français et la vivacité de son tissu de start-ups est indéniable et la France a toutes les cartes en mains pour redevenir un pays de premier plan et reprendre toute sa place dans le concert des nations. Les investisseurs, les fonds de Private Equity et de Venture Capital en tête, ne s’y sont pas trompés en augmentant leur exposition au marché français et en pariant sur le potentiel de développement de la France.