AGEFI Luxembourg, February 2019

Le Private Equity en 2019, comment rester compétitif sans rogner ses marges

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Le Private Equity (PE) est un marché prospère. Toutefois si les actifs sous gestion atteignent des montants pharamineux, les coûts opérationnels des gestionnaires de PE augmentent également très vite. Comme le montrent les résultats du 2019 Global Private Equity Survey*, l’année 2019 devrait être marquée par un intérêt accru pour l’efficacité opérationnelle. Alors comment réconcilier compétitivité et rentabilité ?

 

Choisir ses priorités

L’intérêt des investisseurs pour le Private Equity étant en plein essor, la grande majorité des fonds de PE tente de surfer sur la vague et place l’augmentation des actifs sous gestion en haut de la liste de leurs priorités. Le Private Equity rivalise avec d’autres formes d’investissements alternatifs tels que les hedge funds. Le vent est d’ailleurs favorable. En effet, alors que le Private Equity ne représente en moyenne que 18%* des portefeuilles alternatifs, près de 40%* des investisseurs prévoient d’augmenter la part du Private Equity traditionnel dans leurs portefeuilles. Il s’agit alors pour les fonds de PE de ne pas manquer le momentum. Bien que le dernier trimestre 2018 a montré les premiers signes d’un ralentissement, l’optimisme reste de mise. La plupart des maisons de PE espèrent lever davantage de capitaux en 2019 qu’elles n’avaient levés pour leurs derniers fonds. Pour atteindre leur objectif, certaines maisons traditionnelles se diversifient en s’aventurant vers des stratégies d’investissement qu’elles n’avaient pas encore explorées, telles que le venture capital, l’immobilier ou la dette privée. 

 

Contenir l’érosion de la rentabilité en temps de forte croissance

La croissance peut avoir un goût amer quand elle exige de rogner les marges. Augmenter rapidement les actifs sous gestion a un coût. Le gonflement mécanique des honoraires de gestion prélevés sur des actifs toujours plus élevés cache souvent un résultat net moins reluisant. 40% des directeurs financiers interrogés dans le cadre du 2019 Global Private Equity Survey * ont rapporté que leurs marges se sont détériorées au cours des deux dernières années, et un tiers ont mentionné qu’elles sont restées stables. Longtemps négligée, l’excellence opérationnelle fait maintenant partie de l’agenda du gestionnaire de PE. L’industrie a pris du retard face aux fonds d’investissement classique. Mais si elle négocie bien le tournant technologique, elle devrait être en mesure de contenir l’érosion de la rentabilité.

 

Investir dans les technologies

Le temps des calculs de coin de table est révolu. L’industrie a besoin de s’équiper d’une infrastructure numérique intégrée et efficace. Après des années de sous-investissement technologique, le Private Equity nécessite un sérieux rattrapage. Ses acteurs semblent en avoir pris conscience et voient des opportunités d’amélioration opérationnelle dans les domaines de la comptabilité des fonds, des relations avec les investisseurs, du suivi des coûts opérationnels et, enfin, de la compliance réglementaire. Toutefois, les efforts en investissements technologiques prennent du temps à montrer leurs effets. Il s’agit essentiellement d’investissements à long-terme qui demandent souvent une mise au point préliminaire et imposent, en premier lieu, d’harmoniser le traitement des données. Enfin, le passage au digital n’est pas seulement une affaire de robots. Il faut également y préparer les équipes, ainsi que les clients, et les former à leur nouvel environnement.

 

Externaliser

Si les fonctions fiscales et la comptabilité sont très souvent externalisées, ce n’est pas le cas de la plupart des autres tâches qu’ont à accomplir les gestionnaires de PE. Pourtant l’externalisation pourrait bien représenter une solution pour lutter contre l’érosion des marges. Les prestataires de services qui gravitent autour des maisons de PE se sont équipés d’infrastructures robustes qui, bien souvent, assurent la protection des données tout en offrant une certaine efficacité opérationnelle dans le traitement des tâches routinières. Les gestionnaires peuvent ainsi se concentrer sur leur cœur de métier. Certaines fonctions telles que les relations investisseurs, la gestion de la trésorerie et même l’évaluation des portefeuilles sont sur le radar des fonctions dites externalisables.  

 

Attirer les talents

Investissement technologique ou externalisation, quelle que soit la solution envisagée pour rétablir la rentabilité, attirer et retenir les talents reste essentiel au développement des maisons de PE. Bien qu’affichant souvent des objectifs de diversité, les gestionnaires de PE possèdent rarement un département dédié à la gestion des ressources humaines. Pourtant la qualité des équipes du gestionnaire est un des aspects les plus regardés lors des due diligences des potentiels investisseurs. Avoir des équipes compétentes, diversifiées et stables reste un facteur de réussite dans tous les secteurs.     

Investissements dans les technologies, externalisation et gestion des talents, les maisons de PE ont du pain sur la planche pour réussir à rétablir la rentabilité tout en maintenant leur compétitivité. L’année 2019 permettra peut-être de faire le tri entre celles qui passeront le cap et celles qui resteront à la traîne.

* EY 2019 Global Private Equity Survey