Private Equity Magazine , March 2019

Le Private Equity doit-il accélérer la cadence en matière d’innovation ?

  • Share

La récente Global Private Equity Survey d’EY qui questionne, comme chaque année, une centaine de gestionnaires de fonds de Private Equity à travers le monde met à nouveau en évidence la pression qui pèse sur les marges. L’intensification de la concurrence, notamment des hedge funds se tournant de plus en plus vers la dette privée, ainsi que le durcissement de la réglementation, expliquent largement ce phénomène. Alors que des solutions technologiques permettant d’améliorer l’efficacité opérationnelle voient le jour, le secteur du Private Equity ne devrait-il pas innover davantage au rythme de ses investissements ?

 

Les nouvelles technologies : un incontournable  

Au regard de la réduction des coûts qui s’affiche toujours comme un remède rapide à l'érosion des marges, les gestionnaires semblent prendre conscience du retard technologique dont souffre l’industrie. Investissements pas assez ciblés ou recours tardif à une infrastructure numérique intégrée et automatisée ? Les spéculations au sein même du secteur vont bon train. Dès lors, près de 40% des sondés de l’étude EY affirme que l’innovation figure en tête de liste des solutions visant à améliorer leur rentabilité. Cap donc sur la mise en œuvre de nouvelles technologies, et en particulier dans les domaines de la comptabilité, des relations aux investisseurs et de la gestion des coûts opérationnels, où plus des deux tiers des gestionnaires affirment avoir investi au cours des trois dernières années.

 

Franchir les obstacles

L’automatisation des procédures peut sembler complexe à mettre en place, notamment dans le domaine de la comptabilité, où les gestionnaires s’activent à outrepasser les complexités de la mise en conformité aux nouvelles normes IFRS, surtout pour les fonds de dette. La meilleure des solutions reste la sous-traitance, fortement utilisée par les plus petits gestionnaires, pour qui les économies d'échelle sont bien évidemment limitées. Les puissantes sociétés de services se dotent d’ailleurs de solutions de plus en plus innovantes et opérationnelles, ce qui permet aux gestionnaires de se focaliser sur leur cœur de métier.

La valorisation des actifs, majoritairement internalisée, semble également délicate à automatiser. Mais la proportion des gestionnaires déclarant avoir investi dans ce domaine augmente chaque année et, une fois encore, la complexité de la réglementation impose au secteur d’évoluer positivement vers l’automatisation de la plupart des procédures. C’est d’ailleurs dans le domaine de la gestion et de la valorisation de portefeuilles que les acteurs ont la plus grande opportunité d’accroître leurs investissements, à l’heure où la robotique pointe le bout de son nez pour remplacer les fameuses feuilles de calcul Excel.

 

Attirer de nouveaux talents

La gestion des talents demeure également l'une des priorités de tout gestionnaire soucieux d’assurer sa pérennité. Défier l’ère du numérique implique ainsi l’embauche de talents aux profils expérimentés en programmation ou en analyse statistique, pour ne pas tous les nommer. Le passage au digital n’est pas seulement une affaire de robots. Le lien entre l’intelligence artificielle et la compréhension des besoins du secteur reste avant tout possible grâce aux talents internes. La vérification de l’intégrité des données, la prise de mesures supplémentaires pour intégrer les nouveaux systèmes aux structures existantes et la formation des équipes, ainsi que des clients, à leur nouvel environnement passe par une gestion des ressources humaines renforcée. Révolution donc en matière de recrutement au sein du Private Equity, menée largement par les plus grands acteurs du secteur. 65% d’entre eux déclarent d’ailleurs avoir modifié le profil de leurs candidats à l’embauche.

Si le coût du déploiement de nouvelles technologies reste certes élevé à court terme, il en va de l’avenir du Private Equity, qui doit initier son processus de transformation digitale. Il suffit de regarder dans le portefeuille même de la plupart des acteurs du domaine pour s’apercevoir que le Private Equity a une grande marge de manœuvre en termes de digitalisation et d’automatisation. De nombreux gestionnaires y croient déjà d’ailleurs, estimant que les dépenses initiales consacrées à la technologie conduiront à des gains d’efficacité supplémentaires sur le long-terme. Quand on observe le succès que vit le secteur depuis de si longues années, les perspectives d’évolution sont alors d’autant plus flatteuses qu’on s’autorise le droit de penser que les marges réduites ne sont en fait qu’une répercussion passagère du retard technologique bientôt éconduit.