Agefi, April 2019

Private Equity : un rythme de désinvestissement toujours soutenu

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Dans un contexte d’incertitudes alimentées par un environnement géopolitique changeant, les fonds de Private Equity (PE) s’activent pour désinvestir avant un éventuel retournement des marchés. L’enjeu est de ne pas rater le Momentum, les évaluations étant encore très attractives pour les sortants.

Selon l’étude EY Global Private Equity Divestment Study 2019*, le marché reste très actif bien qu’il n’ait pas retrouvé son niveau record de 2014. En effet, les fonds de Private Equity ont réalisé 1,175 transactions de désinvestissement sur l’année 2018 en légère augmentation par rapport à l’année précédente qui avait enregistré un score de 1,149 sorties. La valeur totale des transactions reste relativement stable. Elle est de USD 385.2 milliards en 2018 contre USD 385.8 milliards en 2017. Les sorties devraient se poursuivre sur la même cadence en 2019 mais pourraient être marquées par des changements stratégiques. Alors à quoi ressemblera la prochaine vague de désinvestissements ?

 

Une approche pragmatique plus qu’optimiste

Sur les douze derniers mois, les fonds de PE ont semblé adopter une approche pragmatique quant à la gestion de leur portefeuille d’investissements. Le temps n’est plus à la spéculation sur la flambée des évaluations. Il s’agit désormais de sortir l’investissement de son portefeuille dès qu’il a atteint un objectif minimum de croissance. 41%* des dernières transactions ont été réalisées parce que l’investissement-cible a atteint l’objectif d’EBITDA que s’était fixé le fonds de PE. Les inquiétudes quant à l’évolution du contexte macroéconomique mondiale expliquent en grande partie ce changement d’approche. A cela s’ajoutent les menaces sur la libre-circulation des capitaux et des biens, via par exemple les tarifs douaniers appliqués par les Etats-Unis ou le Brexit, qui pourraient ralentir le développement des sociétés en portefeuille. 82%* des fonds de PE s’attendent à ce que ces évolutions géopolitiques génèrent des coûts opérationnels supplémentaires qui impacteraient négativement les valeurs de sortie.

 

Des stratégies de sortie opportunistes

Bien que pragmatiques, les fonds de PE gardent la porte ouverte à des transactions opportunistes. L’horizon d’investissement est généralement déterminé à l’acquisition. Toutefois, un nombre croissant de fonds de PE déclarent ne pas déterminer à l’avance le moment de sortie de l’investissement. La majorité d’entre eux anticipent une convergence des marchés dans lesquels ils investissent et se déclarent prêts à accepter des offres de rachat non-sollicitées, quitte à désinvestir plus tôt que prévu. De plus, bien que très peu d’entre eux envisagent une contraction des multiples d’évaluation dans un future proche, la grande majorité reste aux aguets pour enclencher les désinvestissements aux premiers signes de correction des marchés. En effet, il s’agit avant tout de sécuriser un prix de sortie qui ne déçoive pas les attentes des investisseurs.

 

Qu’en est-il de la création de valeur ?

Les conditions de marché ont un impact déterminant sur la réalisation de la performance des portefeuilles. Toutefois les maisons de PE restent avant tout des investisseurs impliqués qui cherchent à créer de la valeur au sein des sociétés qu’elles détiennent. 81%* des fonds de PE déclarent interagir au moins une fois par mois avec les sociétés de leur portefeuille. La réduction des coûts et la gestion des liquidités restent en haut de la liste des préoccupations. Mais les maisons de PE sont aussi très impliquées dans l’expansion des sociétés et leurs changements stratégiques. S’appuyant sur leur réseau, elles sont parfois directement à l’initiative d’opérations de croissance externe. L’évolution des multiples de marché n’est pas à négliger, mais l’établissement des fondations d’une croissance durable et la mise en œuvre de solutions innovantes restent bien souvent les vecteurs de création de valeur les plus regardés par les potentiels acheteurs, notamment lors d’acquisitions stratégiques.

 

Les opportunités du Private Equity 2.0

Dans un contexte de rationalisation accrue des processus de désinvestissement, le numérique a plus que jamais sa place. La collecte et le traitement des données sont des éléments clefs de la prise de décision dans le cadre des transactions de PE. De plus en plus de maisons de PE prennent conscience de leur retard dans ce domaine (80%* en 2018 contre 64%* en 2017). C’est d’autant plus le cas pour les grandes maisons qui gèrent un volume important d’investissements. Elles recherchent un certain niveau de standardisation du traitement de l’information afin d’avoir une vue d’ensemble à tout moment et rester réactives sur le terrain. Ainsi, en plus d’un accès direct aux données de marché, certains fonds de PE mettent en place des outils de suivi en temps réel de la performance des sociétés en portefeuille. La mise en place de ce type d’outils améliore la qualité de l’information financière et augmente le niveau de transparence de l’information fournie à de potentiels acheteurs. Ceux-ci sont alors plus enclin à accepter des évaluations élevées.

Les conditions de désinvestissement devraient rester globalement favorables aux fonds de PE dans les prochains mois. Les actifs s’échangent à des niveaux d’évaluation encore très élevés. Toutefois les maisons de PE devront rester alertes aux informations provenant des marchés et seules les mieux équipées en matière de traitement des données pourraient tirer leur épingle du jeu.

 

 

* EY Global Private Equity Divestment Study 2019