
Paul Martin-Lalande
Une passion familiale pour l’entrepreneuriat
Je conseille à tous de rentrer dans un cabinet d’audit car on apprend beaucoup au contact des clients. EY, c’est une super entreprise mais également une super école.

QPeux-tu nous dire quelques mots sur ton passage chez EY ?
Après une expérience dans un cabinet de province en tant qu’expert-comptable stagiaire, je suis rentré en audit chez EY Luxembourg en 2016 dans le pôle TMT en tant que senior 2 et j’avais le grade senior manager lorsque je suis parti.
Très rapidement après mon arrivée, je suis allé en Afrique pour travailler sur des conversions en IFRS (International Financial Reporting Standards). J’adorais ce que je faisais, ainsi que les équipes avec lesquelles je travaillais. C’était intellectuellement stimulant. Quand je suis arrivé je ne connaissais que les normes françaises et j’ai pu prendre de la hauteur grâce aux nouvelles normes IFRS, gérer des équipes et différents projets, voyager, et avoir plus de responsabilités. Cette expérience m’a également permis d’apprendre à former les plus jeunes.
QPourquoi as-tu décidé de quitter EY ?
Ma femme et moi commencions à nous sentir loin de notre famille. Nous avons donc décidé de revenir en France, dans la région Bretagne - Pays de la Loire, d’où ma famille est originaire pour reprendre une entreprise qui fabriquait des vêtements de luxe et qui était en train de couler. Mon père et un de mes frères avaient déjà des ateliers dans le prêt-à-porter, et mon autre frère, également Alumni d’EY Luxembourg, avait monté une entreprise de maroquinerie. Nous sommes tous entrepreneurs dans la famille !
QComment se porte aujourd’hui Albéa, rebaptisé Femilux ?
L’entreprise se porte bien. Cinq ans plus tard, notre atelier de prêt-à-porter dépasse les 80 salariés contre une cinquantaine à la reprise. Nous avons automatisé certaines opérations, ce qui nous permet de faire face à des manques de productivité. Nous avons pu prendre des parts sur le marché italien en baissant les prix, ce qui nous a permis d’augmenter notre chiffre d’affaires et de recruter. L’automatisation nous a également permis de pallier à la difficulté de recrutement. Auparavant nous coupions à la main, aujourd’hui nous avons des coupes numériques avec des caméras intégrées. C’est un autre savoir-faire que d’utiliser un robot puisqu’il suffit qu’un jeune sache se servir d’un iphone ! Les seules contraintes de l’automatisation sont d’ordre technique. Nous avons donc besoin d’attirer des profils ingénieurs, des personnes capables de faire la passerelle entre le savoir-faire du prêt-à-porter et les nouvelles technologies.
QAprès le prêt-à-porter, tu t’es lancé depuis un an et demi avec un de tes frères dans la maroquinerie, est-ce que tu peux m’en dire plus ?
C’est un secteur en pleine explosion. D’ici trois à cinq ans, nous prévoyons de recruter près de 600 personnes. Je pense qu’il y a une vraie volonté des marques de luxe de s’assurer que tout soit fait en France et d’y rapatrier tout ce qui peut être fait localement. Ils ont une telle croissance qu’ils doivent faire appel à des ateliers comme les nôtres.
QComment expliques-tu ce succès ?
Je pense que nous sommes très dynamiques et que nous avons une bonne tête ! L’aspect familial joue sans doute beaucoup puisque nous sommes tous entrepreneurs dans la famille. Le fait que nous ayons des profils différents doit également rassurer. Nous savons qu’il faut beaucoup travailler pour réussir, qu’il faut investir sur l’humain, les machines, la formation et pas mettre tous ses œufs dans le même panier.
QEst-ce pour cette raison que tu as développé une activité dans l’immobilier industriel ? Ta famille est un véritable catalyseur d’emplois dans la région.
Oui en effet. Je rachète des sites pour les rénover comme l’ancien site de l’usine Harman avec 25 000m² de bâtiments qui devaient être rasés. Nous avons transformé le restaurant d’entreprise en vrai restaurant, qui accueille 120 couverts par jour. Un cabaret, une crèche, ainsi qu’une salle polyvalente vont bientôt voir le jour. Nous avons également relocalisé des productions et sommes en train de développer une activité de logistique dans le stockage d’archives, de containers de laboratoires et d’industrie dans le secteur automobile.
QAs-tu des regrets ?
Au Luxembourg, la retraite est à 52 ans ! J’ai des petits pincements au cœur de temps en temps, heureusement nous travaillons et vivons en famille, donc je ne suis pas seul !
