- Près de la moitié des banques interrogées (46 %) prévoient une baisse de leur résultat opérationnel pour l’exercice en cours.
- Près des deux tiers (65 %) des banques s’attendent à une stabilisation des marges d’intérêt, mais à un niveau bas.
- À long terme, presque tous les établissements (94 %) tablent néanmoins sur une hausse de leurs résultats opérationnels.
- Seulement une banque interrogée sur trois (33 %) s’attend à un besoin accru de provisions pour risque de crédit pour le financement des PME.
- L’IA est désormais présente dans huit banques sur dix (78 %), alors qu’elle ne l’était que dans la moitié des banques environ (53 %) l’année précédente.
- Plus de la moitié des banques interrogées (57 %) considèrent la hausse des coûts opérationnels comme le principal obstacle à leur réussite future.
- Le sujet ESG et les placements durables ont été en perte de vitesse en 2025.
Zurich, le 8 janvier 2026 – Les banques suisses et liechtensteinoises ont une nouvelle fois réalisé un solide exercice, mais les perspectives se sont assombries. Après des années de bons résultats portés par des taux d’intérêt élevés et des marges d’intérêt confortables, elles sont de nouveau sous pression, tandis que la hausse des coûts opérationnels pèse sur les résultats et que d’importants investissements sont à venir. Malgré cet environnement difficile, les banques restent confiantes. Elles disposent en effet d’une base solide en matière de capital, de clientèle et d’activité.
Les résultats de l’enquête du Baromètre des banques EY 2026 le montrent : pour les plus de 100 établissements financiers interrogés en Suisse et au Liechtenstein, les principaux thèmes des années à venir seront, entre autres, l’optimisation de leurs résultats dans un contexte défavorable en matière de taux d’intérêt et de coûts ainsi que l’exploitation judicieuse du potentiel de l’intelligence artificielle. Christine Mengers, Assistant Director, Markets & Business Development, Financial Services EY Suisse commente : « La réduction des coûts et l’amélioration de l’efficacité restent des priorités à une période où la croissance des revenus, toujours aussi importante, s’avère de plus en plus difficile à obtenir. » Le cabinet d’audit et de conseil EY Suisse présente cette année l’étude pour la 16e fois.
Des résultats solides mais en recul et des perspectives moroses
Les banques continueront d’afficher des résultats solides pour l’année écoulée, mais ceux-ci seront inférieurs à ceux des deux dernières années. Près de la moitié des banques interrogées (46 %) prévoient une baisse de leur résultat opérationnel pour l’exercice 2025. Ce chiffre se montait encore à 39 % l’année précédente. Le climat atteint ainsi son niveau le plus bas depuis 15 ans. Après des années de bons résultats, les évolutions géopolitiques et macroéconomiques ont conduit à un retour progressif du taux directeur suisse à 0 %. Or un environnement de taux d’intérêt nuls offre très peu de marge pour des optimisations, tant dans les opérations actives que passives.
Les banques ayant participé à l’enquête restent confiantes : 94 % d’entre elles s’attendent à une augmentation de leur résultat opérationnel à long terme (année précédente : 85 %). Cette prévision souligne la résilience du secteur bancaire suisse. Francesco de Gara, Partner, Audit Financial Services EY Suisse, déclare : « Les banques suisses font preuve de résilience malgré les incertitudes géopolitiques, les baisses des taux d’intérêt et les effets négatifs des droits de douane américains. À court terme, de nombreux établissements s’attendent à voir leurs résultats baisser, mais à long terme, le secteur reste confiant et mise sur la solidité de la place financière suisse. » Autre facteur positif : 67 % des établissements interrogés déclarent avoir gagné de nouveaux clients et clientes.
L’évolution de l’activité opérationnelle varie fortement selon les groupes de banques. Les banques régionales et cantonales, qui avaient enregistré des résultats records dans un contexte de taux d’intérêt élevés, ressentent davantage les effets des baisses de taux : 59 % et 60 % d’entre elles s’attendent à un recul de leurs résultats opérationnels. Les banques privées et les banques étrangères sont nettement moins pessimistes puisque seulement 36 % d’entre elles anticipent une baisse. Grâce à une évolution boursière jusqu’ici robuste et aux afflux nets de nouveaux capitaux, elles peuvent se réjouir de produits de commissions stables.
Les banques profitent de moins en moins des marges d’intérêt
Les opérations d’intérêt sont la principale source de revenus de nombreuses banques suisses. Mais avec la baisse des taux directeurs, leur marge d’intérêt n’a cessé de diminuer. Une consolidation semble cependant se profiler : près des deux tiers (65 %) des banques prévoient une stabilisation voire une augmentation des marges d’intérêt. Ce chiffre représente une progression significative de près de 40 points de pourcentage par rapport à l’année précédente, où il s’élevait à 26 %. Celle-ci s’explique par le fait que les taux d’intérêt ont atteint le niveau zéro et qu’aucune introduction de taux d’intérêt négatifs n’est attendue pour l’instant. À cela s’ajoute l’octroi de crédits plus sélectif des banques.
Le financement des PME reste rentable – les banques cantonales s’attendent à une augmentation des pertes de crédit
À court terme, c’est-à-dire au cours des une à deux années à venir, une banque interrogée sur trois (33 %) s’attend à une augmentation des besoins en correctifs de valeur et provisions pour les crédits aux PME. Ce chiffre est inchangé par rapport à l’année précédente (33 %). Comme l’année précédente, les banques cantonales sont de loin les plus pessimistes : 64 % d’entre elles prévoient une hausse des besoins en correctifs de valeur et provisions à court terme, et même 79 % à long terme. Ce pessimisme s’explique notamment par le fait que les banques cantonales, qui, selon les cantons, détiennent parfois plus de 50 % des parts de marché de ce segment, jouent de plus en plus le rôle de banques principales de confiance pour les PME et sont donc plus exposées.
Les banques suisses et liechtensteinoises continuent de tabler sur des taux de défaillance très faibles dans le domaine des crédits pour le financement de logements. Si la part d’établissements qui s’attendent à une augmentation des besoins en correctifs de valeur et provisions a légèrement progressé par rapport à l’année précédente, aussi bien à court qu’à long terme, passant de 7 % à 9 % et de 14 % à 17 %, elle reste toutefois à un niveau historiquement bas.
La hausse des coûts opérationnels pèse le plus lourdement sur les perspectives de réussite
Une nette majorité des établissements interrogés (57 %) s’attendent à ce que l’augmentation des coûts opérationnels constitue le principal obstacle à leur réussite au cours des une à deux prochaines années. Les principaux facteurs sont les coûts liés à l’extension et à la maintenance des systèmes informatiques, ainsi que les investissements dans l’innovation et la cybersécurité. La gestion des cyberrisques liés aux tiers, en particulier, s’intensifie, 79 % des banques interrogées la considérant comme le principal défi. Le respect des exigences réglementaires représente également un facteur de coût important pour certains établissements.
Il apparaît clairement que la manière dont les banques suisses font appel à des prestataires externes est en pleine mutation. Bien sûr, elles sont encore près de la moitié (44 %) à miser sur une externalisation classique : un prestataire externe réalise des activités ou des processus définis selon les spécifications de la clientèle. Mais environ un quart d’entre elles ont déjà recours aux managed services : un prestataire externe est responsable du résultat et assume la responsabilité de bout en bout d’une série de processus et de fonctions. Le secteur se trouve ainsi dans une phase de transition, qui voit l’abandon des anciens modèles fragmentés au profit de solutions plus industrialisées.
L’introduction de l’IA avance à grands pas
L’IA n’a pas seulement fait son entrée dans les banques suisses : elle s’y est aussi imposée, y compris dans la mise en œuvre. Alors que l’année dernière, 38 % des banques ne faisaient que discuter de l’IA ou de son introduction, cette part est tombée à 22 %. La grande majorité des banques (78 %) se consacrent donc à la mise en œuvre de projets d’IA (année précédente : 53 %). Ceux-ci en sont à des degrés de maturité différents, mais leur part a également progressé. 5 % des banques déclarent même avoir déjà intégré l’IA dans de nombreuses applications.
Marcel Zünd, Partner, responsable Strategy & Execution Financial Services EY Suisse déclare : « Avec l’utilisation croissante de l’IA dans la société, les changements structurels s’accélèrent également dans le secteur bancaire. À l’avenir, la question décisive sera de savoir si les banques se fixeront les bonnes priorités et exploiteront pleinement le potentiel que leur offre l’utilisation de l’IA dans le secteur bancaire. »
Durabilité : quo vadis?
Les placements ESG et durables se sont fortement essoufflés et l’intérêt réel de nombreux clients et clientes s’avère moins important que prévu initialement. Les produits financiers durables restent un domaine légitime de niche, qui concerne principalement les investisseurs institutionnels ou la clientèle privée fortunée. Pour de nombreuses banques, les exigences réglementaires et les coûts liés à la collecte des données et au reporting sont disproportionnés par rapport aux rendements réalisables. De ce fait, le sujet a globalement perdu de son importance stratégique. 86 % des banques partent du principe que la demande de la clientèle en produits financiers durables restera stable ou diminuera à moyen ou long terme.
Dans le domaine de la durabilité, les principaux défis pour les banques suisses restent le reporting sur les questions de durabilité et de climat (30 %), le calcul de bilans CO2 (14 %), la gestion des risques et l’écoblanchiment (11 % chacun).
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