Une filière mature, innovante et résiliente, confrontée à un environnement plus exigeant
Un écosystème de près de 2 800 entreprises, porté par l’innovation et la R&D, toujours très dynamique mais confronté à un ralentissement des financements et à un environnement réglementaire plus complexe.
France Biotech, l’association des entrepreneurs de l’innovation en santé, dévoile aujourd’hui la 23ème édition du « Panorama France HealthTech 2026 », étude réalisée en collaboration avec Nextinnov/Banque Populaire, bpifrance, la banque publique d’investissement, Euronext, première bourse paneuropéenne, EY, un des leaders mondiaux de l’audit et du conseil. Cette étude a été réalisée avec le soutien du réseau des pôles de compétitivité et clusters en santé français.
Le Panorama France HealthTech 2026 propose une analyse détaillée de l’écosystème en pleine maturité, structuré autour de près de 2 800 entreprises innovantes actives en biotechnologies, dispositifs médicaux et santé numérique/IA. Dans un contexte économique et financier tendu, la filière conserve une dynamique solide, avec une stabilité des créations d’entreprises et un niveau de procédures collectives comparable aux années précédentes. Cette année a aussi été marquée par plusieurs très beaux refinancements sur les marchés boursiers de biotechs matures, donnant une visibilité très positive de l’écosystème français.
« Le Panorama France HealthTech 2026 confirme la maturité et la résilience de notre écosystème, fort de près de 2 800 entreprises qui placent l’innovation et la R&D au cœur de leur stratégie. Dans un contexte économique et financier plus exigeant, marqué par des tensions de trésorerie accrues, la filière démontre néanmoins sa solidité, sa capacité d’internationalisation précoce et son appropriation stratégique de l’intelligence artificielle. Plus que jamais, il est essentiel de consolider les conditions de financement, d’accès au marché et de simplification réglementaire afin de permettre aux entrepreneurs français de transformer leurs innovations en solutions concrètes au service des patients et de la souveraineté sanitaire française et européenne. Dans ce contexte, le projet de loi de simplification de la vie économique et les récentes propositions de la Commission Européenne en faveur des dispositifs médicaux et des biotechnologies sont des signes très positifs qui doivent encore se traduire en actions concrètes » explique Frédéric Girard, Président de France Biotech.
La HealthTech gagne en maturité : l’âge moyen des entreprises atteint 10 ans et elles comptent en moyenne 29 collaborateurs. Toutefois, la filière compte une forte proportion de jeunes entreprises : un tiers a moins de 5 ans et plus de la moitié sont des TPE de moins de 10 salariés. Les dernières années ont été marquées par un ralentissement économique, avec un chiffre d’affaires moyen en baisse (5,1 M€ en 2024 vs. 6,6 M€ en 2023) et une réduction des investissements en R&D (2,6 M€ en moyenne en 2024 vs. 3,4 M€ en 2023), reflet d’une gestion budgétaire plus prudente.
La R&D représente un enjeu central
La recherche et développement demeure le pilier stratégique du modèle HealthTech :
- 64 % des dépenses totales sont consacrées à la R&D (75 % pour les biotech),
- 39 % des effectifs sont dédiés à la R&D et au développement clinique,
La propriété intellectuelle est un enjeu central : plus des 3/4 des entreprises biotech et medtech ont déposé des brevets depuis leur création, et la grande majorité prévoit de le faire à l’avenir (82%). Une légère baisse est observée dans le dépôt de brevets en 2025 comparé à 2024 illustrant la diminution des activités et des investissements en R&D des entreprises et l’impact de l’exclusion des dépenses de brevets de l’assiette du Crédit Impôt Recherche.
Cette intensité en innovation confirme la vocation technologique profonde de la filière.
Un emploi dynamique mais plus sélectif
Le secteur représente environ 80 000 emplois directs en France et plus des 2/3 des entreprises ont recruté de nouveaux collaborateurs en 2025. Cependant, les intentions de recrutement pour 2026 reculent légèrement (78 % vs. 83 % fin 2024), traduisant une prudence accrue.
La R&D et les fonctions associées à la production et aux opérations représentent les 2/3 des emplois en 2025, tandis que certains profils sont particulièrement recherchés, notamment en data science et informatique.
La sous-traitance est une pratique quasi-systématique pour le secteur, 81% des sociétés y ayant recours (92% des sociétés de biotech).
« Les tendances en matière de recrutements au sein de la filière HealthTech sont positives en 2025 avec une hausse de 4% du nombre de collaborateurs au sein du panel d’entreprises étudiées, la majorité des entreprises ayant recruté cette année. Les intentions de recrutement baissent légèrement en 2026 mais certaines fonctions clefs en data science, business développement, R&D et développement médical et clinique sont très recherchées » précise Chloé Evans, Adjointe au Directeur Général, en charge des études sectorielles et des relations internationales de France Biotech.
Adoption forte et structurante de l’IA générative
L’IA générative est désormais largement intégrée : près des 2/3 des entreprises l’utilisent. L’adoption est plus forte en santé numérique (73 %) et medtech (70 %) qu’en biotech (53 %). Par ailleurs, 44 % des entreprises développent leurs propres outils en interne, signe d’une appropriation stratégique.
Internationalisation : une stratégie en phase d’accélération
Près des 3/4 des entreprises en phase de commercialisation adressent directement les marchés internationaux (vs. 2/3 en 2024), ce qui traduit une stratégie d’expansion forte et une volonté d’intégrer rapidement des débouchés globaux à un moment où l’accès au marché français est particulièrement difficile.
Chez les acteurs plus matures, l’ancrage international se matérialise également par des implantations physiques, 42 % des biotech et medtech de plus de 10 ans possèdent des filiales à l’étranger, avec les États-Unis comme destination prioritaire, devant l’Europe.
Medtech : maturité croissante mais contraintes réglementaires persistantes
Les produits de medtech et diagnostic gagnent en maturité ; ainsi 53 % sont en phase d’enregistrement ou commercialisation en 2025 vs. 49 % en 2024.
Si le nombre de produits certifiés CE progresse (28 % vs. 24 %), les délais liés au MDR (Medical Device Regulation) s’allongent, freinant l’accès au marché. Une majorité d’entreprises appelle à un mécanisme de fast track et 46 % demandent un encadrement plus strict des coûts et délais.
Santé numérique : agilité commerciale et défis structurels d’accès aux marchés
La santé numérique et l’intelligence artificielle constituent aujourd’hui l’un des segments les plus dynamiques de la HealthTech française. Plus jeune (7 ans d’âge moyen) que le reste de l’écosystème, ce segment affiche 76 % de solutions déjà commercialisées. Cette agilité s’explique notamment par des cycles de développement plus courts. En 2025, les solutions de big data et d’analyse de données ont connu une forte croissance et représentent le premier domaine d’applications des solutions digitales en santé.
De plus, parmi les solutions digitales :
- 60 % des produits intègrent de l’IA générative.
- 39% des solutions sont destinées au système de santé et 19 % sont destinées à la R&D contribuant à accélérer la recherche et le développement de nouvelles solutions thérapeutiques.
Malgré cette dynamique, les entreprises de santé numérique font face à des problématiques de financement, d’accès au remboursement, d’interopérabilité hospitalière et d’accès aux données.
Alliances stratégiques : moins nombreuses mais plus ambitieuses
En Europe, 265 accords ont été signés en 2025 (vs. 359 en 2024), pour un montant record de 140 Mds$ (+40 % vs. 2024), avec des paiements initiaux moyens de 138 M€.
La France se classe 4e en Europe en nombre d’accords industriels (304 entre 2021 et 2025), et 6e en valeur moyenne.
Les petites molécules prédominent et sont présentes dans les 2/3 des accords de licence et de collaborations R&D.
En 2025, 52 % des HealthTech françaises envisagent le M&A comme stratégie d’exit.
Le financement demeure la première préoccupation des entrepreneurs
En 2025, 20% des entreprises ont déclaré avoir réalisé une levée de fonds (vs. 37% en 2024) tandis que la moitié des entreprises déclaraient rencontrer des difficultés à se financer. La durée moyenne d’une levée de fonds atteint 10 mois entre les premiers contacts et la signature de l’opération. Par ailleurs, 41 % des entreprises signalent des tensions de trésorerie, confirmant la fragilité financière d’une part importante de l’écosystème.
Cette situation entraîne pour certaines sociétés, un ralentissement des investissements, notamment dans le développement commercial et l’internationalisation, ainsi qu’une mise en pause des recrutements. Dans certains cas, elle conduit également à la suspension ou à l’arrêt de programmes de R&D, ce qui peut affecter la capacité d’innovation à moyen terme dans un environnement international particulièrement concurrentiel.
Dans ce contexte, 75 % des entreprises se disent impactées par la situation actuelle, soit une hausse de 7 points par rapport à 2024. Malgré ces difficultés, 58 % des HealthTech ont bénéficié d’un financement non dilutif au cours des 12 derniers mois, principalement via les régions, Bpifrance ou des dispositifs européens, ce qui constitue un soutien important pour la continuité des projets.
Financement : en France, un recul global, mais une résilience du capital-risque
« En 2025, le financement demeure le principal défi des HealthTech. Si les montants globaux reculent en France et en Europe, le capital-risque fait preuve d’une réelle solidité, représentant les deux tiers des financements européens. Dans un contexte de levées plus longues et de tensions accrues sur la trésorerie, l’accès à des financements adaptés reste un facteur clé de continuité et d’innovation pour l’écosystème. » poursuit Cédric Garcia, associé EY.
En France, les HealthTech ont levé 2,3 milliards d’euros en 2025, en baisse de 10 % par rapport à 2024. Cette dynamique masque toutefois des évolutions contrastées :
- 1,0 Md€ levé en capital-risque, en hausse de 15 %
- 1,3 Md€ levé sur les marchés boursiers, en recul par rapport à 2024
Le niveau général des financements est en baisse de 10%. Toutefois, le capital-risque français fait preuve de résilience et enregistre une hausse des montants levés en 2025 contrairement à l’Europe et aux USA, ce qui corrige au moins partiellement les écarts observés en 2024. Pour un nombre d’opérations également en hausse, le capital-risque progresse en montant de 15 %, passant de 895 M€ en 2024 à 1 028 M€ en 2025, avec 3 très belles levées en 2025 pour des montants supérieurs à 60 M€ : Adcytherix (105 M€), Wandercraft (66 M€) et Nabla (61 M€).
En Europe, un recul modéré des financements
Avec un montant total de levées, privées et sur les marchés financiers, de 13,2 Mds€, l’Europe accuse un recul des financements de -10 %, tout en restant à un niveau supérieur à celui de 2022 et 2023.
Ce recul touche plus particulièrement les refinancements secondaires qui avaient connu 2 opérations à plus d’un milliard d’euros l’an dernier. Les financements privés, soutenus par le Royaume-Uni, se situent légèrement au-dessus de la moyenne des huit dernières années.
Les sept pays européens les plus dynamiques : Royaume-Uni, France, Suisse, Allemagne, Pays-Bas, Suède et Danemark, représentent 86 % du montant total, soit 11,4 Mds€, une concentration comparable à celle de l’an passé.
Le capital-risque demeure, tout comme en 2024, le mode de financement privilégié des investisseurs pour les sociétés européennes. Cette tendance se confirme en 2025, les tours privés représentant les deux tiers des financements avec un total de 8 Mds€. Le Royaume-Uni se distingue une nouvelle fois comme le moteur de cette dynamique VC, concentrant plus d’un tiers du total de ces levées.
Au niveau mondial : ralentissement du financement et essor de l’IA en HealthTech
En 2025, une contraction des activités de financement est observée. Les profils des sociétés se diversifient et l’intelligence artificielle est désormais plus solidement implantée au sein de la HealthTech. Si le capital-risque montre des signes de reprise et que les introductions en Bourse ont réservé de belles surprises sur l’ensemble des marchés, les refinancements secondaires, qui bénéficient aux acteurs déjà cotés, n’atteignent pas les niveaux record de l’année précédente, malgré plusieurs opérations significatives dans le secteur de la santé.
Bpifrance et France 2030 : un fort soutien à l’innovation en santé
En 2025, Bpifrance a dédié 911 M€ à des aides à l’innovation en santé, réparties entre un volet structurel (216 M€) et un volet dirigé (695 M€), principalement via les IPCEI santé
(Important Projects of Common European Interest, PIIEC en français).
« Les projets soutenus dans le cadre des IPCEI et de France 2030 traduisent une volonté forte de : consolider nos capacités industrielles et technologiques en santé, sécuriser nos chaînes de valeur et positionner la France comme un acteur majeur des biothérapies, des technologies numériques en santé et de l’innovation responsable. » précise Paul-François Fournier, directeur exécutif Innovation de Bpifrance.
La première vague Med4Cure vise à renforcer les capacités industrielles et de recherche françaises, avec un focus sur la souveraineté sanitaire et les procédés innovants pour réduire coûts et cycles de production. Près de 600 M€ d’aides ont été octroyés pour soutenir chefs de file et partenaires technologiques, essentiels pour ces projets.
France 2030 a poursuivi sa dynamique dans le secteur des biothérapies (anticorps, ARN) et a permis d’élargir les pathologies ciblées, comme les maladies rares et neurologiques. Les projets utilisant l’IA, toujours très présents, ont favorisé des avancées en diagnostic, robotique médicale, santé mentale et TechBio. Le développement des Dispositifs Médicaux Numériques (DMN) a été amplifié grâce à des Appels à Projets (AAP) sur la santé mentale, le challenge prévention, « Étude d’impact des DMN (Dispositif Médical Numérique) » et les tiers lieux d’expérimentation MedTech. Bpifrance a aussi accéléré l’accès au marché via ses programmes en collaboration avec Resah et les CHU.
Enfin, la transition écologique s’est appuyée sur l’AAP pour des dispositifs médicaux respectueux de l’environnement et la sensibilisation des entreprises au développement durable.
Euronext : Première place de cotation de la HealthTech en Europe
« Euronext confirme sa position de première place de cotation HealthTech en Europe, avec 112 entreprises cotées, dont 64 françaises, représentant une capitalisation boursière de 142 Md€, dont 62 Md€ pour les sociétés françaises à fin 2025 » conclut Guillaume Morelli, Directeur des activités de cotation, France et péninsule ibérique, Euronext.