


Contexte
Une accélération de la hausse des dépenses de défense mondiales est observée, à hauteur de 27 % entre 2014 et 2023. En 2025, les engagements représentent 2 300 milliards d’euros (Md€), contre 1 700 Md€ en 2020. En 2030, une enveloppe de 3 300 Md€ est visée. À cela, plusieurs facteurs explicatifs.
Tout d’abord, les dépenses de défense de l’UE augmentent avec la guerre en Ukraine. Ensuite, le rattrapage des ruptures temporaires de capacités (RTC) dans les domaines de la logistique, de la reconnaissance, de la surveillance et de la défense aérienne – manques jusqu’alors comblés par les États-Unis3 –, est devenu une priorité. Enfin, le réveil stratégique en faveur d’une plus grande indépendance militaire en Europe4 est devenu réalité.
Estimation du besoin d'investissement
Deux scénarios d’investissements sont estimés à date : celui du « statu quo », pour les investissements déjà budgétés par les États, et celui le « l’expansion », portant l’effort de défense par État à 3 % du PIB.
Dans le cadre du « statu quo », 72 Md€ annuels seraient maintenus sur six ans. Les premiers bénéficiaires seraient alors les secteurs de l’activité navale et de l’aérospatial, avec respectivement 25 Md€ et 23 Md€. En complément, 10 % des achats concerneraient des armes, munitions et systèmes de défense aérienne pour reconstituer les stocks. Le poste de dépense le plus important serait alloué au F-35 de l’américain Lockheed Martin, en collaboration avec le conglomérat industriel allemand Rheinmetall, et près de la moitié des achats d’équipements proviendrait d’Allemagne, de Pologne et du Royaume-Uni.
Dans le cadre de l’expansion à hauteur de 3 % du PIB, scénario fixé par l’OTAN, ce serait un accroissement budgétaire de 65 Md€ par an. La part des dépenses consacrées aux systèmes de défense aérienne et aux munitions augmenterait respectivement de 9 % à 34 % et de 1 % à 8 %. La demande non-européenne augmenterait pour sa part de 5 points.
Si toutefois les objectifs de l’OTAN étaient relevés à 5 %, un investissement de 140 Md€ supplémentaires serait prévu et les recettes des entreprises européennes de défense doubleraient.
Des retombées économiques régionales
Une croissance soutenue
En Europe, les dépenses de défense sont un investissement productif avec une création d’actifs industriels durables et une valeur ajoutée localisée. Pour un euro investi, une production de 1,94 € est générée. Au cours des cinq dernières années, les industriels de défense ont enregistré une croissance de chiffre d’affaires de 7 %, parallèlement à des bénéfices en augmentation de 10 %. Ces taux de développement sont supérieurs et plus rapides que ceux constatés aux États-Unis.
Ainsi, les entreprises du secteur défense et de la métallerie affichent respectivement une création de valeur directe (VAB) de 15 Md€ et 13 Md€. Dans ce cadre, la VAB de la partie réservée aux chaînes d’approvisionnement est deux fois plus élevée, notamment pour l’industrie manufacturière, la construction, les matières premières, la transformation de métaux ainsi que le commerce et les services professionnels, scientifiques et techniques. Les secteurs duaux (ceux produisant des biens tant militaires que civil) capitalisent sur les transferts de technologies et les investissements privés en R&D pour générer des retombées indirectes. À la clé : un impact sur les chiffres d’affaires à hauteur de 73 % pour Airbus, 82 % pour Safran et 46 % pour Thalès.
Dès lors, stables et saines financièrement5, les entreprises de défense attirent les investisseurs privés. Depuis le début de la guerre en Ukraine, le cours du STOXX Aerospace & Defence6 a réalisé une performance supérieure de 88 % à celle du marché global.
Des effets positifs sur l’emploi
Dans le cadre du « statu quo », les investissements annuels sanctuariseraient quelque 190 000 emplois directs et 340 000 emplois indirects. En cas d’expansion à 3 % du PIB, ce seraient 210 000 emplois directs et 310 000 emplois indirects qui seraient conservés.
À l’échelle mondiale, l’effet sur l’emploi est encore plus marqué : plus de 1,6 million d’emplois, dont près d’un million sur la seule chaîne d’approvisionnement, sont concernés. Si le curseur était poussé à 5 % du PIB, ce seraient 660 000 autres postes créés dans les pays européens.
Enjeux et enseignements pour la France
L’étude EY x DEKA illustre un double enjeu pour la France.
Une réindustrialisation stratégique dans un contexte de tensions et de pénuries
Pour faire face au doublement des carnets de commandes à horizon 2030 et aux cadences de livraison des armements prévus par la loi de programmation militaire 2024-2030 (LPM), les acteurs de la BITD (base industrielle et technologique de défense) doivent renforcer leurs capacités de production. Produire sur le territoire national est une priorité pour renforcer l’autonomie stratégique. Depuis 2022,
douze projets de relocalisation industrielle ont été lancés dans des domaines sensibles (poudre explosive, composants électroniques, optiques de précision, MCO naval…).
Avec un objectif : reconstruire des chaînes de production capables de répondre aux besoins en période de crise ou de guerre. Les perspectives de développement (emplois, innovations…) nécessitent une stratégie d’investissement ambitieuse et pérenne associant BITD et tissu de PME.
Un financement de la croissance
Les besoins de défense croissants et la nécessité de réduire la dette capacitaire génèrent des difficultés de financement de nombreux projets. Malgré l’augmentation des budgets, les entreprises doivent faire face à un besoin de capitaux externes en forte augmentation concernant le financement intermédiaire. À ce titre, la capacité à mobiliser des investisseurs privés ou banques commerciales (Private Equity, VC…) est un levier puissant de soutien de la dynamique de croissance et de l’effort de guerre souhaité par le président de la République, Emmanuel Macron. La stabilité financière des entreprises de défense est un avantage structurel, tous les grands groupes affichant un ratio dette nette / résultat d’exploitation inférieur à la moyenne du marché.