Rédigé par les équipes d’EY-Parthenon, le rapport annuel Geostrategic Outlook dresse la liste des principaux risques politiques à l’échelle mondiale en 2026 et propose des recommandations pour permettre aux CEO d’orienter leur stratégie, malgré les incertitudes.
Ce rapport s’articule autour de trois grands thèmes : nouvelles règles et normes, géopolitique de la rareté et enfin les sphères d’influence régionales, en mettant en lumière dix évolutions majeures.
Nouvelles règles : technologie souveraine et cybersécurité
En raison de la montée des tensions géopolitiques dans le domaine des technologies critiques, nous entrons dans une nouvelle ère, l’ère de « l’IA souveraine ». Dans ce nouvel environnement, les États imposent progressivement des règles strictes sur la localisation des données, le contrôle du cloud et la régulation des modèles ; les cyberattaques ciblent désormais les infrastructures critiques et les actifs liés à l’IA, transformant la cybersécurité en levier stratégique. Dans ce contexte, les entreprises doivent renforcer la sécurité des données, diversifier leurs fournisseurs cloud et aligner leurs stratégies de conformité avec les exigences nationales.
Géopolitique de la rareté : eau et minéraux critiques
La pénurie d’eau devient un facteur déterminant de compétitivité industrielle et de stabilité sociale. Actuellement, près de 4 milliards de personnes subissent déjà un stress hydrique, aggravé par la transition énergétique et l’expansion du numérique, très consommatrices d’eau. Les entreprises doivent intégrer ce risque dans leurs décisions, innover pour réduire la consommation d’eau et collaborer pour mettre au point une gouvernance durable.
Parallèlement, la « ruée vers les minéraux critiques » (lithium, terres rares…) redéfinit la carte des alliances ainsi que les chaînes d’approvisionnement au niveau mondial. C’est la raison pour laquelle, pour se protéger, les États nationalisent, imposent des contrôles à l’export et créent des réserves stratégiques. Au regard de ces éléments, pour rester compétitives, les organisations doivent sécuriser leurs chaînes de valeur, tirer parti des politiques industrielles mises en place au niveau local ou régional, et développer des matériaux alternatifs.
Réalignement du capital
Avec une dette mondiale dépassant 235 % du PIB et la remise en cause de la domination du dollar en tant que monnaie de réserve et d’échange, le capital devient un instrument géopolitique. L’émergence de systèmes parallèles (BRICS, monnaies numériques des Banques centrales [CBDC régionales]) provoque une fragmentation de la finance mondiale. Dans ce contexte, les entreprises doivent diversifier leurs sources de financement, anticiper les régulations et adapter leurs politiques de trésorerie et de change.
Recomposition régionale
En parallèle, la mondialisation se reconfigure en quatre blocs régionaux (Amérique du Nord, Europe, Asie-Pacifique, Moyen-Orient). Chaque bloc développe désormais ses propres normes et stratégies industrielles, marquant le passage d’une interdépendance globale à une compétition inter-blocs. Cette redéfinition des relations internationales et des rapports de force qu’elles sous-tendent imposent aux entreprises de repenser leurs implantations sur la carte du monde, d’adapter leurs cadres de conformité et de renforcer les partenariats locaux et régionaux.
L’Europe au tournant stratégique
En 2026, l’Europe sera à un tournant stratégique, confrontée à des tensions sécuritaires liées à la guerre en Ukraine et à l’incertitude du soutien américain, tout en cherchant à renforcer sa compétitivité face aux pressions commerciales des États-Unis et de la Chine. L’UE misera sur une hausse des dépenses de défense, des politiques industrielles « Buy European » et des initiatives pour l’autonomie technologique et énergétique.
Les divisions internes et les élections clés, notamment en Hongrie, pourraient freiner la cohésion européenne et compliquer la mise en œuvre d’une stratégie unifiée. Parallèlement, la politique commerciale et les accords de libre-échange resteront des leviers essentiels pour diversifier les partenariats et réduire les vulnérabilités.
Les entreprises en Europe devront anticiper des risques accrus liés à l’instabilité politique et géopolitique (notamment venus des Etats-Unis, la Russie et la Chine), tout en identifiant des opportunités dans les secteurs stratégiques (défense, technologies, énergie) et en tirant parti des incitations pour l’investissement et l’innovation.
Une géostratégie en 2026
Au regard de l’ensemble de ces éléments, de ces risques et menaces, de l’intensification des rivalités technologiques, des tensions autour des ressources et de la recomposition des flux économiques, les CEO n’ont pas d’autres choix que d’adopter une approche proactive. Avec quelle méthode ? Plusieurs recommandations peuvent être formulées :
- Sécuriser les actifs critiques et anticiper les risques réglementaires ;
- Intégrer la rareté des ressources dans les décisions stratégiques ;
- Adapter les modèles financiers et opérationnels à un monde multipolaire ;
- Renforcer l’intelligence régionale pour naviguer dans des environnements fragmentés.
De cette capacité à conjuguer innovation, résilience et agilité géopolitique dépendra la résilience de leurs modèles d’affaires.