1. Une augmentation historique des budgets de défense en Europe et à travers le monde
La guerre en Ukraine, l’intensification des tensions au Moyen-Orient et la montée des rivalités stratégiques ont profondément modifié les priorités budgétaires des États. Les dépenses militaires mondiales ont atteint 2 718 Md$ en 2024, soit une hausse annuelle de près de 10 %, la plus importante depuis trente ans. L’Union européenne suit cette tendance : les États membres ont consacré 343 Md€ à la défense en 2024, soit +19 % en un an et +37 % depuis 2021.
L’OTAN a par ailleurs annoncé que 22 pays ont désormais franchi le seuil des 2 % du PIB consacrés à la défense, et impose un nouvel objectif ambitieux : 5 % du PIB d’ici 2035 pour la sécurité et la défense au sens large. Cette accélération budgétaire crée un besoin massif de capacités industrielles supplémentaires, de technologies et de chaînes d’approvisionnement robustes.
2. Une dynamique contrastée : dépendance persistante aux fournisseurs hors UE
Entre 2021 et 2023, les acquisitions d’armement européennes ont doublé, passant de 52 Md€ à près de 100 Md€. Cependant, près de 80 % de ces commandes ont été passées auprès d’acteurs non européens, révélant une dépendance stratégique vis‑à‑vis de partenaires extérieurs.
Cette situation résulte de plusieurs facteurs :
- la nécessité de reconstituer rapidement des capacités opérationnelles dans un contexte d’urgence ;
- l’existence de champions extra‑européens maîtrisant des capacités critiques que l’Europe peine à produire ;
- la fragmentation historique des besoins, des programmes et des normes au sein des États européens.
Ce constat souligne l’importance d’une meilleure coordination des achats, d’une planification commune et d’une consolidation de la demande publique en faveur de la BITD européenne.
3. Une multiplication des dispositifs européens, mais des résultats encore limités