L’enseignement le plus net de l’édition 2026 n’est pas macroéconomique ; il est technologique. Les CEO français restent relativement alignés avec leurs pairs internationaux sur l’économie mondiale (64 % contre 68 %), mais se montrent plus prudents sur la conjoncture nationale (78 % contre 91 %). Cette réserve ne se traduit toutefois pas par un retrait stratégique. Dès qu’il est question d’entreprise, d’investissement et surtout d’intelligence artificielle, la posture française devient nettement plus offensive.
L’IA s’impose comme la priorité stratégique la plus nette
L’écart le plus marqué avec le reste du monde porte sur les priorités d’investissement. En France, 66 % des dirigeants placent l’IA et le numérique au premier rang de leurs priorités pour 2026, contre 44 % à l’international. Dans un environnement jugé plus incertain, les CEO français ne ralentissent donc pas partout : ils arbitrent plus strictement, mais sanctuarisent clairement l’IA. Le message est important, car il marque le passage d’une logique d’expérimentation à une logique d’allocation stratégique.
Une ambition plus transformatrice que celle observée à l’international
L’écart n’est pas seulement quantitatif ; il est aussi qualitatif. En France, 52 % des dirigeants estiment que l’IA va fondamentalement remodeler la manière dont leur entreprise crée de la valeur ou opère, contre 32 % dans le reste du monde. À l’inverse, 40 % des CEO français considèrent que l’IA produira surtout des améliorations majeures sans transformation totale, contre 58 % à l’international. Autrement dit, là où le global voit encore principalement un levier d’amélioration, la France projette plus volontiers un changement de modèle.
Une conviction alimentée par des premiers résultats tangibles
Cette ambition ne repose pas sur une promesse abstraite. Sur les initiatives déjà déployées, 82 % des dirigeants français déclarent que l’IA a déjà délivré une valeur supérieure à leurs attentes en matière de croissance du revenu ou d’efficacité opérationnelle, contre 78 % à l’international. Si l’on inclut les dirigeants qui jugent les résultats conformes aux attentes initiales, ces proportions montent à 92 % en France et 97 % au global. Le sujet n’est donc plus de savoir si l’IA produit des effets, mais quelle place elle doit prendre dans la transformation de l’entreprise.
Une vision française de l’IA plus opérationnelle que démonstrative
Le détail des technologies jugées les plus décisives éclaire la nature de cette ambition. Les dirigeants français citent d’abord le machine learning (45 %, au même niveau que l’international), puis les agents autonomes (44 % contre 37 %) et le NLP (42 % contre 27 %). À l’inverse, la GenAI est moins souvent mise en avant en France : 32 % contre 54 % à l’international. Cette hiérarchie suggère une lecture plus opérationnelle que démonstrative de l’IA : priorité à l’automatisation, à la productivité et à la transformation des opérations, davantage qu’aux cas d’usage les plus visibles en surface.
Une ambition encadrée par une exigence de gouvernance
C’est sur la gouvernance que le positionnement français apparaît le plus structuré. La cybersécurité est citée comme premier risque à la priorisation des initiatives IA par 52 % des dirigeants français, contre 32 % à l’international. Parallèlement, 91 % des CEO français estiment que la gouvernance de l’IA doit être portée au niveau du conseil d’administration, contre 83 % dans le reste du monde, et 92 % se déclarent prêts à privilégier une IA responsable, même si cela implique un déploiement plus prudent ou un retour sur investissement plus long, contre 79 % à l’international. La singularité française ne tient donc pas à une foi plus simple dans la technologie, mais à une conviction plus exigeante : l’IA doit créer de la valeur, être sécurisée et être gouvernée au plus haut niveau.