Les initiatives de « santé augmentée » se multiplient en France, comme à l’international, initiées par les acteurs publics ou par des industriels qui proposent des innovations technologiques. A l’échelle nationale, ces initiatives reposent principalement sur une meilleure exploitation des données – sanitaires, sociales et environnementales – pour adapter les services aux besoins des populations, ainsi que sur des démarches « d’aller vers » visant à réintégrer les populations les plus vulnérables dans le parcours de soin. Elles sont complétées par un large éventail de solutions digitales, proposées par des acteurs privés, dans les domaines du bien-être et de la qualité de vie au travail qui contribuent également à une « santé augmentée ».
Pour autant, ces initiatives restent aujourd’hui de portée limitée, notamment par rapport aux « meilleures pratiques » observées à l’international. A titre d’exemple, Singapour met aujourd’hui en œuvre des jumeaux virtuels qui permettent de simuler l’impact de la météo, de la pollution et des risques sanitaires sur les citoyens en fonction de leurs déterminants (de santé, socio-économiques, de lieu de résidence, etc.).
L’étude conduite en partenariat avec Numeum, avec la participation de nombreux acteurs de l’écosystème, met en évidence 3 freins majeurs à la généralisation des démarches de « santé augmentée » en France :
- Le silotage des données et le manque d’interopérabilité – aussi bien au sein du système de santé que dans la consolidation de données sociales, économiques et environnementales – qui limitent la capacité d’analyse et de personnalisation des approches
- L’absence d’indicateurs populationnels permettant d’évaluer l’état de santé réel des populations et leur exposition à des risques identifiés, ou de mesurer l’impact concret des initiatives déployées
- Le modèle économique de notre système de santé qui repose presque exclusivement sur un financement à l’activité « curative » et ne valorise pas les démarches d’éducation sanitaire, de prévention ou d’accompagnement des populations dans leur qualité de vie