La détérioration rapide du contexte géopolitique (Ukraine, Moyen-Orient, tensions maritimes, Arctique) entraîne une hausse historique des dépenses militaires mondiales, atteignant 2 718 Md$ en 2024, soit une progression de près de 10 % en un an, selon le SIPRI.
En parallèle :
- 22 pays de l’OTAN atteignent en 2025 le seuil de 2 % du PIB en matière de dépenses de sécurité et de défense, avant une montée à 5 % en 2035
- L’UE augmente ses dépenses de défense à 343 Md€ en 2024 (+19 % en un an), avec un niveau prévu de 381 Md€ en 2025.
- Malgré cette hausse, l’Europe demeure structurellement dépendante de fournisseurs non européens, ce qui menace son autonomie stratégique.
Une Europe qui augmente ses budgets… mais reste dépendante de fournisseurs extra-européens
Si les dépenses de défense de l’Union Européenne ont augmenté de 20 % entre 2023 et 2024, près de 80 % des commandes d’armement passées depuis le début de la guerre en Ukraine ont été réalisées hors UE, principalement aux Etats-Unis, Royaume-Uni, Corée du Sud et Israël.
« Cette dépendance fragilise la souveraineté européenne et limite la montée en puissance de son industrie de défense, alors même que la demande mondiale atteint des niveaux historiques. La souveraineté européenne passe par une Base Industrielle et Technologique de Défense plus intégrée et plus financée », souligne Laure Sansonetti, associée EY, Industrie & financements publics et privés.
La Base Industrielle et Technologique de Défense (BITD) européenne est en croissance, avec un chiffre d’affaires de 183,4 Md€ en 2024, porté par les secteurs naval, aérien et terrestre. Néanmoins, la fragmentation de l’offre industrielle – coexistence de programmes nationaux, standards hétérogènes et calendriers non coordonnés – limite les économies d’échelle, ralentit la montée en cadence et complique la planification capacitaire à l’échelle du continent.
La France : un pilier industriel solide mais sous tensions sur les compétences et le financement
Avec 9 grands acteurs nationaux du secteur (Airbus, Safran, Thales, Dassault, Naval Group, MBDA, ArianeGroup, Arquus, KNDS), 4 500 PME/ETI et 220 000 emplois, la France dispose d’une des BITD les plus complètes au monde.
Mais plusieurs tensions persistent :
- Problématique de recrutement (10 000 postes vacants),
- Exposition accrue aux menaces économiques et cyber,
- Difficultés d’accès au financement, en particulier pour les PME stratégiques,
- Dépendance aux matières premières critiques.
Malgré ces défis, la France se distingue par une dynamique positive : croissance des exportations, accélération de la montée en cadence industrielle et renforcement des outils financiers publics et européens.
5 priorités pour rétablir la puissance de défense européenne
Des convictions pour assurer l’autonomie stratégique de l’Europe :
- Instaurer une préférence européenne dans les achats de défense
Réorienter les commandes publiques pour sécuriser les volumes et renforcer les industriels européens.
- Stabiliser la trajectoire industrielle
Donner une visibilité pluriannuelle aux industriels pour investir, recruter et se transformer.
- Mobiliser rapidement des capitaux publics et privés
Accélérer les investissements dans les capacités productives et la modernisation des infrastructures.
- Créer des instruments financiers dédiés à la BITD
Développer des fonds spécialisés, garanties et mécanismes adaptés aux PME/ETI critiques.
- Renforcer les coopérations industrielles et capacitaires en Europe
Mutualiser les programmes, harmoniser les standards et consolider les chaînes d’approvisionnement.
« Il est indéniable que l’Europe est à un moment décisif. Pour répondre aux défis géopolitiques actuels, elle doit transformer la hausse de ses budgets en une véritable stratégie industrielle commune. » conclut Dorothée Belle, associée EY, Défense.