Robustesse en action : arbitrer, financer, transformer
Animée par Axelle Ricour Dumas, Associée EY Studio+ et Leader de l’EY ImpACT Lab, la table ronde « Robustesse en action : arbitrer, financer, transformer » réunit Jean‑Marc Lemière, Chief Value Officer du groupe Decathlon, Fanny Picard, Présidente et fondatrice d’Alter Equity, et Vincent Barale, Directeur Supply Chain & Logistique de Louis Vuitton Malletier.
Mesurer pour mieux arbitrer
« Nous avons structuré notre pilotage de la performance autour du “triple P” : Profit, Planet, People. On essaie d’avoir un équilibre entre ces trois éléments. Cela ne veut pas dire qu’il existe une formule magique, mais bien trois critères de performance que nous cherchons à articuler de la manière la plus juste possible », explique Jean‑Marc Lemière.
Dans cette approche, la mesure joue un rôle clé - non pas pour retarder l’action, mais pour orienter la décision. « La mesure précède l’action : le champ est tellement vaste qu’on peut vite se disperser et produire peu d’impact », souligne‑t‑il. La mesure des impacts carbone s’est ainsi révélée déterminante pour prioriser et arbitrer : « Elle nous a permis d’identifier des lois de Pareto et de décider sur quels types de sujets nous mettre en mouvement ». Une exigence qui suppose également d’impliquer très tôt les fonctions finance : « Si l’on ne prend pas en compte dès le départ les dimensions économiques, on mène les équipes dans des directions qui ne seront pas viables ».
Investir dans les usages durables
Pour Fanny Picard, l’investissement à impact commence par un choix exigeant : investir dans des entreprises « dont l’activité est utile aux personnes ou à l’environnement », en vérifiant que « l’impact de l’entreprise, par son activité, est réel et positif », et en cherchant « d’éviter autant que possible les externalités négatives » ; un travail qu’elle qualifie de « rigoureux, important ».
Mais l’enjeu ne s’arrête pas à l’intention : « on va exiger de cette entreprise un plan d’action qui lui permette de progresser de façon continue vers plus de RSE, dans ses comportements comme dans ses pratiques de gestion », plan que l’équipe « fabrique avec elle », avant même de se poser la question de la rentabilité « selon les critères classiques des fonds d’investissement ».
Fanny Picard insiste surtout sur le temps nécessaire au changement des usages : « il faut accepter une temporalité plus longue » pour que les comportements évoluent réellement. Elle cite Murfy, qui a su faire évoluer notre rapport à la panne en proposant de réparer plutôt que racheter, et souligne : « une fois que ce changement est acquis, il est durable ».
Produire juste pour renforcer la chaîne de valeur
Pour rendre sa supply chain résistante aux chocs, Vincent Barale met en avant une organisation intégrée, conçue pour produire au plus juste. « Il faut créer une chaîne où l’ensemble des responsabilités est maîtrisé », explique‑t‑il. Chez Louis Vuitton Malletier, cette approche couvre l’ensemble du processus : la prévision des ventes, l’expression du besoin, la planification des ateliers et la distribution jusqu’aux magasins, partout dans le monde.
Cette organisation permet avant tout d’aligner les décisions sur les besoins réels et d’éviter les excès. « Nous avons construit un modèle dans lequel tout est piloté au sein d’une même équipe, avec une vision quasiment en temps réel », précise‑t‑il.
Un fonctionnement pensé pour produire juste ce qui est nécessaire, quand c’est nécessaire, et renforcer ainsi la robustesse de la chaîne de valeur face aux aléas.