Au niveau mondial, les administrateurs non exécutifs âgés de 70 ans et plus creusent l'écart salarial avec leurs homologues plus jeunes au sein des services financiers. Le phénomène est particulièrement marqué en Europe et en Asie-Pacifique, selon le dernier EY Global Financial Services Boardroom Monitor.
Un écart qui se creuse partout dans le monde
Entre 2020 et 2024, l'écart de rémunération entre les administrateurs non exécutifs de 70 ans et plus et ceux de moins de 70 ans est passé de 14 % à 18 %.
A noter que même en excluant les présidents de conseil et de comités (des postes naturellement mieux rémunérés), l'écart reste important : les administrateurs non exécutifs de moins de 70 ans gagnent en moyenne 276 634 $ par an, contre 326 411 $ pour leurs aînés, soit 15 % de moins.
L'ampleur de l'écart varie fortement selon les régions :
- En Europe : l'écart est passé de 22 % à 24 % entre 2020 et 2024.
- En Asie-Pacifique : l'écart a bondi de 36 % à 43 %.
- En Amérique du Nord : l'écart est passé de 3 % à 8 %, mais reste le plus faible.
L'Amérique du Nord se distingue par une stratégie différente : elle investit massivement dans les jeunes talents. Depuis 2020, les entreprises financières nord-américaines ont augmenté de 27 % le nombre d'administrateurs non exécutifs de moins de 50 ans. À l'inverse, les entreprises européennes ont réduit cette population de 26 % sur la même période.
Les seniors captent l'essentiel des hausses
Si tous les groupes d'âge ont vu leur rémunération augmenter, les administrateurs non exécutifs de plus de 70 ans, et notamment les hommes, ont bénéficié des plus fortes hausses : +14 % depuis 2020, passant de 304 833 $ à 347 423 $ en 2024.
Pour les autres groupes d'âge, la progression est bien plus modeste :
- 60-69 ans : seulement +4 % (de 290 820 $ à 303 565 $). L'écart avec les plus de 70 ans est passé de 5 % à 13 %.
- Moins de 50 ans : en 2024, ils gagnaient en moyenne 200 000 $, soit 42 % de moins que leurs collègues de plus de 70 ans.
- 40-49 ans en Europe : baisse de plus de 4% de la rémunération, passant de 152 261 $ (2019) à 145 210 $ (2024).
- 40-49 ans en Amérique du Nord : hausse de plus de 3%, passant de 258 077 $ (2019) à 265 998 $ (2024).
Certes, l'ancienneté joue un rôle dans la rémunération mais l'âge semble être un facteur encore plus important. Les administrateurs de 70 ans et plus gagnent systématiquement beaucoup plus que leurs pairs plus jeunes ayant une expérience similaire.
Omar Ali, EY Global Financial Services Leader, déclare :
« Bien qu'une valeur de marché élevée pour de nombreux administrateurs plus âgés soit attendue, les comités de rémunération devraient s'assurer qu'ils valorisent la profondeur de l'expérience autant que sa durée. C'est particulièrement important dans les services financiers, où la transformation numérique est inévitable et les compétences technologiques essentielles. Or, les administrateurs de moins de 70 ans présentent plus souvent ces compétences. »
Des structures de rémunération toujours différentes
La rémunération des conseils d'administration en actions reste beaucoup plus répandue en Amérique du Nord. En 2024, les administrateurs non exécutifs des services financiers présents en Amérique du Nord ont reçu 49 % de leur rémunération totale en actions. Une hausse d'un point de pourcentage par rapport à 2023.
En revanche, la rémunération en actions ne représentait que 4 % de la rémunération totale des administrateurs non exécutifs en Asie-Pacifique et en Europe. Ce niveau reste stable en Asie-Pacifique, tandis que l'Europe enregistre une légère hausse de 3 %.
L'Europe à la traîne sur l'égalité femmes-hommes
L'écart de rémunération selon l'âge s'accompagne d'inégalités de genre croissantes : 2% de plus par an à l'échelle mondiale, soit 9 % de plus depuis 2020.
L'Europe affiche le plus grand écart entre hommes et femmes, qui continue de se creuser entre 2023 et 2024 : les administratrices non exécutives ont gagné 62 % de ce que gagnaient les hommes en 2024, contre 65 % en 2023.
Dans les autres régions, l'écart est resté stable :
- Asie-Pacifique : les femmes gagnent 74 % de ce que gagnent les hommes.
- Amérique du Nord : les femmes gagnent 94 % de ce que gagnent les hommes.
Globalement, les administratrices des entreprises de services financiers ont été payées 22 % de moins que leurs homologues masculins en 2024 : 252 672 $ contre 325 402 $. L'écart est resté presque inchangé au cours des cinq dernières années, s'élargissant d'un point de pourcentage, passant de 21 % en 2020 à 22% entre 2021 et 2024.
Cela révèle une double peine pour les femmes seniors. En effet, chez les administrateurs non exécutifs de 70 ans et plus, les écarts de genre sont encore plus marqués dans toutes les régions sauf en Amérique du Nord :
- Europe : les hommes gagnent 40 % de plus que les femmes.
- Asie-Pacifique : les hommes gagnent 48 % de plus que les femmes.
- Amérique du Nord : écart de seulement 1 %.
Omar Ali commente : « L'élargissement de l'écart de rémunération entre les genres dans les plus grandes entreprises financières d'Europe est un rappel frappant : une plus grande représentation ne se traduit pas directement par la parité salariale. Bien que la diversité des genres au niveau des conseils d'administration augmente, c'est à un rythme lent qui diminue avec l'âge. Les entreprises doivent examiner si les cadres de rémunération traditionnels ne contrecarrent pas les progrès et ne renforcent pas involontairement les déséquilibres. »
« L'Amérique du Nord, avec un écart de seulement six points de pourcentage, offre une voie que les conseils en Europe et en Asie-Pacifique devraient suivre. Lier l'équité dans les opportunités de leadership à l'équité dans la rémunération aidera les conseils à attirer les meilleurs talents mondiaux et à générer un avantage concurrentiel pour l'avenir. »