Capital‑risque : une stabilité en trompe‑l’œil, stimulée par l’IA et les opérations de grande envergure
Avec 29,4 Mds€ levés en 2025, le capital‑risque recule de 11 % par rapport à la performance exceptionnelle de 2024. Ce repli, loin d’être synonyme de fragilité, s’accompagne d’une hausse du nombre d’opérations et d’une très forte diversification des profils d’entreprises financées.
Aux États‑Unis, les financements biotech connaissent un décrochage de 20 %, tandis que les opérations de très grande taille continuent de rythmer le marché. Parmi elles :
- Kailera Therapeutics, qui lève 600 M$ pour développer des traitements contre l’obésité.
- MapLight Therapeutics, avec une série late stage de 373 M$, suivie d’une IPO de 296 M$ quelques mois plus tard.
- Pathos IA, qui mobilise 365 M$ grâce à ses avancées en recherche oncologique basée sur l’IA.
Ces exemples illustrent un glissement : les projets les plus massifs ne se concentrent plus uniquement sur des plateformes biotech traditionnelles, mais sur des approches hybrides mêlant algorithmique, biologie computationnelle et médecine de précision.
En Europe, la tendance est similaire quoique plus modérée avec une baisse de 10% des levées biotech, mais un nombre croissant d’opérations supérieures à 100 M€, et deux levées dépassant les 300 M€.
Parmi les opérations marquantes :
- Verdiva Bio (UK) : 398 M€ dans la lutte contre l’obésité et les maladies cardiovasculaires.
- Neko Health (Suède) : 250 M€ dans l’imagerie et le diagnostic avancé.
- CMR Surgical (UK) : 185 M€ dans la robotique chirurgicale.
- Impulse Dynamics (Irlande) : 136 M€ dans les technologies cardiologiques.
Ces investissements reflètent la montée en puissance de consortiums internationaux et de structures de capital-risque spécialisées, qui voient dans la Healthtech européenne un terrain fertile d’innovations stratégiques.
La santé numérique : l’accélération spectaculaire tirée par l’IA
S’il existe un segment qui échappe largement au ralentissement de 2025, c’est bien la santé numérique. Les levées atteignent 1 Mds€, en hausse de 70 %. La dynamique est portée par deux moteurs :
Les modèles basés exclusivement sur l’IA
L’exemple le plus emblématique est celui d’Isomorphic Labs, société anglo‑saxonne dont les algorithmes conçoivent des molécules thérapeutiques de manière entièrement numérique. Sa levée de 555 M€ constitue un moment charnière dans l’histoire récente de l’e‑santé européenne.
L’industrialisation des solutions opérationnelles en établissement de soins
La société française Nabla, forte de sa série C de 61 M€, déploie son assistant médical dans des hôpitaux et cliniques. L’entreprise incarne une nouvelle génération d’acteurs : ceux qui convertissent l’IA en gains opérationnels immédiats pour les équipes médicales.
Cette attractivité s’explique également par le fait que la santé numérique reste un domaine récent. En effet, un nombre important de levées sont encore des premiers tours, ce qui laisse présager une consolidation à venir et une maturation rapide du marché.
IPO : un réveil inégal mais structurant des marchés publics
Après trois années marquées par un repli significatif, les marchés publics connaissent en 2025 une réactivation visible mais contrastée.
États-Unis : un retour en force
Les montants levés en IPO y ont plus que doublé, atteignant 10,4 Mds€. Cette augmentation significative s’explique par une hausse du montant moyen levé en raison d’une plus grande sélectivité, le nombre d’IPO étant en baisse significative (28 en 2025 contre 36 en 2024). Les sociétés intégrant l’IA dominent clairement cette relance :
- Caris Life Sciences, biotech texane, réalise une IPO historique de 520 M$, soutenue par son positionnement en oncologie algorithmique.
- HeartFlow, spécialisée en diagnostic cardiaque par IA, lève 313 M$.
- Metsera, biotech suisse rachetée ensuite par Pfizer, lève 304 M$.
Europe : un rebond tiré par quelques champions
L’Europe reste en retrait, avec seulement 7 IPO et 0,9 Mds€ levés, mais l’année est dominée par l'entrée en Bourse d’Ottobock, fleuron allemand de l’orthopédie, qui lève 808 M€. Une performance d’une ampleur rare sur le Vieux Continent.
Refinancements : une chute spectaculaire, sauf pour les acteurs les plus avancés
Les refinancements secondaires constituent le segment le plus touché par le ralentissement. À l’échelle mondiale, les montants chutent de 29 %, pour atteindre 27,5 Mds€
Un mouvement paradoxal : moins d'opérations massives, mais un nombre total en hausse
En Europe comme aux États‑Unis, le nombre d’opérations progresse, mais les montants sont plus faibles. Les tickets moyens sont en net recul, signe que les investisseurs redoublent de prudence.
Pourtant, plusieurs opérations spectaculaires rappellent que les marchés publics restent un levier puissant pour les sociétés les plus avancées cliniquement :
- Insmed (USA) : 720 M€ levés après une approbation de la FDA.
- Abivax (France) : 636 M€ levés après des résultats de phase 3.
- Inventiva (France) : 265 M€ levés sur deux marchés.
- DBV Technologies (France) : 116 M€ via placement privé.
Dans les pays nordiques, les refinancements montrent également des signes de résilience, notamment en Suède et en Suisse.
Europe : recul modéré mais leadership stable du trio Royaume‑Uni – France – Suisse
Avec 13,2 Mds€ levés, l’Europe accuse une baisse de 10%, mais dépasse toujours les niveaux de 2022 et 2023. Le panorama reste dominé par le trio Royaume-Uni, France et Suisse, tandis que le Danemark fait son entrée parmi les sept marchés les plus dynamiques, remplaçant la Belgique cette année. Ces sept pays réunissent 86% des financements en Europe.
La tendance est claire :
- Le Royaume‑Uni demeure le moteur incontesté, avec 2,8 Mds€ levés.
- La France conserve la deuxième place, portée par ses refinancements massifs.
- La Suisse reste un acteur puissant, notamment en capital‑risque.
Ce podium se maintient tant sur les performances annuelles que sur les analyses cumulées 2023–2025.