La biodiversité s’impose désormais comme un sujet central, renforcé par l’entrée en vigueur de la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), qui accroît les exigences de transparence et de responsabilité environnementale des entreprises. Mais au-delà de cette reconnaissance réglementaire, où en est réellement la maturité des démarches et leur déploiement opérationnel ?
Pour répondre à cette question, EY a analysé une centaine de rapports de durabilité publiés en 2025, couvrant un large éventail de secteurs – hors institutions financières – en France et en Europe. Cette analyse repose sur une cinquantaine de critères qualitatifs et quantitatifs, alignés avec les exigences de la CSRD et les pratiques de marché, afin d’évaluer le niveau de maturité des entreprises et d’identifier les principaux axes de progrès.
Biodiversité, de la prise de conscience à l’action
70 % des entreprises étudiées en 2025 considèrent la biodiversité comme un enjeu matériel, avec une reconnaissance particulièrement forte dans certains secteurs (agroalimentaire, luxe, construction, énergie). Pourtant, cette prise de conscience reste encore partiellement traduite en actions.
Parmi les entreprises pour lesquelles la biodiversité est considérée comme matérielle, si 87 % des entreprises communiquent sur une politique biodiversité, seules 14 % publient un plan de transition (+6 points vs 2024), illustrant une intégration encore limitée dans les stratégies d’entreprise. Par ailleurs, les engagements restent majoritairement associés à des objectifs de moyens (63 %), encore peu alignés avec des cadres scientifiques : seuls 4 % des entreprises font référence aux SBTN (Science Based Targets for nature).
Impacts, une convergence en cours mais encore hétérogène
L’analyse des impacts se structure progressivement autour de référentiels établis (TNFD, SBTN Materiality Screening Tool , ENCORE), traduisant un net gain en maturité. Les entreprises combinent de plus en plus approches qualitatives et données quantitatives, avec des méthodes toutefois encore disparates.
Les principaux impacts identifiés concernent l’artificialisation des sols et la déforestation. Les impacts sur les espèces sont également de mieux en mieux pris en compte, illustrant une compréhension plus fine des dynamiques écologiques et des pressions exercées.
Par ailleurs, les analyses de risques biodiversité connaissent une progression rapide : leur déploiement est passé à 82 % en 2025.
Si l’identification des interactions avec les zones sensibles est désormais largement répandue (83 %), les analyses restent insuffisamment approfondies, avec moins d’une entreprise sur deux évaluant les impacts de ses sites sur ces zones sensibles.
Les indicateurs publiés par les entreprises en 2025 permettent une lecture plus fine des impacts sur la biodiversité, , avec une hausse des entreprises publiant des indicateurs sur l’occupation des sols (+18 % par rapport à l’an dernier) et l’état de la nature (+17 %).
Conclusion
L’analyse des rapports de durabilité met en évidence une reconnaissance désormais bien installée de la biodiversité. Malgré des progrès dans la mesure des impacts et le développement d’indicateurs, l’intégration stratégique reste limitée et le passage à l’action insuffisant.
Cette étude souligne ainsi la nécessité d’accélérer les démarches, de renforcer la robustesse des analyses – notamment sur les risques et dépendances – et de mieux les traduire en plans de transition alignés avec la science, afin de répondre pleinement aux ambitions portées par la CSRD et autres cadres
Cette étude met en lumière une dynamique de progression, mais également des axes de progrès qu’il reste à adresser pour aligner les ambitions avec les exigences de la CSRD.