Pourtant les faits scientifiques ne changent pas…
Les faits scientifiques ne changent pas en effet. Et les manifestations de ces dérèglements sont observables par tous. Dans leur ensemble, les entreprises ont bien conscience des changements climatiques en cours. Et de la même façon qu’elles s’adaptent aux ruptures technologiques ou aux difficultés que rencontrent leurs chaînes d’approvisionnement, elles continuent d’intégrer des scénarios de changement climatique dans leurs stratégies et leur anticipation des risques. Cette préparation dépasse largement les reculs réglementaires et les postures : elle est avant tout pragmatique car anticiper l’avenir pour protéger ou créer de la valeur est dans l’ADN des entreprises.
Telle entreprise de vêtements se demande ce qu’elle proposera à ses clients si les climats de Londres ou de Los Angeles venaient à se rapprocher de ceux de Marrakech ou de New Delhi. Tel géant énergétique s’interroge sur la capacité de ses centrales thermiques à fonctionner en cas d’épisodes de sécheresse répétés. Les entreprises gardent aussi un œil sur l’assurabilité de leurs actifs, car les risques climatiques peuvent rendre la mutualisation des risques intenables d’un point de vue financier, c’est ce que l’on commence à voir sur l’immobiliser résidentiel aux Etats-Unis d’ailleurs.
La notion de durabilité a donc bel et bien fait son chemin dans la planification stratégique.
Elle est aussi plus opérationnelle. Alors qu’il y a quelques années, le directeur du développement durable était souvent isolé s’il n’avait pas l’oreille du dirigeant, la prise en compte des enjeux de durabilité est aujourd’hui une réalité dans toutes les directions fonctionnelles des entreprises : achats, opérations, services juridiques, etc. Toutes se posent la question de la soutenabilité de leurs actions et mettent en place des plans d’amélioration continue. D’une manière générale, les entreprises leader sur le sujet ne changent pas réellement de cap.
Vous venez d’être nommé à la tête de l’équipe Sustainability au niveau mondial chez EY, quelle direction souhaitez-vous donner à vos équipes pour qu’elles puissent accompagner au mieux leurs clients dans cette bascule ?
La pluridisciplinarité est clef pour accompagner nos clients dans ces sujets par nature structurels et structurants et dont les ramifications s’étendent profondément dans les directions et les opérations des entreprises. L’intégration de notre réseau mondial, la grande variété des compétences présentes dans notre firme nous donnent toutes les clefs pour apporter à nos clients un conseil stratégique et un déploiement opérationnel dédié, adapté à des problématiques très spécifiques.
Parce qu’un changement au sein d’une direction fonctionnelle affecte toutes les autres, nous avons adopté une démarche complète d’analyse pour évaluer la maturité d’une entreprise, définir des plans d’action opérationnels et accompagner le changement. Une méthode que nous avons baptisée : Sustainable Operating Blueprint.
Achats, services juridiques, services informatiques, opérations, etc. : chaque direction peut atteindre un niveau de maturité qui rend l’entreprise plus économe, résiliente, voire régénérative.
Lorsque cela est pertinent, nous y associons nos ressources avancées en matière d’IA. Nous menons par exemple actuellement des projets qui nous permettent d’aller chercher des données permettant de calculer le scope 3, c’est-à-dire des informations liées aux tiers, fournisseurs et utilisateurs pour aider des entreprises à réduire leur empreinte carbone au-delà de leurs opérations en propre, un domaine par nature complexe.
En tant qu’observateur privilégié des dynamiques mondiales, quelles sont les zones géographiques les plus actives cette année en matière de durabilité ?
Les dynamiques sont très contrastées en fonction des zones géographiques. En 2025, c’est l’Océanie, en particulier l’Australie, qui se distingue par une plus forte activité due à l’entrée en application de l’ISSB, cadre normatif international comparable à la CSRD européenne. Les pays du Golfe, qui avancent dans leurs projets de diversification économique, figurent aussi parmi les régions les plus dynamiques du globe. Enfin on peut parler de la Chine, qui forte de sa planification pluri-décennale en matière de transition énergétique, s’impose de façon croissante comme un leader mondial de la lutte contre le changement climatique.
Le contexte est plus difficile en Europe et aux Etats-Unis, compte tenu des changements de priorités politiques, dans un contexte de fortes incertitudes géopolitiques et économiques. Pour autant, il ne s’agit pas d’une inflexion : les sujets de durabilité sont désormais ancrés dans le quotidien des entreprises, que ce soit dans le cadre de la gestion des risques, de la résilience des chaînes de valeur, du développement de nouveaux produits ou de l’accès au financement, pour ne citer que quelques exemples.