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Beyond Attention #13 | Comment mettre l'IA au service de l’intérêt général ?
 
 
 

Comment mettre l’IA au service de l’intérêt général ? EY Studio+ explore des usages utiles, responsables et centrés sur les besoins réels.


En résumé :

  •  L’IA crée de la valeur lorsqu’elle répond à des besoins concrets, notamment pour simplifier l’accès aux services et mieux gérer les cas atypiques.
  • Son adoption repose autant sur la confiance et l’accompagnement des utilisateurs que sur la performance des solutions déployées.
  • Le design aide à trouver le juste équilibre entre innovation, responsabilité, maîtrise humaine et bénéfices réels pour la société.

À l’occasion de la Design Week, EY Studio+ a réuni pendant une semaine des étudiants de l’ENSCI, l’École Nationale Supérieure de Création Industrielle, autour d’une question : comment mettre l’intelligence artificielle au service de l’intérêt général ?

La semaine s’est conclue par une table ronde réunissant acteurs publics, experts, designers et entreprises, avec Emmanuelle Borrelly (Banque des Territoires), Samuel Lacroix (EDF), Stéphane Donné (Caisse nationale des allocations familiales, CNAF) et Camille Angibaud (Direction interministérielle de la transformation publique, DITP).

Une question commune a guidé les échanges : 

Comment faire de l’IA une technologie dont la valeur se mesure autant à son impact pour la société qu’à ses performances techniques ?

Car au-delà des promesses technologiques, une conviction forte s’est dégagée : la question n’est pas seulement de savoir ce que l’IA est capable de faire, mais ce que nous choisissons de lui faire faire.

Pour les directions marketing, cette réflexion fait écho à une question très concrète : l’IA améliore-t-elle réellement l’expérience proposée, ou ajoute-t-elle une couche technologique sans résoudre le problème initial ?

Chapitre 1. Et si l'IA permettait de mieux prendre en compte les situations hors norme ?

Les services publics se sont historiquement construits autour de formulaires, de procédures et de catégories. Ces cadres simplifient et sécurisent le traitement des demandes. Ils garantissent aussi une forme d’équité.

Mais la réalité se résume rarement à une case.

Avant la numérisation, un formulaire papier permettait encore d’ajouter une note en marge. Cette souplesse s’est progressivement effacée avec la digitalisation. L’intelligence artificielle pourrait aujourd’hui réintroduire une partie de cette complexité. Une interface conversationnelle permettrait, par exemple, à un usager d’expliquer une situation atypique qui ne correspond à aucune catégorie prédéfinie.

Cette possibilité soulève aussitôt plusieurs questions. Comment répondre à une situation jamais rencontrée ou pour laquelle aucune donnée n’existe ? Jusqu’où aller dans la collecte d’informations pour personnaliser la réponse ? Plus les situations s’éloignent des cas standards, plus les données nécessaires peuvent être sensibles : santé, situation sociale ou vulnérabilités. Qui devient alors responsable de leur collecte, de leur stockage et de leur utilisation ?

À la CNAF, les prestations sociales sont pensées comme de véritables services à concevoir. L’objectif est de prendre en compte les situations individuelles tout en préservant l’équité à l’échelle collective. Les règles et les catégories ne sont donc pas seulement des contraintes administratives. Elles permettent une allocation cohérente des prestations, tout en laissant une place à l’accompagnement des cas particuliers.

L’enjeu n’est peut-être pas de supprimer les cases grâce à l’IA, mais de mieux accompagner les personnes lorsqu’elles les remplissent. Le design a alors un rôle clé pour concilier standardisation, personnalisation et égalité de traitement, en concevant des parcours qui répondent aux besoins individuels tout en conservant une justice collective.

Chapitre 2. L'IA peut-elle réellement faciliter l'accès aux services ?

Comment accéder à un service lorsque l’on ne maîtrise pas la langue ? Comment comprendre une procédure complexe en situation de vulnérabilité ? Comment préparer un déplacement lorsque les contraintes d’accessibilité changent d’un trajet à l’autre ?

Sur ces sujets, l’IA ouvre de nouvelles possibilités. La traduction en temps réel pourrait aider davantage de personnes à comprendre leurs droits, à accéder à des démarches et à interagir avec les services publics sans barrière linguistique. Elle pourrait aussi accompagner d’autres formes de vulnérabilité, notamment liées au handicap.

Dans les transports, elle pourrait construire des itinéraires personnalisés selon l’accessibilité réelle des équipements, la disponibilité de solutions alternatives ou les besoins propres à chaque voyageur. À terme, certains agents intelligents pourraient coordonner plusieurs modes de transport pour compenser la défaillance d’un service ou l’absence d’infrastructure adaptée.

Mais plus l’IA intervient dans des situations critiques, plus la responsabilité devient centrale.

Que se passe-t-il lorsqu’un agent conversationnel oublie de signaler un recours existant, lorsqu’une traduction modifie le sens d’un droit ou lorsqu’une recommandation est erronée ? La technologie censée faciliter l’accès au service peut alors accentuer le non-recours ou l’exclusion.

L’expérience montre également que la technologie seule ne suffit pas. Albert, l’intelligence artificielle expérimentée dans les espaces France Services pour aider les agents à orienter les usagers vers les bons services et les bonnes démarches, illustre les difficultés d’adoption. Malgré son potentiel, l’expérimentation n’a pas produit les résultats escomptés, notamment en raison d’un entraînement insuffisant du modèle et de réticences au changement de la part des agents.

L’enjeu n’est donc pas seulement de créer un système performant. Il faut aussi concevoir une interaction qui inspire confiance : quelle forme donner à l’IA ? Quel langage employer ? Quelle place réserver au vocal, à l’écrit et à l’accompagnement humain ? Le design ne sert pas uniquement à rendre la technologie utilisable, mais à la rendre compréhensible, rassurante et réellement utile.

La qualité de l’expérience ne se mesure pas uniquement à la fluidité du parcours. Elle dépend aussi de la fiabilité des réponses, de la compréhension du dispositif et de la capacité de l’organisation à traiter les erreurs. L’adoption concerne autant les utilisateurs que les équipes qui s’appuient sur l’outil.

Chapitre 3. Utiliser la technologie pour redonner de la place au lien humain

L’un des enseignements les plus contre-intuitifs de cette semaine est que l’intérêt de l’IA ne réside pas toujours dans l’automatisation. Il peut aussi tenir à sa capacité à créer des rencontres.

Parmi les concepts imaginés par les étudiants figure une borne installée sur la place d’un village. Les habitants pourraient y proposer ou rechercher un service. L’IA rapprocherait ensuite une demande et une personne disponible.

L’idée n’est pas nouvelle. Des initiatives comme « Lulu dans ma rue » ou « La Place des Services » ont déjà exploré des modèles similaires. Elles ont montré leur potentiel en matière de lien social, mais leur pérennisation s’est souvent heurtée à la question du modèle économique.

L’IA pourrait ainsi jouer un rôle de médiation : non pas remplacer les interactions humaines, mais supprimer certains outils et certaines barrières qui les compliquent.

À la police nationale, une expérimentation menée dans le cadre d’entretiens avec des mineurs a remplacé la prise de notes sur ordinateur par des caméras intelligentes capables de retranscrire les échanges. L’objectif était de permettre aux professionnels de se concentrer sur la personne plutôt que sur l’écran.

Cette réflexion invite à dépasser la seule logique des écrans et à imaginer d’autres modes d’interaction entre un service et son client, ou entre une organisation et un citoyen. L’enjeu n’est pas d’ajouter une couche technologique pour masquer la complexité, mais de s’attaquer à ses causes profondes. L’IA et l’automatisation peuvent prendre en charge certaines tâches de traitement ou de documentation afin de redonner du temps aux collaborateurs pour résoudre les situations complexes.

Il faut toutefois éviter de confondre innovation et sophistication. Une automatisation simple ou une IA ciblée peuvent parfois créer plus de valeur qu’une solution de dernière génération. La technologie n’est pas une fin en soi, mais un moyen de faciliter des interactions plus pertinentes entre les entreprises et leurs clients, les organisations et les citoyens.

Chapitre 4. Construire une IA utile, responsable et proportionnée aux usages

Au fil des échanges, une idée s’est imposée : si l’IA peut gérer une partie de la complexité, elle ne doit jamais détourner l’organisation de la recherche des causes profondes du problème.

La valeur de l’IA ne réside pas dans la sophistication de ses modèles, mais dans les bénéfices concrets qu’elle apporte à la société.

Cela suppose de questionner systématiquement sa pertinence : pourquoi déployer une IA plutôt qu’une intervention humaine ? Quels bénéfices en attend-on réellement ? Ces bénéfices justifient-ils les coûts économiques, les impacts environnementaux et les risques associés ?

Cette réflexion conduit également à définir des lignes rouges : limiter la collecte de données au strict nécessaire, garantir un droit à la déconnexion, préserver la possibilité d’un échange humain et maintenir la maîtrise des décisions les plus sensibles.

Le design joue ici un rôle fondamental. Il part des usages réels, expérimente, teste et formalise pour éclairer les situations complexes. Il aide aussi à arbitrer entre plusieurs options. À ce titre, il constitue un levier pour orienter le développement de l’IA et placer le bon curseur entre des finalités utiles, responsables et désirables.

Au fond, la question n’est peut-être pas de savoir jusqu’où l’IA peut aller, mais jusqu’où nous souhaitons l’emmener pour servir le bien commun.

À retenir…

Mettre l’IA au service de l’intérêt général ne signifie pas automatiser davantage. Il s’agit de choisir les usages pertinents, de préserver l’équité et de concevoir des services réellement utiles.

  • Expérience client : prendre en compte les situations atypiques sans fragiliser la cohérence du service.
  • Technologie : évaluer une solution à partir du problème résolu et du bénéfice concret, plutôt que de son niveau de sophistication.
  • Gouvernance : limiter les données au strict nécessaire, clarifier les responsabilités et préserver la maîtrise humaine des décisions sensibles.
  • Organisation et compétences : accompagner les équipes, car la performance technique ne garantit ni l’adoption ni la qualité de l’expérience.
  • Performance et retour sur investissement : mettre en regard les bénéfices attendus avec les coûts économiques, les impacts environnementaux et les risques associés.

 Chez EY Studio +

Nous accompagnons les organisations dans cette transformation en alignant stratégie, données, IA, technologies et operating model.

De l’identification des cas d’usage à la refonte des processus, en passant par l’évolution des modèles de gouvernance et de création de valeur, nous aidons les entreprises à construire les capacités nécessaires pour tirer pleinement parti de l’IA tout en conservant la maîtrise de leurs actifs stratégiques.

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Ce qu'il faut retenir

L’intelligence artificielle transforme en profondeur le modèle économique des agences. En automatisant une partie de la production, elle réduit la valeur accordée au temps passé et aux volumes livrés. Les agences doivent désormais développer des actifs différenciants, mieux exploiter leurs données et faire évoluer leurs modèles de rémunération. Leur capacité à associer expertise humaine, technologies et orchestration d’écosystèmes sera déterminante pour renforcer leur compétitivité et créer une valeur durable pour leurs clients.


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