Le rôle décisif du secteur privé : bâtir un Mittelstand européen de l’innovation
Si l’État a joué son rôle de catalyseur, une conviction s’impose désormais : le relais de croissance et d’industrialisation doit être porté par les acteurs privés.
L’objectif proposé par JFD et sa coalition est simple, ambitieux, mais atteignable :
Aligner les achats privés sur les efforts publics et atteindre 9 % d’achats innovants auprès de startups européennes dans les 2 ans.
Pourquoi ce chiffre est stratégique ?
- Parce qu’aux États‑Unis, la commande publique monte jusqu’à 20 %.
- Parce qu’en Corée du Sud, elle peut atteindre 25 %.
- Parce que pour une startup, le meilleur financement reste son client, pas une levée de fonds.
C’est cette vision qui doit permettre de bâtir un véritable Mittelstand européen de l’innovation, un tissu d’entreprises technologiques intermédiaires, robustes, rentables, capables de soutenir une souveraineté durable.
Trois leviers pour bâtir une autonomie technologique crédible
Les analyses croisées des 30 champions du Baromètre révèlent trois leviers pour reconstruire une autonomie technologique européenne crédible :
- L’hybridation intelligente
L’autonomie ne se construit pas contre le reste du monde mais en combinant technologies globales et briques critiques européennes. De nombreux groupes montrent déjà la voie, de Allianz à Veolia. - Des choix technologiques assumés
L’Europe doit concentrer ses forces sur les prochaines frontières stratégiques, notamment dans l’IA applicative et industrielle, les modèles frugaux et les solutions embarquées souveraines. - Une économie circulaire de l’IA
L’alliance entre startups et grands groupes doit devenir la norme. Tests, achats, co‑construction et industrialisation sont les moteurs du passage à l’échelle. L’étude propose des modèles concrets inspirés de ce qui fonctionne aux États‑Unis.
Vers une souveraineté choisie et pilotée
Comme le rappelle Jean‑Christophe Liaubet, Innovation Leader EY France :
« L’autonomie technologique n’est pas un repli sur soi. C’est une condition de compétitivité. »
Ce qui distingue l’approche européenne n’est pas la recherche de l’autarcie, mais la capacité :
- à choisir ses dépendances ;
- à maîtriser ses infrastructures critiques ;
- à transformer l’innovation en avantage compétitif durable.
Le discours de Delphine Remy‑Boutang lors de la remise du Baromètre au Ministère de l’Économie l’a illustré : la souveraineté s’achète, se construit et s’incarne.