Cet article a été corédigé par : Valentin Le Guillan & Camille Lambert
Dans un environnement énergétique marqué par des tensions géopolitiques, des besoins croissants en infrastructures et la recherche d’une plus grande souveraineté industrielle, les entreprises françaises au service de l’énergie continuent de jouer un rôle déterminant. La sixième édition du Panorama EY-EVOLEN met en lumière une filière qui préserve son activité et ses emplois, tout en faisant face à des conditions de développement plus exigeantes.
Une activité stable malgré le repli du marché énergétique
En 2025, le marché des acteurs énergétiques en France s’établit à 314 milliards d’euros, contre 328 milliards d’euros en 2024, soit un recul de 4,3 %. Sur la même période, le marché des entreprises françaises au service de l’énergie se maintient à 46 milliards d’euros.
L’emploi confirme cette capacité de résistance. Les entreprises au service de l’énergie représentent 108 000 postes, un niveau stable par rapport à 2024. Chez l’ensemble des acteurs énergétiques, l’emploi progresse légèrement pour atteindre 296 000 postes, contre 294 000 un an plus tôt.
Cette stabilité ne signifie pas que la filière est à l’abri des tensions. Elle montre plutôt sa capacité à absorber un ralentissement de son marché sous-jacent grâce à la diversité de ses métiers, de ses expertises techniques et de ses débouchés.
Une confiance renforcée, portée par l’innovation
Les entreprises interrogées abordent les prochains mois avec davantage de confiance. Sept répondants sur dix se déclarent confiants dans leurs perspectives à douze mois, soit une progression de 9 points. La confiance dans la capacité à innover atteint 89 %, en hausse de 7 points, tandis que 81 % des répondants restent confiants dans l’avenir de leurs métiers.
Les nouvelles énergies demeurent un relais de développement important : 37 % des répondants anticipent une croissance supérieure à 10 % de leurs activités dans ce domaine au cours des cinq prochaines années. Cette dynamique s’accompagne toutefois d’une vigilance accrue sur les moyens financiers. La confiance dans la recherche de nouveaux financements s’établit à 52 %, et celle relative à la trésorerie à 70 %.
La lecture d’ensemble est donc nuancée. La filière croit dans ses savoir-faire et dans sa capacité à créer de nouvelles solutions, mais elle reste attentive aux conditions nécessaires pour transformer cette innovation en croissance durable.
Les conditions de compétitivité passent au premier plan
Le capital humain et l’innovation conservent les deux premières places du classement des enjeux opérationnels. La décarbonation progresse à la troisième place, devant le financement. Deux nouveaux sujets apparaissent cette année : la préférence européenne et les contraintes réglementaires.
Cette évolution traduit un déplacement des préoccupations. La question n’est plus seulement de savoir si les entreprises disposent des compétences et des technologies nécessaires pour se transformer. Elle porte aussi sur le cadre dans lequel elles pourront investir, industrialiser leurs solutions et se développer.
Le regard porté sur la compétitivité française illustre cette tension. Si 72 % des entreprises interrogées considèrent la France compétitive par rapport aux autres pays de l’Union européenne, elles ne sont que 26 % à partager ce constat face au reste du monde. L’enjeu consiste donc à préserver une base industrielle et technologique solide, tout en créant un environnement favorable à son passage à l’échelle.
Capital humain : transformer les compétences avec les métiers
Le maintien du capital humain en tête des priorités reflète des tensions persistantes. Plus de la moitié des répondants identifient des métiers en tension dans les opérations et l’exploitation, et 38 % dans l’ingénierie et les projets industriels. Le manque de candidatures qualifiées reste le premier frein au recrutement.
Pour renforcer l’attractivité du secteur, les entreprises privilégient les campagnes de communication sur la filière et ses métiers, la mobilité entre industries ainsi que l’alternance et l’apprentissage. Pour fidéliser, elles citent en priorité la rémunération, l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, et les possibilités de mobilité interne.
La transformation énergétique est ainsi indissociable d’une transformation des compétences. Attirer de nouveaux profils ne suffira pas : la filière doit aussi favoriser les passerelles, accompagner l’évolution des métiers et proposer des parcours professionnels durables.