5 min de temps de lecture 15 janv. 2020
Portrait Alumni : Mahir Guven

Mahir Guven : des chiffres et des lettres

Par

Sylvie Kermoal

Alumni Program Manager, France

Sylvie anime le réseau Alumni en offrant à ses 8 500 membres des occasions d’élargir leurs opportunités et expériences futures tout en nourrissant les liens qu’ils ont tissés avec EY.

5 min de temps de lecture 15 janv. 2020
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« Ce qui m’a le plus passionné chez EY est d’avoir travaillé sur des missions de transactions et pour des start-up. Ces missions m’ont permis d’avoir une vision complète des mécanismes financiers de l’entreprise. »

Pouvez-vous nous raconter votre enfance et décrire votre parcours ?

Je suis né en 1986 à Nantes. Mes parents sont réfugiés politiques. Ils ont dû quitter la Turquie après un coup d’état militaire, ils ont rejoint la France en 1984, sans papier. Au lycée, j’avais un esprit créatif, je m’ennuyais… Après le bac, un DUT gestion et une maîtrise en finance à La Sorbonne, j’ai réalisé un stage en audit à Istanbul. Au départ, beaucoup de choses m’ont paru abstraites, j’ai vite appris, la méthodologie et la pédagogie sont venus à la rescousse, j’aimais l’ambiance d’équipe, la diversité des missions. Ce stage m’a beaucoup plu, après un an à Istanbul, je suis revenu en France pour intégrer un master Comptabilité contrôle audit (CCA). J’ai postulé à l’occasion d’un forum EY sur le campus et c’est ainsi que j’ai rejoint le département ACR EY puis le département audit pour des missions dans l’immobilier et le middle market. Ce qui m’a le plus passionné est d’avoir travaillé sur des missions de stratégie et transactions et pour des start-up. Ces missions m’ont permis d’avoir une vision complète des mécanismes financiers de l’entreprise… Au bout de trois ans j’avais envie d’air. Très bien formé, je partais avec de belles compétences en poche.

C’est ainsi que vous rejoignez le magazine Le 1 ?

Je suis parti faire le tour de France cycliste un jour avant les professionnels. Au cours de cette aventure, j’ai rencontré Eric Fottorino, journaliste et ancien dirigeant du journal Le Monde qui créait un nouveau journal, Le 1. Il cherchait un gestionnaire. Le projet entrepreneurial m’enthousiasmait, j’étais passionné par le monde de l’information et des médias, et c’était l’occasion de le découvrir. Ce qui me plaisait dans ce journal, c’était le fait de traiter une question d’actualité par semaine avec plusieurs regards et des points de vue qui se complètent. Il fallait être créatif, parce que la presse est plus sinistrée que la sidérurgie ! Je me suis servi de ce que j’avais appris chez EY à la seule différence près que je n’étais plus en réaction et en contrôle, mais en production. Je devais gérer les manettes de la finance et en même temps produire les outils. J’avais déjà 50 % des compétences mais beaucoup de choses étaient nouvelles. J’étais seul face aux clients, aux fournisseurs. J’ai appris sur le tas, j’ai pris en charge la partie commerciale, la distribution, avec succès et échecs. On apprend de ses erreurs…Comme le dit, Mandela « soit je gagne, soit j’apprends », Eric Fottorino m’a nommé directeur exécutif après un an et demi.

Comment en êtes-vous arrivé à écrire « Grand Frère », votre premier roman ?

À l’adolescence, c‘est avec la musique et l’écriture que je suis entré dans le monde artistique. Selon les statistiques, un Français sur trois a déjà pensé à écrire. Je me suis dit pourquoi pas moi ? Au 1, je me suis familiarisé avec la partie technique de l’écriture dans le roman. On écrit en réécrivant. Je me suis mis à écrire une nouvelle toutes les semaines, une fiction de préférence, j’ai besoin de fantaisie. Une maison d’édition a repéré un de mes textes sur les médias sociaux et c’est ainsi que mon aventure a commencé. Un jour, en sortant d’une exposition sur Martin Scorsese, j’ai discuté avec un chauffeur de VTC qui me ramenait chez moi. J’ai décidé d’en faire mon personnage principal et de le mettre en danger en lui donnant un petit frère disparu, présumé en Syrie, et qui rentre en France. J’ai commencé à écrire à la 3e personne mais le texte ne fonctionnait pas. J’ai ré-écouté du rap, je me suis replongé dans la langue parlée par la jeunesse, celle de la rue, pour écrire avec un style narratif cohérent avec mon personnage. En 10 mois le livre était fini. Si le livre a eu du mal à démarrer, les récompenses se sont ensuite succédé en Belgique, en France où j’ai obtenu le prix Goncourt du premier roman, le Prix de la francophonie. Au total, cinq prix et quatorze traductions.

Aujourd’hui vous êtes directeur littéraire chez JC Lattès. Quel est votre rôle ?

J’ai proposé au groupe Hachette trois projets dont un autour du premier roman car je pense que la production française littéraire est trop stéréotypée car la majorité des maisons d’édition sont à Paris. Cette idée est partie de ma propre expérience, en publiant mon premier roman, j’ai remarqué qu’il y a une appétence chez les grands lecteurs pour le premier roman. Par ailleurs, j’ai la conviction que mon livre a touché un public très large, des prisonniers à des seniors, pour des raisons techniques d’écriture, c’est-à-dire de conception et de construction de l’œuvre. C’est une histoire humaine avant tout. Je pense qu’un auteur n’est pas seulement un technicien de l’alphabet écrit, c’est avant tout un regard, un ton, une voix, une énergie. Le reste ? C’est de la technique que l’on peut apprendre.

Pour JC Lattès, je voulais faire vivre ces voix et publier une littérature empreinte de diversité. Entendons-nous bien, ma conception de la diversité est celle d’une personne ayant grandi à Nantes, je veux donc un label qui reflète ce qu’est la France et qui parle à toute la France. J’ai conçu la partie artistique du projet, que j’ai agrémenté d’un business plan, aidé par mon passage chez EY. En plus de ma plume et de mon savoir-faire d’écriture, je pouvais leur apporter cette compétence financière qui manque souvent chez les éditeurs. C’est ainsi que j’ai créé la Grenade, un label dédié aux nouvelles œuvres, aux jeunes pousses, aux nouvelles voix. Le programme de l’année qui démarre est prêt, je publie le premier livre en mars.

Avec la transformation des modes de consommation et la digitalisation de l’édition, quels sont les principaux défis qui vous attendent ?

Bien qu’elle existe depuis 15 ans, la tablette ne représente que 2% du marché du livre, un marché de 6,5 milliards d’euros. En France, les gens sont attachés à l’objet-livre, même si c’est moins vrai chez les jeunes. Le secteur de l’édition est très large. Il couvre les romans et tous les livres éducatifs, les guides, les brochures EY, ce qui permet de baisser les coûts d’impression. Sinon un roman coûterait 45 euros. Notre contrainte principale ? Notre dépendance vis-à-vis des imprimeurs. Or, ils commencent à subir la fermeture des fabricants de papier, liée à la baisse de consommation. Le groupe Hachette procède à des études en permanence pour réinventer les formats.

Quel est votre vœu le plus cher pour 2020 ?

Recevoir un manuscrit hors normes. Le livre dont je serai si jaloux que je m’en souviendrai jusqu’à la fin de mes jours.

Ce qu'il faut retenir

Mahir Guven évoque pour EY Alumni son parcours professionnel au sein d'EY et sa transition dans le domaine littéraire.

A propos de cet article

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Sylvie Kermoal

Alumni Program Manager, France

Sylvie anime le réseau Alumni en offrant à ses 8 500 membres des occasions d’élargir leurs opportunités et expériences futures tout en nourrissant les liens qu’ils ont tissés avec EY.

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