Christophe Rouan

L’interview EY Alumni

Christophe Rouan : « Je crois à la "sustainable performance” » 

Thèmes associés

Ancien joueur de rugby et marathonien, Christophe Rouan croit à la performance collective pour créer de la valeur sur le long terme. À l’ouverture aux autres cultures, aussi, lui qui partage sa vie entre Amsterdam (Pays-Bas) et Porto (Portugal).

Dans quel environnement avez-vous grandi ? 

Dans le Sud-Ouest – du côté de Narbonne, dans l’Aude –, comme mon accent le laisse deviner ! Une partie de ma famille est issue d’expatriés espagnols : sous le régime franquiste, ils ont rejoint la France. Très tôt, l’expertise comptable a fait partie de mon univers : mon père avait ouvert son propre cabinet d’expertise comptable et développé sa clientèle dans la région.

Avez-vous eu envie de suivre ses traces ? 

Je me suis posé la question. Finalement, j’ai opté pour une formation plus généraliste : une école de commerce. Mes objectifs : m’ouvrir à de nouveaux horizons, m’immerger dans une diversité de cultures, me rapprocher de groupes internationaux. J’étais en quête d’un passeport pour appréhender le business dans sa transversalité et découvrir le monde. 

Ce passeport, ce fut l’audit ? 

L’audit, c’est la possibilité de vivre une nouvelle aventure chaque jour ! J’ai pu me professionnaliser à vitesse grand V dans un environnement multiculturel, grâce à cette activité de partage que j’ai découverte en même temps que la « Transaction Advisory ». Deux expériences complémentaires qui offrent une exposition unique à une variété d’entreprises, de secteurs et de problématiques, et ce au contact d’équipes et de clients aux profils différents. L’occasion de réfléchir, très tôt, à la direction à donner à ma carrière : rester un expert technique ou évoluer vers des responsabilités managériales ?

Racontez-nous vos débuts chez EY, en 2007. 

Au lendemain d’un stage chez HSBC, j’ai eu envie d’intégrer un « Big Four ». J’ai choisi EY après avoir ressenti un vrai « fit » avec les deux manageurs qui m’ont reçu en entretien. Ils avaient su mettre en exergue ce qu’un stagiaire peut apporter au cabinet. L’exigence d’excellence d’EY, la force de son image de marque et la possibilité de travailler au bureau de Neuilly – à l’époque – dans un bel environnement ont fait le reste. À la fin de mon stage, des associés et des managers – avec qui j’avais très vite « accroché » – m’ont proposé de travailler avec eux.

Quelles impressions conservez-vous d’EY ? 

Celle d’une dynamique, d’une part : l’invitation à se dépasser, à apporter aux clients la meilleure valeur ajoutée possible, favorisée par un fort esprit d’équipe. Moi qui étais alors un joueur de rugby, j’y ai retrouvé des valeurs qui me parlent : engagement, solidarité et exigence collective. Celle d’une exigence, aussi, en particulier lors de la peak season ou des fameuses « spéciales en transaction ». C’est le moment de savoir qui on est et où sont ses limites pour trouver un équilibre vie professionnelle-vie privée. La qualité d’écoute étant omniprésente chez EY, tant chez les associés que les managers, c’est possible : cela m’a marqué. Je retiens aussi de cette aventure humaine une vision : voir plus loin que le chiffre, être attentif à la dimension opérationnelle d’une stratégie.

D’autres souvenirs ? 

Me reviennent aussi nombre d’anecdotes avec les collaborateurs avec qui j’ai travaillé sept ans durant chez EY. J’ai conservé des liens avec certains – c’est rare quand on a quitté une entreprise ! Ils m’ont prodigué des conseils utiles pour construire ma carrière. 

Parlez-nous de SBM Offshore, que vous avez intégré en 2013. 

C’est un leader mondial des infrastructures offshore en eaux profondes, notamment des FPSO (Floating Production, Storage and Offloading). Coté à Amsterdam, le Groupe conçoit, construit et exploite des solutions flottantes partout dans le monde, souvent dans des environnements parmi les plus exigeants de l’industrie. SBM Offshore, c’est aussi une entreprise dotée d’une culture de l’innovation. Un exemple de notre esprit pionnier : notre partenariat avec Veolia pour développer une nouvelle solution de dessalement flottante, afin de lutter contre la pénurie d’eau. Notre entreprise d’ingénierie met ainsi son expertise au service d’une énergie plus sûre et plus abordable qui favorise la décarbonation, tout en veillant à une utilisation responsable des ressources marines.

Quel est votre rôle ? 

En tant que Group Controller, garantir une information financière fiable, transparente et pertinente, afin d’éclairer les décisions stratégiques du groupe et de soutenir la création de valeur dans la durée. Aux côtés du CFO (Chief Financial Officer), je pilote les processus de reporting financier et extra-financier, de contrôle interne et de gestion des risques, tout en accompagnant les transformations de la fonction Finance. Mon objectif : renforcer la performance, la résilience et l'efficacité de l’organisation, en m’appuyant sur des processus robustes, des données de qualité et, de plus en plus, sur les possibilités offertes par le numérique et l’intelligence artificielle.

Combien de collaborateurs encadrez-vous ? 

Un peu plus de cent cinquante. En la matière, mon expérience EY m’a beaucoup appris : chacun doit trouver son propre style de management. Le mien repose sur l’accessibilité, l’écoute et l’exigence constructive. Je me vois comme un « manageur de la porte ouverte » : chacun doit pouvoir me questionner, exprimer un point de vue, remettre en cause une décision. De quoi faire émerger des idées, encourager le débat et bâtir de meilleurs compromis. Je suis exigeant mais je crois à la reconnaissance, au feedback régulier et à la liberté de parole. La performance sur le long terme d’une équipe repose aussi sur des valeurs collaboratives, le sens des responsabilités, l’attention aux autres et la capacité à se dépasser collectivement.

Que vous a appris votre expérience internationale ? 

Aujourd’hui, je navigue entre nos bureaux d’Amsterdam et Porto, où sont basés mon épouse et mes enfants. Avec ma famille, nous avons souvent changé de pays – en Europe mais aussi en Amérique du Sud, au Brésil notamment. À chaque fois, il faut s’adapter à un nouvel environnement, recréer des repères, se faire de nouveaux amis et découvrir de nouveaux modes de vie. Chez EY, j’ai également évolué en Afrique, aux États-Unis et dans plusieurs pays européens. Ces expériences forgent une personnalité et un mode de management. Les codes professionnels et culturels varient d’un pays à l’autre. À Amsterdam par exemple, les échanges sont bien plus directs qu’à Paris.

Votre jardin secret ? 

Je cours une quarantaine de kilomètres par semaine et suis un adepte des marathons et des semi-marathons. Cela m’aide à préserver mon équilibre, à retrouver hors du travail l’adrénaline de la performance et les valeurs du sport qui me sont chères : discipline, engagement et dépassement de soi.

Vos conseils à une jeune recrue ? 

Pense ta carrière comme un projet de long terme.

Les compétences s’acquièrent avec le temps, les opportunités se créent par le travail, la confiance se construit dans la durée. Les succès contribuent à accélérer un parcours mais ce qui fait la différence, c’est la « sustainable performance » : continuer à apprendre, rester curieux, se remettre en question, créer de la valeur – durablement.

Ce qu'il faut retenir

Sportif au long cours – ancien rugbyman et aujourd’hui marathonien –, Christophe Rouan, basé à Amsterdam, est Group Controller chez SBM Offshore, leader mondial des infrastructures offshore en eaux profondes. Sa conviction : la performance se construit collectivement et doit s’inscrire dans la durée. Son expérience internationale a renforcé son ouverture culturelle. Ses années EY l’ont enrichi d’une certaine idée du management, en forme de triptyque : capacité d’écoute, accessibilité, exigence constructive. À son tour, il invite les jeunes à viser une « sustainable performance » fondée sur la curiosité d’esprit, la formation en continu, et la création de valeur durable. Tout un programme.

Articles associés

Olivier Bouet : « Il y a de belles intelligences dans le service public »

Entretien avec Olivier Bouet, ancien conseiller du Premier ministre

Flore de Garsignies : « Il n’y a pas qu’un seul chemin à suivre pour être heureux »

Entretien avec Flore de Garsignies, Global Transformation Director, Pernod-Ricard

Aurélia Roussel : « les biographies de grands sportifs m’inspirent »

Entretien avec Aurélia Roussel, directrice de cabinet du CFO d’Orange.

A propos de cet article