Comment les cessions peuvent limiter les impacts de la crise ?

Par

Olivier Sibenaler

Associé, Stratégie et Transactions, Strategy and Operation, France

Olivier Sibenaler est l’associé responsable de l’équipe Operational Transaction Services en France. Il est spécialiste de la transformation des entreprises et de la restructuration opérationnelle.

22 juil. 2020

Céder est un levier pour les dirigeants d’entreprises pour être plus agile et poursuivre la transformation technologique. 

La planification stratégique et le soutien à la transformation sont à l’ordre du jour. Il en est de même pour les cessions stratégiques qui permettent de libérer du capital, renforcer la résistance et générer de la valeur à long-terme.  

L’édition 2020 de notre étude Global Corporate Divestment Study se distingue des 8 précédentes parutions. Après une première collecte de résultats entre novembre 2019 et janvier 2020, une seconde enquête a été menée entre avril et mai 2020 afin de prendre en compte l’impact de la COVID-19.

Se transformer pour renforcer l’agilité opérationnelle

On note chez les dirigeants français une réelle bascule entre les objectifs pré et post-Covid, la stratégie française étant d’amortir les effets de la crise sanitaire plutôt que d’investir. Ces derniers se préoccupent à présent davantage de revoir leur supply chain pour maximiser le prix cédé. Ainsi, moins d’un tiers des répondants (29%) précisaient que la COVID-19 allait les contraindre à ré-organiser leur supply chain en vue d’une cession contre plus de la moitié post-Covid (56%).

Aujourd’hui, à l’échelle mondiale, 72% (63% en France) des sondés affirment qu’ils conservent trop longtemps leurs actifs. Dans le cadre de l’optimisation du portefeuille et de la stratégie de cession, les entreprises réévaluent leur propriété d’actifs non-essentiels et envisagent de solliciter davantage leurs conseils stratégiques. Ces derniers peuvent aider à faire évoluer les coûts fixes vers une structure de coûts variables, à renforcer l’agilité de l’entreprise et à mieux mobiliser les ressources. Alors que les entreprises entrent dans la phase de reprise suite à la COVID-19, nous prévoyons un renforcement de cette course à la transformation dans les mois prochains.

Bien qu’elle ne soit pas nécessairement nouvelle ou inédite, cette approche est renforcée par plusieurs facteurs comme la transformation technologique. En fait, les entreprises qui avaient amorcé leur transformation numérique sont celles qui se sont le plus distinguées et qui s’en sont le mieux sorties au printemps 2020. La situation actuelle va complexifier les décisions d’allocation du capital dans un environnement déjà en pleine disruption et va inciter les entreprises à remodeler leurs portefeuilles d’actifs. En effet, céder leur permettra de dégager du cash qui pourra être réinvesti dans le core-business et dans les nouvelles technologies.

Un appétit croissant pour les cessions

Cession d'actifs post-COVID

33%

des répondants considèrent la vente comme réponse à un contexte politique et économique incertain

En France, avant le confinement, 56% des entreprises interrogées déclaraient que l’instabilité géopolitique et la volatilité économique pouvaient les inciter à céder leurs actifs. Lors de l’étude post-Covid, ils n’étaient plus que 33% à considérer la vente comme réponse à un contexte politique et économique incertain. Cette situation pousse les vendeurs à retarder leurs projets à moyen-terme. Seulement 11% des sondés envisagent une vente dans les six prochains mois (contre 29% avant le mois février), tandis que 44% considèrent cette option à horizon d’un an.

Si la crise sanitaire fera sans doute augmenter le nombre de projets de cessions dans les mois à venir, l’un des principaux freins identifiés est l’augmentation de l’écart des prix entre ce qu’espèrent les vendeurs et ce que proposent les acheteurs. En France, 67% des répondants estiment d’ailleurs que cet écart va s’accroître.

Pour s’y préparer, les dirigeants prévoient de rallonger la durée de préparation à leur cession. S’ils étaient 56% en France à indiquer en début d’année que la récession causée par la COVID-19 allait les inciter à renforcer leur préparation, le pourcentage est monté à 89% lors de notre seconde vague d’entretiens. À noter que les dirigeants français semblent plus précautionneux que dans les autres pays, puisque le pourcentage de répondants qui déclarent vouloir augmenter leur durée de préparation s’élève à 57% au niveau mondial.

Retour en force des investisseurs activistes

Alors que le nombre de campagnes d’actionnaires activistes a chuté de 25% dans le monde au premier trimestre 2020, par rapport à 2019, les entreprises ont intérêt à rester vigilantes. Plusieurs activistes collectent des fonds pour capitaliser sur la dislocation du marché. Ils sont nombreux à pouvoir se targuer d’avoir des capitaux à long-terme, par rapport à en 2008.

Cession d'actifs post-COVID

96%

des investisseurs activistes recommandent de se séparer d’activités non-essentielles ou sous-performantes

Cession d'actifs pendant la crise

84%

des investisseurs activistes s'attendaient à une cession dans les six mois à venir

EY a interrogé 25 investisseurs activistes mondiaux en janvier 2020, puis en avril 2020 pour tenir compte de la nouvelle donne suite à la crise conséquente à la COVID-19. Les résultats montrent que le panel d’investisseurs va évoluer plus rapidement qu’auparavant et qu’ils aspirent à simplifier leurs activités. En témoigne les 96% d’activistes qui recommanderaient à l’heure actuelle à une entreprise cible de se séparer d’activités non-essentielles ou sous-performantes, contre 64% auparavant.

Le délai souhaité a également considérablement raccourci. Avant la crise, 36% des activistes ont déclaré s’attendre à une cession dans les six mois, pourcentage qui est monté à 84% pendant la crise. Par conséquent, les entreprises doivent se préparer à des discussions avec les investisseurs qui se concentreront sur leur façon de réagir à la crise. Il sera également question de l’alignement des portefeuilles d’actifs à la stratégie ainsi que de la rémunération des dirigeants compte tenu de la performance de l’entreprise.

Ce qu'il faut retenir

Les cessions sont un rempart pour pallier les effets de la crise sanitaire.

A propos de cet article

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Olivier Sibenaler

Associé, Stratégie et Transactions, Strategy and Operation, France

Olivier Sibenaler est l’associé responsable de l’équipe Operational Transaction Services en France. Il est spécialiste de la transformation des entreprises et de la restructuration opérationnelle.