6 min de temps de lecture 13 oct. 2022
Image d'un cœur dans une forêt

Panorama des fondations et fonds de dotation – 2022

Auteurs
Joël Fusil

Directeur Associé , Audit, Economie Sociale et Solidaire, Western Europe & Maghreb, France

Responsable national du Département Economie Sociale et Solidaire d’EY. Investi auprès des acteurs qui agissent au quotidien pour l’intérêt général.

Kathleen Mc Leod Tremaux

Avocat - Associate Partner, Economie Sociale et Solidaire, France

Spécialisée dans le droit des organismes sans but lucratif, elle accompagne au quotidien les acteurs du secteur s’agissant de leurs problématiques juridiques et fiscales.

6 min de temps de lecture 13 oct. 2022
Expertises associées Economie Sociale et Solidaire

EY, Les entreprises pour la Cité et le Centre Français des Fonds et Fondations sont heureux de vous présenter l'édition 2022 du Panorama des fondations et fonds de dotation créés par des entreprises mécènes.

En résumé
  • La 5e édition du Panorama des fondations et fonds de dotation créés par des entreprises mécènes est l’occasion d’analyser les grandes tendances qui ont marqué le mécénat d’entreprise depuis une décennie et d’esquisser celles qui pourraient influencer les années à venir.
  • Depuis 2003 et la loi dite « loi Aillagon », le mécénat d'entreprise a connu une croissance exponentielle aussi bien relative au nombre d'entreprises mécènes qu'au montant des dons engagés. Bien qu’évoluant dans un contexte sanitaire et économique pour le moins incertain, les structures philanthropiques ont réalisé des progrès d'autant plus remarquables qu'elles se sont attachées à construire des compétences solides et durables depuis une décennie. Elles ont gagné en expérience et en maturité sur le terrain, renforcé leur ancrage dans les territoires, ont digitalisé leurs pratiques et ont expérimenté de nouveaux formats d'engagement, toujours au bénéfice de l'intérêt général. Elles conservent ainsi une volonté intacte d’innover et d’accroître l’impact de leurs actions.

1 - Un engagement à long terme, ancré dans les territoires

Les fondations et fonds d'entreprises se distinguent par la durée et la résilience de leur engagement. Ils s'investissent dans des causes qu'ils définissent comme fondement de leur action et y restent fidèles. Depuis 2014, les champs prioritaires d'engagement sont restés remarquablement inchangés, se concentrant sur les enjeux de développement humain : l'action sociale, l'éducation et l'insertion professionnelle (respectivement 75 %, 63 % et 57 % des réponses en 2022).

88%

Des répondants soutiennent leurs porteurs de projets de manière pluriannuelle

88 % des répondants à l'enquête déclarent soutenir leurs porteurs de projet de manière pluriannuelle. Une tendance en augmentation (+12 points depuis 2014) qui témoigne de l'acquis d'expérience des fondations et fonds d'entreprises en la matière. En effet, pour que les projets puissent porter leurs fruits, les structures bénéficiaires doivent pouvoir être soutenues suffisamment longtemps et disposer d'une bonne visibilité budgétaire.

Cet accompagnement plus pérenne s'accompagne aussi d'un ancrage dans les territoires, notamment dans l'Hexagone, mouvement qui s'est accentué au cours de la dernière décennie. 73 % des structures ont tenu compte cette année de l'implantation géographique de leur entreprise fondatrice pour sélectionner leurs projets, une tendance stable sur la période.

2 - Un renforcement des liens stratégiques entre la fondation et son entreprise fondatrice

Les éditions successives du Panorama des fondations illustrent le renforcement des liens stratégiques entre la structure philanthropique et l’entreprise fondatrice. 58 % des structures sont désormais rattachées à la présidence/direction générale, alors qu’elles n’étaient que 37% en 2020 et 22% en 2018.

Le fait que la majorité des structures ait un objet social en lien avec l’activité de l’entreprise fondatrice (58 % en 2022, +3 points depuis 2020) concoure également à ce rapprochement.

Par ailleurs, ce renforcement des liens stratégiques se traduit également par des collaborations plus fréquentes entre les fonds et fondations et le département RSE de l’entreprise, quand celui-ci existe. En 2022, Les fondations et fonds sont ainsi 46 % à travailler quotidiennement avec les personnes en charge de la RSE, et 52 % à le faire de manière occasionnelle. À travers ces différentes évolutions, l’entreprise mécène cherche à accroître son impact au bénéfice du bien commun.

3 - La révolution du mécénat des compétences

56%

Des répondants proposent du mécénat de compétences

Les structures philanthropiques créées par les entreprises ne pratiquent pas uniquement du mécénat financier. En 2022, 56 % d'entre elles proposent du mécénat de compétences et 38 % du mécénat en nature. Dans leur ensemble, 66 % ont même recours à plusieurs formes de mécénat.

L'évolution la plus importante concerne en particulier le mécénat de compétences. La part des fondations et fonds qui proposent aux collaborateurs de l'entreprise de s'engager en faveur de l'intérêt général s'est considérablement accrue pour atteindre 80 % en 2022 (+17 points entre 2014 et 2022). Cette forme d'engagement constitue désormais la modalité juridique la plus plébiscitée par les entreprises mécènes devant les missions de bénévolat réalisées sur le temps libre des collaborateurs (25 %).

4 - Des interactions accrues et variées avec l’écosystème

Les fondations et fonds d'entreprises travaillent rarement seuls. 94 % d'entre eux soutiennent le tissu associatif et la plupart sont en lien avec d'autres acteurs de l'écosystème et des acteurs publics de proximité.

Pour beaucoup, ces structures aimeraient explorer la possibilité de mutualiser leurs ressources au service d'un impact plus large et d'expérimenter de nouvelles manières de contribuer à l'intérêt général (71 % d'entre elles en 2022). En effet, libérées des contraintes de rentabilité, elles peuvent tester et éprouver de nouvelles modalités d'engagement.

Le mécénat collectif fait notamment partie des pistes explorées pour cofinancer ou même cogérer des projets avec des structures qui travaillent sur le même périmètre ou sur un sujet connexe, ou encore avec d'autres acteurs de l'économie sociale et solidaire (ESS).

5 – Evaluation de l’impact : un intérêt précoce et constant qui se confirme

Les réponses des structures depuis 2014 témoignent d'un intérêt précoce pour l'évaluation des projets (61 % des structures interrogées en 2014) et d'un intérêt grandissant pour l'évaluation globale des structures (+19 points depuis 2014). Les fondations et fonds d'entreprises ont été très tôt à la recherche des meilleures pratiques pour augmenter l'impact de leurs actions et apporter des preuves de leur contribution à l'intérêt général.

En 2022, 45 % d'entre eux privilégient des méthodes d'analyse compréhensives, 27 % l'utilisation de référentiels et 17 % d'équivalents financiers.

Alors que la crise liée à l’épidémie de Covid-19 a souvent contraint les mécènes à pallier l'urgence, nombre de structures ont concentré leurs ressources sur le maintien de leurs projets et l'accompagnement de leurs partenaires en difficulté. Cependant, 31 % affirment vouloir initier une évaluation dès cette année, un signe de la résilience et de la vivacité des fondations et fonds d'entreprises.

6 – La digitalisation au service de l’impact et de la visibilité des actions menées

L'apparition d'outils numériques destinés à faciliter la vie opérationnelle des fondations et fonds d'entreprises a également constitué une grande avancée au cours de la dernière décennie. Les plateformes d'engagement des collaborateurs accompagnent notamment le développement du mécénat de compétences en facilitant les processus de gestion, de suivi et de reporting, mais aussi en permettant de mettre en relation un plus grand nombre de collaborateurs avec les porteurs de projet.

En 2022, 35 % des structures interrogées y ont eu recours et 23 % prévoient de l'utiliser.

Les outils digitaux sont également plébiscités pour communiquer sur leurs actions et celles de leurs partenaires. 96 % des répondants disent communiquer pour valoriser leurs partenaires et 59 % pour sensibiliser le grand public à la cause qu'ils soutiennent.

7 - Et dans 5 – 10 ans : quelles perspectives ?

Parmi les axes de développement envisagés, figurent :

  • La volonté d'engager encore davantage les collaborateurs en leur proposant, par exemple, de nouveaux formats d'engagement pour qu'ils puissent s'investir en fonction du temps dont ils disposent. L'objectif est de construire des parcours d'engagement qui facilitent le transfert de compétences, et que ces derniers puissent être valorisés dans le parcours des collaborateurs. Pour les structures les plus avancées, beaucoup pensent à faire davantage participer les salariés à l'organisation même des projets, voire au fonctionnement de la fondation ou du fonds.
  • L'évaluation de l'impact. Les structures souhaitent développer des méthodes de mesure qui permettent d'objectiver leurs actions et d'augmenter l'utilité des projets, tout en consacrant en priorité les fonds aux projets soutenus, c'est-à-dire in fine à la cause ou les causes qu'elles soutiennent au quotidien.
  • L’intégration des considérations environnementales dans leur fonctionnement même si celles-ci ne sont pas directement liées à leur objet ou leur mission principale. Une préoccupation qui témoigne de la progression de l'idée de transition écologique dans le secteur de la philanthropie d'entreprise.

Ce qu'il faut retenir

Le Panorama des fondations et fonds de dotation 2022 dresse un état des lieux des fonds et fondations créées par les entreprises en mettant en avant leur évolution, leurs modes de fonctionnement et périmètres d'action, leurs ressources humaines et financières, ou encore l’implication et la place croissante des collaborateurs dans leurs projets. Cette édition intègre les mutations, parfois profondes, auxquelles ont été confrontés les fondations et fonds de dotation d’entreprises au cours de la dernière décennie. et dresse quelques-unes de leurs orientations pour les années à venir.

A propos de cet article

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Joël Fusil

Directeur Associé , Audit, Economie Sociale et Solidaire, Western Europe & Maghreb, France

Responsable national du Département Economie Sociale et Solidaire d’EY. Investi auprès des acteurs qui agissent au quotidien pour l’intérêt général.

Kathleen Mc Leod Tremaux

Avocat - Associate Partner, Economie Sociale et Solidaire, France

Spécialisée dans le droit des organismes sans but lucratif, elle accompagne au quotidien les acteurs du secteur s’agissant de leurs problématiques juridiques et fiscales.

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