5 min de temps de lecture 20 janv. 2022
Les états financiers à l’épreuve du climat

Les états financiers à l’épreuve du climat

Par Eric Duvaud

Associé, Climate Change & Sustainability Leader, France

Accompagner les entreprises vers des modèles plus durables.

5 min de temps de lecture 20 janv. 2022

La nécessaire intégration des informations financières et extra-financières

Les objectifs mondiaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre adoptés lors de l'Accord de Paris et réaffirmés par la Commission européenne dans son dernier plan climat posent un défi majeur : réorienter les investissements vers des activités durables. C'est dans ce but que la Commission européenne s'est dotée d'une stratégie finance durable soutenue par de nouvelles réglementations. Celles-ci dessinent les contours d’une nouvelle économie, au sein de laquelle l’ensemble des capitaux humains et environnementaux seront mesurés et intégrés à la gestion d’entreprise au même titre que les capitaux financiers.

Des critiques sur l’insuffisante prise en compte des risques climatiques dans les états financiers

Un nombre croissant de rapports de groupes d’investisseurs ou de think tanks  (IIGCC, Carbon Tracker, PRI) dénoncent une insuffisante prise en compte des risques climatiques dans la préparation et l’audit des états financiers, notamment ce qui concerne les implications financières des engagements ESG mentionnés en dehors des comptes.

Il existe un cadre de référence pour la publication d'informations volontaires relatives au climat qui bénéficie d’un large soutien international : la TCFD (Task Force on Climate-related Financial Disclosures). Cependant, même si aujourd’hui la plupart des entreprises, en particulier européennes, adhèrent à ce cadre, elles ne sont pas encore complètement en conformité avec les recommandations de la TCFD.

Outre les acteurs des marchés financiers et les investisseurs, les régulateurs de marché partout dans le monde (AMF, ESMA, IOSCO, SEC, etc.) ont fait du sujet une priorité pour les clôtures à venir et insistent non seulement sur la mise en œuvre d’une analyse complète des conséquences financières des enjeux climat mais aussi sur la cohérence entre les états financiers et la déclaration de performance extra-financière et l’ensemble des publications & engagements en matière de climat.

Vers une démarche globale intégrée

Les attentes exprimées pour cette clôture ne sont qu’une étape d’une intégration de plus en plus forte des enjeux de Sustainability dans l’ensemble de l’information financière.

Les pratiques mises en œuvre dans certaines entreprises démontrent que les informations financières et extra-financières doivent être intimement connectées afin de refléter la véritable valeur des entreprises. L'objectif de l'intégration des informations financières et ESG est, entre autres, de pouvoir combler l’écart entre la valeur d’une entreprise et ses capitaux propres comptables.

Avec la taxonomie verte, le reporting extra-financier intègrera dès cette année des données financières (parts vertes du chiffre d’affaires, des CapEx et OpEx) fonction de critères de performance liés au climat puis l’année prochaine aux 4 autres objectifs environnementaux (Eau, Biodiversité, Déchets et Pollutions). Cette nouvelle réglementation conduit déjà à un fort rapprochement entre les équipes en charge des informations ESG et les directions financières.

L’enjeu pour ces équipes sera notamment de définir conjointement l’impact des données ESG sur les données financières. Le sustainability reporting cherchera ainsi à identifier les informations émergentes liées à des évènements futurs qui pourraient impacter la résilience des modèles d’affaires c’est à dire la capacité à générer des cash flows.

La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) amende les directives existantes (Transparence, Comptabilité et Audit). Les Financial and Sustainability Statements seront publiés dans le même rapport de gestion sous la responsabilité du conseil d’administration. Cette tendance ne sera pas uniquement européenne comme en témoigne la création de l’International Sustainability Standard Board (ISSB) sous l’égide l’IFRS Foundation dont la création a été annoncé lors de la COP 26 et qui sera présidé par le français Emmanuel Faber.

Dans ce cadre, il est important de renforcer dès maintenant la collaboration à la fois entre les équipes RSE, les directions financières et les équipes en charge de la relation avec les investisseurs. Leur collaboration est la meilleure garantie de la qualité et de la pertinence des données financières et extra-financières.

Ce qu'il faut retenir

Les nouvelles réglementations telles que la Taxonomie dessinent les contours d’une nouvelle économie, au sein de laquelle l’ensemble des capitaux humains et environnementaux seront mesurés et intégrés à la gestion d’entreprise au même titre que les capitaux financiers. Elles conduisent déjà à un fort rapprochement entre les équipes en charge des informations ESG et les directions financières. Leur collaboration sera la meilleure garantie de la qualité et de la pertinence des données financières et extra-financières.

A propos de cet article

Par Eric Duvaud

Associé, Climate Change & Sustainability Leader, France

Accompagner les entreprises vers des modèles plus durables.